Un autre Rousseau ? Les rêveries d’un promoteur identitaire

Alain de Benoist n’est assurément pas le premier auteur à proposer une interprétation alternative de l’œuvre politique de Rousseau. Toutefois, en réduisant la pensée politique de Rousseau à une argumentation organiciste, Alain de Benoist la cantonne à une naturalisation et à une ethnicisation du pe...

Description complète

Enregistré dans:
Détails bibliographiques
Auteur principal: Corbin, Stéphane
Format: Article ou chapitre numérique
Langue:Français
Publié: 2026
Accès en ligne:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Description
Résumé:Alain de Benoist n’est assurément pas le premier auteur à proposer une interprétation alternative de l’œuvre politique de Rousseau. Toutefois, en réduisant la pensée politique de Rousseau à une argumentation organiciste, Alain de Benoist la cantonne à une naturalisation et à une ethnicisation du peuple. De la sorte, il dévoie une philosophie qui, dans sa dimension anthropologique, pense fondamentalement la chose politique comme un artifice, où la légitimité ne peut procéder que de la conscience d’un citoyen qui exige qu’il se sépare de lui-même. Il ne s’agit donc pas là d’une simple erreur d’interprétation, mais d’une inversion complète de la théorie politique de Rousseau qui estime que c’est la souveraineté qui fait le peuple, loin que le peuple, dans sa supposée incarnation, puisse être considéré comme souverain. Ainsi, la volonté générale qui chez Rousseau ne peut être représentée – puisqu’elle est condition fondamentale du corps social – devient chez de Benoist appropriable par ceux qui entendent parler en son nom. Si l’ouvrage de de Benoist n’est pas simplement un détournement de la philosophie du Citoyen de Genève, c’est parce que l’on peut craindre que cet Autre Rousseau constitue le prétexte à la réhabilitation d’une pensée d’extrême droite, nationaliste, belliqueuse, voire xénophobe, qu’il feint de critiquer dans le détail, pour mieux la valider sur le fond.