L’an I de la révolution sandiniste

Dernière révolution du XXe siècle, la révolution sandiniste du 19 juillet 1979 incarna l’espoir d’une « troisième voie », un gouvernement composite s’engageait à promouvoir un régime démocratique et non aligné. Pourtant deux ans plus tard, le pays entra dans une nouvelle phase de guerre civile, oppo...

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書誌詳細
第一著者: Bataillon, Gilles
フォーマット: Article ou chapitre numérique
言語:Français
出版事項: 2020
オンライン・アクセス:Accès Université d'Orléans et IFPM
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要約:Dernière révolution du XXe siècle, la révolution sandiniste du 19 juillet 1979 incarna l’espoir d’une « troisième voie », un gouvernement composite s’engageait à promouvoir un régime démocratique et non aligné. Pourtant deux ans plus tard, le pays entra dans une nouvelle phase de guerre civile, opposant le Front sandiniste de libération nationale à une pléiade d’opposants armés soutenus par les États-Unis. Ce basculement d’une situation où un gouvernement pluraliste et non aligné vit une de ses composantes, le Front sandiniste de libération nationale (FSLN), se transformer en parti-État aux prétentions totalitaires, a fait l’objet de deux grandes interprétations. La première voit dans la montée en force du FSLN le résultat d’une « radicalisation » des secteurs populaires accentuée par l’agression des États-Unis ; la seconde souligne au contraire comment le cours nouveau des événements tint à la volonté des sandinistes d’imposer leur hégémonie, de construire un régime allié du bloc soviétique et, ce faisant, de briser un régime démocratique naissant.C’est une autre lecture des événements que l’on veut proposer. Si la révolution nicaraguayenne mit bien fin à une dictature, si elle s’affirma comme pluraliste et non alignée, elle n’en institua pas pour autant une matrice démocratico-libérale qui aurait été par la suite subvertie par le seul FSLN. Les différentes composantes révolutionnaires remirent au goût du jour le vieux système de pactes oligarchiques qui était en vigueur avant la prise du pouvoir par les Somoza. Ils y admirent de nouveaux concurrents pour le pouvoir, le FSLN et de nouveaux partis, mais ils préservèrent tous les habitus politiques en vigueur : l’idée que la politique devait être entre les mains du petit nombre ainsi que la préférence pour les coups de forces et les arrangements au sommet aux dépens de la remise en cause périodique et régulière du pouvoir. De même tous tinrent-ils en suspicion, pour des motifs différents, les principes démocratiques de séparation des pouvoirs et d’autoconstitution du social.C’est dans ce cadre que le FSLN organisa sa prise en main du nouvel appareil d’État, tandis que ses associés rivaux jouèrent avec lui le jeu qui avait été longtemps celui à l’honneur sous la dictature des Somoza. Tous eurent soif de pactiser avec le FSLN en ayant avant tout pour souci de défendre des intérêts purement catégoriels et la participation à un système de prébendes. Cette bureaucratisation « par en haut », s’accompagna d’une bureaucratisation « par en bas ». Le FSLN sut en effet attirer à lui toute une série de femmes et d’hommes aspirant à des responsabilités et à des destins nouveaux, femmes et hommes qui peuplèrent les organisations de masse du FSLN et les nouvelles institutions de l’État. C’est dire que si l’an I de la révolution se caractérisa à l’évidence par la mise en place du pouvoir d’un parti-État aux prétentions totalitaires, cette mutation s’articula et se fonda avant tout sur la remise à neuf des vieux habitus politiques nicaraguayens, ce que Charles Anderson nomma le « jeu des concurrents pour le pouvoir ». Il ne s’agit donc nullement de la subversion d’un régime démocratique en lequel très peu de Nicaraguayens eurent foi lors des débuts de la révolution.