Empire de la loi ou maquis réglementaire ? Débattre de la citoyenneté impériale pendant la Première Guerre mondiale

Loin d’une définition univoque, il semble bien que la langue française ait pris des libertés avec le terme de « citoyenneté » en Guadeloupe, de l’entre-deux-guerres aux années 1970. En effet, si son emploi est redondant dans les discours pour mettre en évidence la générosité d’une France qui octroi...

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Bibliografiska uppgifter
Huvudupphovsman: Sibeud, Emmanuelle
Materialtyp: Article ou chapitre numérique
Språk:Français
Publicerad: 2019
Länkar:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Beskrivning
Sammanfattning:Loin d’une définition univoque, il semble bien que la langue française ait pris des libertés avec le terme de « citoyenneté » en Guadeloupe, de l’entre-deux-guerres aux années 1970. En effet, si son emploi est redondant dans les discours pour mettre en évidence la générosité d’une France qui octroie la citoyenneté aux Guadeloupéens après l’abolition de l’esclavage, la réalité, sur place, est plutôt celle de leur exploitation par l’industrie sucrière. La primauté donnée par l’État aux intérêts économiques ampute forcément la citoyenneté des droits sociaux qui lui sont inhérents ailleurs. Cette situation est accentuée par le régime de Vichy, et à peine atténuée après le ralliement à Alger en juillet 1943. Attendue comme une rupture, la loi du 19 mars 1946, dite de départementalisation, n’installe toujours pas une citoyenneté entière et le nouveau département reste celui de l’exception. Les intérêts économiques de l’industrie sucrière constituent encore une limite à l’égalité totale avec les citoyens des autres départements. Cette citoyenneté tronquée, dénoncée par Aimé Césaire, ne disparaît pas avec la fermeture des usines sucrières. Elle entame alors fortement la confiance en l’État qui, de son côté, ne perçoit pas la frustration légitime des habitants du département mais interprète toute revendication comme une volonté d’indépendance.