La professionnalisation des armées : contexte et raisons, impact fonctionnel et sociopolitique

La professionnalisation des armées est une tendance ancienne, radicalisée en Europe par le contexte stratégique né de la disparition de l’affrontement est-ouest. Elle était jusque-là le plus souvent relative : elle tend aujourd’hui à devenir intégrale, et à se généraliser sur le continent. Il y a...

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Auteur principal: Boëne, Bernard
Format: Article ou chapitre numérique
Langue:Français
Publié: 2003
Accès en ligne:Accès Université d'Orléans et IFPM
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id cairn-RFS_444_0647
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description La professionnalisation des armées est une tendance ancienne, radicalisée en Europe par le contexte stratégique né de la disparition de l’affrontement est-ouest. Elle était jusque-là le plus souvent relative : elle tend aujourd’hui à devenir intégrale, et à se généraliser sur le continent. Il y a à cela de fortes raisons tant fonctionnelles que sociopolitiques, qui pourtant ne sont pas absolument décisives : certains pays résistent à la tendance. Le choix de l’armée professionnelle résulte habituellement de coups de pouce « décisionnistes ». Lorsque la décision est prise, la transition, généralement réussie, est écourtée. Des transformations structurelles et institutionnelles se font jour, qui rendent les armées méconnaissables : l’institution totale d’antan n’est plus. Sous certaines conditions, des mécanismes stabilisateurs les empêchent de se marginaliser au plan social et culturel. Le risque d’une indifférence à leur égard est plus grand, malgré une excellente image publique, et la panne de recrutement est toujours possible. L’influence du nouveau mode de recrutement du rang sur la culture organisationnelle s’exerce en Europe dans un sens « pragmatique » qui contraste avec les cas (notamment celui des États-Unis) où d’autres facteurs contribuent à durcir l’identité au point de susciter des difficultés politiques. Le contexte de l’après-guerre froide induit un rééquilibrage des relations à l’interface politico-militaire. L’armée professionnelle ne suscite pourtant aucune des craintes qui ont longtemps eu cours au XXe siècle. Enfin, la professionnalisation des armées induit des conséquences inattendues : elle limite les options militaires des gouvernants, et favorise l’internationalisation de la sécurité.
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Lorsque la décision est prise, la transition, généralement réussie, est écourtée. Des transformations structurelles et institutionnelles se font jour, qui rendent les armées méconnaissables : l’institution totale d’antan n’est plus. Sous certaines conditions, des mécanismes stabilisateurs les empêchent de se marginaliser au plan social et culturel. Le risque d’une indifférence à leur égard est plus grand, malgré une excellente image publique, et la panne de recrutement est toujours possible. L’influence du nouveau mode de recrutement du rang sur la culture organisationnelle s’exerce en Europe dans un sens « pragmatique » qui contraste avec les cas (notamment celui des États-Unis) où d’autres facteurs contribuent à durcir l’identité au point de susciter des difficultés politiques. Le contexte de l’après-guerre froide induit un rééquilibrage des relations à l’interface politico-militaire. L’armée professionnelle ne suscite pourtant aucune des craintes qui ont longtemps eu cours au XXe siècle. Enfin, la professionnalisation des armées induit des conséquences inattendues : elle limite les options militaires des gouvernants, et favorise l’internationalisation de la sécurité. Shifting to all-volunteer armed forces : context, reasons, functional and socio-political impact. The rise of volunteer armed forces is not a novel trend: it started long ago, and gathered strength gradually as a consequence of the slow decline of conscript-based mass armies. The demise of the East-West standoff has radicalised it. All-volunteer forces are now becoming the norm in Europe. The factors behind such a major shift, both functional and socio-political, seem compelling. Yet, they are not decisive per se : the outcome is not predetermined (a handful of countriesareresistingthetrend), andusuallyresults from voluntarist movesbyone ora fewpolitical actors. When the decision has been made, the transition is generally successful, and is for that reason cut short. Structural and institutional changes follow in short order, which rapidly move military establishments away from their « total institution » format of old. Under favourablecircumstances, social andcultural marginalizationis averted. However, despite an excellent public image today, the risk of growing societal