La littérature et l’expérience impitoyable du bien
On tient pour une évidence que si la littérature ne parle pas du mal elle devient vite ennuyeuse et que, du bien, il n’y a rien manifestement à dire : seul le mal est profond. Le cliché aura fait long feu. Certains très grands romans, Les Misérables de Victor Hugo, Billy Budd d’Herman Melville ou...
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| Format: | Article ou chapitre numérique |
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| Publié: |
2018
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| Accès en ligne: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
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cairn-RDM_051_0201RDMRevue du MAUSS https://shs.cairn.info/revue-du-mauss-2018-1-page-201?lang=fr https://doi.org/10.3917/rdm.051.0201 La littérature et l’expérience impitoyable du bien Terestchenko, Michel2018 fre Revue du MAUSS | 51 | 1 | 2018-05-29 | p. 201-215 | 1247-4819 RDM_05142 On tient pour une évidence que si la littérature ne parle pas du mal elle devient vite ennuyeuse et que, du bien, il n’y a rien manifestement à dire : seul le mal est profond. Le cliché aura fait long feu. Certains très grands romans, Les Misérables de Victor Hugo, Billy Budd d’Herman Melville ou encore L’Idiot de Dostoïevski nous invitent à rencontrer des figures dont l’innocence et la bonté ont tout d’une provocation. Qui sont-ils, ces êtres indifférents aux codes sociaux et à la loi de l’amour-propre et qui ignorent tout des stratégies du calcul utilitaire ? Le prince Mychkine, le beau matelot ou Jean Valjean sont-ils des figures idéales sorties de l’imagination du créateur, plaisantes fictions qui nous divertissent de la réalité, ou bien des incarnations qui nous invitent à une expérience thérapeutique, plus profonde et impitoyable que toute obligation morale et leçon de psychologie ? Ce que la littérature donne à comprendre, chez Victor Hugo tout particulièrement, c’est que le bien, s’il est indéfinissable en soi, se donne à voir dans l’excès d’une manifestation qui oblige à jamais.It is taken for granted that if literature does not speak of evil it quickly becomes boring and that there is nothing to say of good: only evil is profound. The cliché will have lasted a long time. Some very great novels, Victor Hugo’s Les Misérables, Herman Melville’s Billy Budd and Dostoevsky’s Idiot invite us to meet figures whose innocence and kindness are provocative. Who are they, these beings indifferent to social codes and the law of self-esteem and who ignore all the strategies of utilitarian calculation? Are Prince Mychkine, the handsome sailor or Jean Valjean ideal figures taken from the imagination of the creator, pleasant fictions that entertainj us from reality, or incarnations that invite us to a therapeutic experience, deeper and ruthless than any moral obligation and lesson in psychology? What the literature gives to understand, in Victor Hugo in particular, is that good, if it is indefinable in itself, is seen in the excess of a manifestation that obliges forever.Cairn free access |
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On tient pour une évidence que si la littérature ne parle pas du mal elle devient vite ennuyeuse et que, du bien, il n’y a rien manifestement à dire : seul le mal est profond. Le cliché aura fait long feu. Certains très grands romans, Les Misérables de Victor Hugo, Billy Budd d’Herman Melville ou encore L’Idiot de Dostoïevski nous invitent à rencontrer des figures dont l’innocence et la bonté ont tout d’une provocation. Qui sont-ils, ces êtres indifférents aux codes sociaux et à la loi de l’amour-propre et qui ignorent tout des stratégies du calcul utilitaire ? Le prince Mychkine, le beau matelot ou Jean Valjean sont-ils des figures idéales sorties de l’imagination du créateur, plaisantes fictions qui nous divertissent de la réalité, ou bien des incarnations qui nous invitent à une expérience thérapeutique, plus profonde et impitoyable que toute obligation morale et leçon de psychologie ? Ce que la littérature donne à comprendre, chez Victor Hugo tout particulièrement, c’est que le bien, s’il est indéfinissable en soi, se donne à voir dans l’excès d’une manifestation qui oblige à jamais. |
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