Altérité positive et Altérité négative : Claude Lefort, l’usurpation à l’ombre des révolutions manquées

Claude Lefort est l’un des penseurs majeurs du politique. Nous lui devons plus particulièrement une analyse subtile du totalitarisme où il montre que la représentation d’un corps social, conçu comme unité fantasmée, exige la dénonciation et l’élimination d’ennemis qui, sans être nécessairement des...

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Auteur principal: Corbin, Stéphane
Format: Article ou chapitre numérique
Langue:Français
Publié: 2026
Accès en ligne:Accès Université d'Orléans et IFPM
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Description
Résumé:Claude Lefort est l’un des penseurs majeurs du politique. Nous lui devons plus particulièrement une analyse subtile du totalitarisme où il montre que la représentation d’un corps social, conçu comme unité fantasmée, exige la dénonciation et l’élimination d’ennemis qui, sans être nécessairement des opposants objectifs au régime, sont désignés comme ces « hommes en trop », structurellement indispensables au maintien de cette altérité négative. Dans le même esprit, Lefort montre bien en quoi les velléités totalitaires constituent l’inversion de ce qui caractérise l’altérité démocratique, qu’il identifie plus particulièrement dans l’expérience renouvelée de relations de confiance et d’amitié ; ce qu’il nomme la chair du social. Cependant, en la réduisant pour l’essentiel à l’expérience immanente de l’intersubjectivité, Lefort semble négliger le fait que seuls des principes inconditionnels de légitimité seraient susceptibles d’instituer et de maintenir une altérité positive impersonnelle et pour cette raison inappropriable. Loin de confirmer une critique radicale du pouvoir incarné, approprié, ce qu’il nomme « le lieu vide » révèle surtout l’ambiguïté de ses théories à propos de la dimension sociale de la légitimité et de l’usurpation. Cette ambiguïté réside pour l’essentiel dans ses atermoiements entre une lecture pragmatiste qui privilégie l’analyse du politique en termes d’expériences immanentes et ses analyses plus anthropologiques qui interrogent bien davantage les conditions fondamentales de la société dans leur inséparable rapport au politique.