Pages de fin
Contrairement à ce que suggèrent les dictionnaires, l’adjectif composé privatif ἀϊδής possède six significations étymologiques possibles, issues des deux sèmes [voir] et [savoir] de la racine verbale *ϝειδ-/ϝοιδ-/ϝιδ-, combinés aux trois diathèses (active, passive et passive modalisée/potentielle) d...
Enregistré dans:
| 發表在: | Revue de philologie, de littérature et d'histoire anciennes | XCVIII | 2 | 2024-02-13 | p. 253-259 | 0035-1652 |
|---|---|
| 主要作者: | |
| 格式: | Article ou chapitre numérique |
| 語言: | Français |
| 出版: |
2024
|
| 在線閱讀: | Accès Université d'Orléans et IFPM |
| 總結: | Contrairement à ce que suggèrent les dictionnaires, l’adjectif composé privatif ἀϊδής possède six significations étymologiques possibles, issues des deux sèmes [voir] et [savoir] de la
racine verbale *ϝειδ-/ϝοιδ-/ϝιδ-, combinés aux trois diathèses (active, passive et passive modalisée/potentielle) des adjectifs déverbaux en -ής : « qui ne voit pas » (aveugle), « qui n’est pas vu »
(cf. angl. unseen), « qui ne peut pas être vu » (invisible), « qui ne connaît pas » (ignorant, ignare),
« qui n’est pas connu » (inconnu, ignoré), « qui ne peut pas être connu » (inconnaissable). Ainsi,
dans Théognis, II, 1310 (†παιδαϊδη†), on peut lire παῖδ’ ἀϊδῆ, « un garçon ignorant » ; Simonide,
fr. 1, 4 (†ἀίδη βοτὰ ζώομεν†) peut être lu αἰδῆ βοτὰ ζώομεν, « nous vivons comme des bêtes
ignares » ; dans Bacchylide, XIII, 112-113, le texte des éditeurs δυσμενέων δὲ ματαία | γλῶσσ’
ἀϊδὴς μινύθει pourrait être compris ainsi : « les paroles vaines des envieux, ignorées, dépérissent ». Le sens « invisible » semble en revanche être principalement un emploi propre à Platon
(Cratyle, Gorgias et surtout Phédon, qui à lui seul contient 15 des 18 attestations conservées), fondé
sur un jeu eschatologique et étymologique autour du nom d’Hadès (Ἅιδης/Ἀΐδης, « l’Invisible »)
et de l’âme « invisible » (ἀϊδής). On connaît enfin deux attestations notables et isolées : ἀϊδής,
« aveugle », dans une inscription de guérison d’Épidaure contemporaine de Platon (IG IV2 I, 121,
125-126), et ἀϊδής, « invisible », dans Ps.-Hés., Bouclier, 477, qui pourrait être une interpolation
hellénistique, comme le suggère l’analyse linguistique et philologique du passage. |
|---|