Le tableau d’Anne-Louis Girodet : Guillaume-Thomas Raynal et Jean-Baptiste Belley. La réhabilitation du philosophe ?

Ce tableau de Girodet, daté de 1797, s’inscrit dans un triple contexte historique reliant la Révolution française, la Révolution des esclaves de Saint-Domingue et l’évocation des débats des Lumières autour de l’esclavage, de la traite négrière et de la légitimité des colonies à travers la présence...

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Detalhes bibliográficos
Autor principal: Dorigny, Marcel
Formato: Article ou chapitre numérique
Idioma:Français
Publicado em: 2015
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Acesso em linha:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Descrição
Resumo:Ce tableau de Girodet, daté de 1797, s’inscrit dans un triple contexte historique reliant la Révolution française, la Révolution des esclaves de Saint-Domingue et l’évocation des débats des Lumières autour de l’esclavage, de la traite négrière et de la légitimité des colonies à travers la présence marquée du buste de Raynal. Le personnage central, Jean-Baptiste Belley, fut le premier député noir siégeant dans une assemblée nationale française. Le buste du fameux Guillaume-Thomas Raynal est ici représenté aux côtés du député noir. Raynal était mort le 4 avril 1796. Grand pourfendeur de l’esclavage et de la traite dès les années 1770, Raynal avait incarné la lutte radicale contre le système colonial de son siècle. Mais, et c’est essentiel pour interpréter la portée du tableau, Raynal au moment de sa mort était en grande partie déconsidéré aux yeux du public patriote. La rupture entre le philosophe, réputé prophète de la Révolution, et les révolutionnaires est intervenue brutalement, par la lecture devant l’Assemblée constituante de sa fameuse Lettre à l’Assemblée nationale du 31 mai 1791 par laquelle il dénonçait l’œuvre révolutionnaire, reniant en grande partie les engagements qui avaient fait sa gloire. Ainsi, sa présence au centre du tableau valait rédemption : celui qui avait annoncé la venue imminente d’un « nouveau Spartacus », s’il n’avait pas su prendre la mesure de la Révolution en cours à Saint-Domingue, en avait tout de même été l’annonciateur. Girodet associait ainsi le philosophe Raynal à Belley, « Spartacus nouveau », incarnation du Noir libéré et libérateur au sein même de la capitale de la Révolution.