Un autre Rousseau ? Les rêveries d’un promoteur identitaire

Alain de Benoist n’est assurément pas le premier auteur à proposer une interprétation alternative de l’œuvre politique de Rousseau. Toutefois, en réduisant la pensée politique de Rousseau à une argumentation organiciste, Alain de Benoist la cantonne à une naturalisation et à une ethnicisation du pe...

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Auteur principal: Corbin, Stéphane
Format: Article ou chapitre numérique
Langue:Français
Publié: 2026
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spelling cairn-RDM1_067_0285RDM1Revue du MAUSS https://shs.cairn.info/revue-du-mauss1-2026-1-page-285?lang=fr https://doi.org/10.3917/rdm1.067.0285 Un autre Rousseau ? Les rêveries d’un promoteur identitaire Corbin, Stéphane2026 fre Revue du MAUSS | 67 | 1 | 2026-08-03 | p. 285-301 | 1247-4819 RDM1_06720 Alain de Benoist n’est assurément pas le premier auteur à proposer une interprétation alternative de l’œuvre politique de Rousseau. Toutefois, en réduisant la pensée politique de Rousseau à une argumentation organiciste, Alain de Benoist la cantonne à une naturalisation et à une ethnicisation du peuple. De la sorte, il dévoie une philosophie qui, dans sa dimension anthropologique, pense fondamentalement la chose politique comme un artifice, où la légitimité ne peut procéder que de la conscience d’un citoyen qui exige qu’il se sépare de lui-même. Il ne s’agit donc pas là d’une simple erreur d’interprétation, mais d’une inversion complète de la théorie politique de Rousseau qui estime que c’est la souveraineté qui fait le peuple, loin que le peuple, dans sa supposée incarnation, puisse être considéré comme souverain. Ainsi, la volonté générale qui chez Rousseau ne peut être représentée – puisqu’elle est condition fondamentale du corps social – devient chez de Benoist appropriable par ceux qui entendent parler en son nom. Si l’ouvrage de de Benoist n’est pas simplement un détournement de la philosophie du Citoyen de Genève, c’est parce que l’on peut craindre que cet Autre Rousseau constitue le prétexte à la réhabilitation d’une pensée d’extrême droite, nationaliste, belliqueuse, voire xénophobe, qu’il feint de critiquer dans le détail, pour mieux la valider sur le fond. Alain de Benoist is assuredly not the first author to propose an alternative interpretation of Rousseau’s political work. Yet, by reducing Rousseau’s political thought to an organicist line of argument, de Benoist confines it to a naturalisation and an ethnicisation of the people. He thereby distorts a philosophy that, in its anthropological dimension, fundamentally conceives the political as an artifice—one in which legitimacy can proceed only from the conscience of a citizen who is required to separate from himself. This is therefore no mere error of interpretation, but a complete inversion of Rousseau’s political theory, which holds that it is sovereignty that makes the people, far from the people, in its supposed embodiment, being capable of being regarded as sovereign. Thus the general will—which in Rousseau cannot be represented, since it is the fundamental condition of the social body—becomes, in de Benoist, appropriable by those who claim to speak in its name. If de Benoist’s book is not simply a misappropriation of the philosophy of the Citizen of Geneva, it is because there is reason to fear that this Autre Rousseau serves as a pretext for the rehabilitation of a far-right, nationalist, bellicose, even xenophobic body of thought—one that he feigns to criticise in its detail the better to endorse in its substance. Cairn restricted access
language Français
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description Alain de Benoist n’est assurément pas le premier auteur à proposer une interprétation alternative de l’œuvre politique de Rousseau. Toutefois, en réduisant la pensée politique de Rousseau à une argumentation organiciste, Alain de Benoist la cantonne à une naturalisation et à une ethnicisation du peuple. De la sorte, il dévoie une philosophie qui, dans sa dimension anthropologique, pense fondamentalement la chose politique comme un artifice, où la légitimité ne peut procéder que de la conscience d’un citoyen qui exige qu’il se sépare de lui-même. Il ne s’agit donc pas là d’une simple erreur d’interprétation, mais d’une inversion complète de la théorie politique de Rousseau qui estime que c’est la souveraineté qui fait le peuple, loin que le peuple, dans sa supposée incarnation, puisse être considéré comme souverain. Ainsi, la volonté générale qui chez Rousseau ne peut être représentée – puisqu’elle est condition fondamentale du corps social – devient chez de Benoist appropriable par ceux qui entendent parler en son nom. Si l’ouvrage de de Benoist n’est pas simplement un détournement de la philosophie du Citoyen de Genève, c’est parce que l’on peut craindre que cet Autre Rousseau constitue le prétexte à la réhabilitation d’une pensée d’extrême droite, nationaliste, belliqueuse, voire xénophobe, qu’il feint de critiquer dans le détail, pour mieux la valider sur le fond.
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