Cancérologiquement correct

Une certaine conception du langage s’est progressivement imposée sur le plan institutionnel et dans la littérature scientifique pour produire une vision univoque de la santé : véritable « police des mots », elle emploie le détour de mots d’ordre, de slogans, de stéréotypes et de sentences péremptoir...

Fuld beskrivelse

Enregistré dans:
Bibliografiske detaljer
Hovedforfatter: Derzelle, Martine
Format: Article ou chapitre numérique
Sprog:Français
Udgivet: 2020
Fag:
Online adgang:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Beskrivelse
Summary:Une certaine conception du langage s’est progressivement imposée sur le plan institutionnel et dans la littérature scientifique pour produire une vision univoque de la santé : véritable « police des mots », elle emploie le détour de mots d’ordre, de slogans, de stéréotypes et de sentences péremptoires. La cancérologie, les soins palliatifs et la douleur (chronique) en sont des déclinaisons paradigmatiques. Ce qui disparaît dans cette opération langagière, c’est tout à la fois le négatif constitutif de la pensée en même temps que la place faite à l’irréparable, à l’irréductible. Ce qui disparaît en dernière analyse, c’est l’homme « ontologique » au point d’être sommé même, dans des versions extrêmes, de « réussir sa mort », telle une performance. Notre hypothèse est que c’est d’un « colmatage » dont il s’agit : en un temps de « malaise dans la symbolisation », où prévaut une retraduction par la logique technologique et gestionnaire, les énoncés de la pensée « commune » colmatent le vide. Comme si, ayant tout perdu, nous n’avions plus que « ce peu de mots pour trouver du commun ». Reste à s’interroger sur l’éventuel effet d’aliénation de ce discours chez tous ceux qui s’y trouvent exposés (patient, soignant, proche).