indifference is ever present, and shortfalls in recruitment andretentionat rankandfilelevel area distinct possibility. Theinfluence of the new all-volunteer organizational format on Europeanmilitaryidentitiesis generallyinthe directionof «pragmatic professionalism», which strongly contrasts with cases elsewhere (notably in the United States) where other factors induce an uncooperative, « radical professional » culture that is apt togenerate political tensions. While thepost-ColdWarerahasusheredin anew balance of civil-military relations at the political-military interface, all-professional armed forces are no longer viewed with the kind of alarm that long prevailedduringthe 20th century. Finally, the rise of the new dominant organizational format is fraught with unanticipated consequences: it severelylimits themilitaryoptionsof rulingpoliticians, andenhancestrendstowards internationalisation of security.La profesionalización del ejército: contexto y razones, impacto funcional y sociopolítico. Profecionalizar el ejército es una tendencia antigua, radicalizada en Europa por el contexto estratégico originado por la desaparición del enfrentamiento Este-Oeste. Hasta ese momento esta tendencia era a menudo relativa: hoy en día tiende a volverse integral y a generalizarse en el continente. Hay en ello fuertes razones tanto funcionales como socio-políticas, que sin embargo nosonabsolutamente decisivas: resisten aesta tendencia algunos países. Laeleccióndel ejército profesional resulta habitualmente de signos « decisionistas ». Cuando la decisión es tomada, generalmente la transición conseguida es acortada. Las transformaciones estructurales e institucionales aparecen y vuelven a los ejércitos irreconocibles : no existe mas la institución total de antaño. Bajo ciertas condicioneslos mecanismos estabilizadoreslesimpiden marginalizarse enel planosocialycultural. Elriesgodeunaindiferenciaasuopiniónesmasgrande, yundescensoen el reclutamientoes siempreposible pese auna excelenteimagenpública. Lainfluencia del nuevo modo de reclutamiento del rango sobre la cultura organizacional se ejerce en Europa en un sentido « pragmático » que contrasta con los casos (netamente de los Estados Unidos) donde otros factores contribuyen a fortificar la identidad al punto de suscitar dificultades políticas. El contexto de lo después de la guerra fría indujo a un reequilibrio de las relaciones a la interfaz político-militar. Sin embargo el ejército profesional no suscita ninguno de los temores que por largo tiempose han tenido en el transcurso del siglo XX. Finalmentela profesionalización de los ejércitos produce consecuencias inesperadas : limita las opciones militares de los gobernantes, y favorece la internacionalización de la seguridad.Die Einführung der Berufsarmeen : Kontext und Ursachen, funktionelle und soziopolitische Auswirkungen. Die Einführung der Berufsarmeen geht auf einealteTendenzzurück, die in Europa durchden strategischen Hintergrund verstärkt wurde: dieser Trend ist mit dem Ende der Ost-West-Konfrontation aufgetreten. Bisher war er meistens relativ, heute tendiert er dahin, noch mehr hervorzutretenundsichaufdemKontinent zuverallgemeinern.Dafür gibt esstichhaltige, sowohl funktionelle als auch soziopolitische Gründe, die dennoch nicht «an sich» entscheidend sind: gewisseStaatenwiderstehendiesemTrend. DieEntscheidungfür dieBerufsarmeeläßt sich meistens auf einen politischen Willen zurückführen. Wird sie einmal getroffen, so wird die – meist gelungene – Übergangszeit verkürzt. Es entstehen dann strukturelle und institutionelle Wandlungen, die die Armeen unkenntlich machen: die «totale» Institution von damals existiert nicht mehr. Unter gewissen Voraussetzungen entstehen Stabilisierungsmechanismen, die es verhindern, daß die Armeen sich sozial oder kulturell ausgrenzen. Das Risiko einer wachsenden Gleichgültigkeit ihnen gegenüber wird trotz eines exzellenten Images größer und eine Panne bei der Nachwuchsgewinnung kann sich immer daraus ergeben. Die Auswirkung der neuen aus dem Mannschaftsstand hervorgegangenen Nachwuchsgewinnung auf die Militäridentität ist in Europa pragmatischer Art und steht in krassem Widerspruch zu einigen Fällen (zum Beispiel die Vereinigten Staaten), bei denen gewisse Faktoren dazu beigetragen haben, die Identität so zu erhärten, daß politische Schwierigkeiten daraus entstanden sind. In der Zeit nach dem Kalten Krieg ist ein neues Gleichgewicht an der politisch-militärischen Schnittstelle entstanden. Dennoch ruft die Berufsarmee keine der Befürchtungen hervor, die im XX. Jahrhundert lange geherrscht haben. Zum Schluß hat die Einführung der Berufsarmee unerwartete Konsequenzen nach sich gezogen: sie beschränkt die politischenOptionender Regierendenundfördert die Internationalisierung der Sicherheit.Cairn free access