Les frontières de la justice : citoyenneté, capacité d’anticipation et handicap

La philosophe américaine Martha Nussbaum, dans son livre Frontiers of Justice, a adressé une grave critique à la théorie de la justice de John Rawls dont pourtant elle reconnaît les mérites. En définissant la justice comme le résultat d’un accord ou d’un contrat social équitable entre citoyens « no...

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Detalhes bibliográficos
Autor principal: Audard, Catherine
Formato: Article ou chapitre numérique
Idioma:Français
Publicado em: 2016
Acesso em linha:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
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spelling cairn-RFEAP_002_0048RFEAPRevue française d'éthique appliquée https://shs.cairn.info/revue-francaise-d-ethique-appliquee-2016-2-page-48?lang=fr https://doi.org/10.3917/rfeap.002.0048 Les frontières de la justice : citoyenneté, capacité d’anticipation et handicap Audard, Catherine2016 fre Revue française d'éthique appliquée | 2 | 2 | 2016-05-24 | p. 48-62 | 2494-5757 RFEAP_00218 La philosophe américaine Martha Nussbaum, dans son livre Frontiers of Justice, a adressé une grave critique à la théorie de la justice de John Rawls dont pourtant elle reconnaît les mérites. En définissant la justice comme le résultat d’un accord ou d’un contrat social équitable entre citoyens « normaux » et relativement égaux entre eux, nous risquons d’exclure « les personnes qui souffrent de handicaps, mentaux en particulier, et qui ne feront pas partie de ceux pour qui les institutions sociales de base sont conçues ». Dans le cas où la capacité d’anticipation de la personne est endommagée ou détruite, elle ne sera pas en mesure de développer et de défendre une conception rationnelle de son bien selon un plan de vie, ce qui est pourtant à l’origine de la demande de justice. En réponse à cette critique, on montrera que la conception rawlsienne de la citoyenneté et de l’importance de l’anticipation et d’un plan de vie pour son exercice et ses droits, peut et doit être maintenue ainsi que ses bénéfices en termes d’abandon de toute référence au droit naturel ou à une justice transcendante, mais à condition de l’interpréter à l’aide de trois arguments supplémentaires : antinaturaliste, diachronique et anti-essentialiste.In her book, Frontiers of Justice, Martha Nussbaum has criticized John Rawls’s theory of justice for not making provisions for mental and physical handicaps in his justification of the two principles of justice. In particular, he argues that such principles, which define democratic citizenship, should be justified not in the name of natural law or religious doctrines, but as the result of a social contract among equal and fully cooperating citizens during their whole life who are able to anticipate their life choices. This is the reason why, according to Nussbaum, « the failure to deal with the needs of citizens with impairments and disabilities is a serious flaw in modern theories that conceive of basic political principles as the result of a contract for mutual advantage ». However, it is possible to argue, as this article does, that this is a misunderstanding and that a social contract conception of justice has the benefit of avoiding any naturalization of persons and is not limited to « normal » and rational citizens as it is not descriptive, but normative, and thus can take into consideration the vulnerability of individuals through time and conceive of their dignity as a feature of their treatment, not of their observable nature.Cairn free access
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description La philosophe américaine Martha Nussbaum, dans son livre Frontiers of Justice, a adressé une grave critique à la théorie de la justice de John Rawls dont pourtant elle reconnaît les mérites. En définissant la justice comme le résultat d’un accord ou d’un contrat social équitable entre citoyens « normaux » et relativement égaux entre eux, nous risquons d’exclure « les personnes qui souffrent de handicaps, mentaux en particulier, et qui ne feront pas partie de ceux pour qui les institutions sociales de base sont conçues ». Dans le cas où la capacité d’anticipation de la personne est endommagée ou détruite, elle ne sera pas en mesure de développer et de défendre une conception rationnelle de son bien selon un plan de vie, ce qui est pourtant à l’origine de la demande de justice. En réponse à cette critique, on montrera que la conception rawlsienne de la citoyenneté et de l’importance de l’anticipation et d’un plan de vie pour son exercice et ses droits, peut et doit être maintenue ainsi que ses bénéfices en termes d’abandon de toute référence au droit naturel ou à une justice transcendante, mais à condition de l’interpréter à l’aide de trois arguments supplémentaires : antinaturaliste, diachronique et anti-essentialiste.
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