Écrire l’islam en terre saharienne pendant la parenthèse coloniale : la « légende noire » française de Shaykh Ma-al-Aynîn, « dorée » à titre posthume (fin du XIXe – milieu du XXe siècle)

Comment la sainteté et l’exemplarité se traduisent-elles en situation coloniale ? Fondées en premier lieu sur le regard des autres, et donc sur un système de valeurs avoué ou implicite, peuvent-elles résister au choc des cultures et des pratiques politiques auquel tout épisode colonial donne lieu...

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1. Verfasser: Sèbe, Berny
Format: Article ou chapitre numérique
Sprache:Français
Veröffentlicht: 2026
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Online Zugang:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Beschreibung
Zusammenfassung:Comment la sainteté et l’exemplarité se traduisent-elles en situation coloniale ? Fondées en premier lieu sur le regard des autres, et donc sur un système de valeurs avoué ou implicite, peuvent-elles résister au choc des cultures et des pratiques politiques auquel tout épisode colonial donne lieu ? La relation entre islam et colonialisme français est complexe, marquée par plusieurs registres allant de l’opposition frontale à la fascination, en passant par la captation des allégeances spirituelles pour asseoir l’ordre colonial. L’exemple de la grande figure religieuse et politique de l’Ouest saharien de la fin du XIXe siècle, shaykh Ma-al-Aynîn (1831-1910 / 1248H-1328H) montre combien les phénomènes de représentation en situation coloniale furent soumis à des intérêts politiques tout autant que des biais personnels, influençant directement leur contenu et leur trajectoire. L’article démontre que le manque relatif d’informations concrètes au sujet de Ma-al-Aynîn, qui a entraîné la reprise des mêmes anecdotes d’un auteur à l’autre, favorisa l’émergence de dynamiques réputationnelles distinctes selon les modalités de la relation entre les aspirations coloniales et la résistance à ces visées, incarnée par le shaykh : ignorance relative, hostilité affichée, puis normalisation mâtinée de fascination envers un pugnace adversaire qui appartenait désormais au passé. « Écrire le désert » pendant la parenthèse coloniale, surtout lorsqu’il s’agissait « d’écrire l’islam », impliquait ainsi de construire des réputations profondément influencées par les dynamiques politiques et impériales du moment : au Sahara comme ailleurs, la sainteté est dans l’œil de celui qui regarde.