L’émancipation dans la pensée sociologique : un point aveugle ?
On tend à définir la sociologie comme une science des régularités sociales qui, telles des contraintes préexistant à la vie individuelle, en délimiteraient l’espace de possibilité. Or cette définition fait de l’émancipation un point aveugle. Dans leur construction d’une science du social, et par-del...
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2016
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cairn-RDM_048_0117RDMRevue du MAUSS https://shs.cairn.info/revue-du-mauss-2016-2-page-117?lang=fr https://doi.org/10.3917/rdm.048.0117 L’émancipation dans la pensée sociologique : un point aveugle ? Tarragoni, Federico2016 fre Revue du MAUSS | 48 | 2 | 2016-11-10 | p. 117-134 | 1247-4819 RDM_04825 On tend à définir la sociologie comme une science des régularités sociales qui, telles des contraintes préexistant à la vie individuelle, en délimiteraient l’espace de possibilité. Or cette définition fait de l’émancipation un point aveugle. Dans leur construction d’une science du social, et par-delà les divergences profondes entre traditions française et allemande, les pères fondateurs de la discipline ont saisi tant l’impensé que la nécessité de le questionner. Comment un individu dont la pensée, l’action et le jugement dépendent in fine de la vie sociale peut-il aspirer à s’émanciper, c’est-à-dire à s’affranchir de ces mêmes contraintes sociales qui, transformées en tutelles, enrégimentent sa vie psychique et pratique ? Ce qui ressort des analyses durkheimiennes de l’individualisme, des développements wébériens sur la vie subjective de la domination, des excursus simméliens sur la liberté, c’est une commune ambition : construire la sociologie non pas comme une science de la détermination de l’agir humain, mais comme un savoir de l’ articulation du social et de l’individuel dans les faits humains.We tend to define sociology as a science of social regularities which, like some preexisting constraints in an individual's life, define the space of possibilities of individual action. However, this definition implies that emancipation is not thinkable. In their construction of a social science, and beyond the deep divergence between the French and German traditions, the founding fathers of the discipline grasped the uncontemplated as much as the necessity to question. How can an individual whose thinking, action and judgment depend on the social life, aspire to be emancipated from it, or in short, to overcome the social constraints which transform into guardianship regimenting his psychic and practical life? Durkheimian approach of individualism, Weberian developments on the subjective life of domination and Simmelian ideas on liberty have a common ambition: to construct a sociology which is not focused on how social phenomena determine human action, but on the articulation of the social and of individual human facts.Cairn free access |
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On tend à définir la sociologie comme une science des régularités sociales qui, telles des contraintes préexistant à la vie individuelle, en délimiteraient l’espace de possibilité. Or cette définition fait de l’émancipation un point aveugle. Dans leur construction d’une science du social, et par-delà les divergences profondes entre traditions française et allemande, les pères fondateurs de la discipline ont saisi tant l’impensé que la nécessité de le questionner. Comment un individu dont la pensée, l’action et le jugement dépendent in fine de la vie sociale peut-il aspirer à s’émanciper, c’est-à-dire à s’affranchir de ces mêmes contraintes sociales qui, transformées en tutelles, enrégimentent sa vie psychique et pratique ? Ce qui ressort des analyses durkheimiennes de l’individualisme, des développements wébériens sur la vie subjective de la domination, des excursus simméliens sur la liberté, c’est une commune ambition : construire la sociologie non pas comme une science de la détermination de l’agir humain, mais comme un savoir de l’ articulation du social et de l’individuel dans les faits humains. |
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