Faits et chiffres

La taille d’un département français — 10 400 km2 — porte du monde arabe et oriental, microcosme de démocratie occidentale en Asie, le Liban, dès la fin de la première guerre mondiale, passa dans la zone d’influence française, conformément aux accords Sykes-Picot de 1916. Le mandat, confié à la Franc...

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Bibliografske podrobnosti
Glavni avtor: Bayle-Ottenheim, Jacques
Format: Article ou chapitre numérique
Jezik:Français
Izdano: 1973
Online dostop:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Opis
Izvleček:La taille d’un département français — 10 400 km2 — porte du monde arabe et oriental, microcosme de démocratie occidentale en Asie, le Liban, dès la fin de la première guerre mondiale, passa dans la zone d’influence française, conformément aux accords Sykes-Picot de 1916. Le mandat, confié à la France à la conférence de San Remo de 1920, fut chaque année plus contesté jusqu’à l’obtention par les Libanais de leur indépendance, en 1943, sous la présidence d’un authentique nationaliste Bechara el-Khoury. Les résistants à l’occupant français s’entendirent sur le « Pacte national », sorte de constitution non écrite de l’Etat qui fait reposer son équilibre sur le confessionnalisme, c’est-à-dire la reconnaissance explicite de la multiplicité des religions et des sectes — dix sont représentées au Parlement mais le pays en compte au moins le double — et sur une représentativité proportionnelle.Il est bien connu qu’au Liban, le chef de l’Etat est traditionnellement maronite, le Premier ministre sunnite, le président de la Chambre chi’ite. Mais c’est l’originalité du pacte national — l’équilibre ne s’arrête pas là : la distribution des portefeuilles ministériels se fait dans la proportion arrêtée en 1943 de 6 chrétiens pour 5 musulmans. C’est ainsi que le vice-président du conseil est grec-orthodoxe, le ministre des Affaires étrangères grec melkite ou orthodoxe, etc. Le Parlement libanais est lui aussi soumis à cette règle de l’équilibre communautaire. Il compte actuellement 99 députés — chiffre multiple de 11 (= 6 chrétiens + 5 musulmans) qui se répartissent très précisément ainsi : 30 maronites, 11 grec-orthodoxes, 6 grecs melkites, 3 arméniens orthodoxes, 1 arménien catholique, 1 protestant, 20 sunnites, 19 chi’ites, 6 druzes et 2 sièges pour diverses minorités beyrouthines (latins, israélites). Un candidat aux élections brigue donc le siège parlementaire assigné à sa confession ; il se présente — par exemple — pour un siège maronite de Beyrouth, un siège sunnite de Tripoli ou le siège grec-orthodoxe de telle ville de la montagne. Le fonctionnement du Liban dépend du respect de cette division confessionnelle et des proportions choisies en 1943. Aucun recensement officiel n’a eu lieu depuis cette date qui permettrait de vérifier le bien-fondé des protestations des communautés musulmanes, des chi’ites surtout, qui s’estiment sous-représentés.Equilibre entre les forces politiques libanaises, le Pacte national suppose également un équilibre entre les diverses pressions du monde extérieur. Le Liban de 1943 a proclamé sa volonté de rester authentiquement arabe, il a d’ailleurs adhéré à la Ligue en 1944, mais il s’est interdit en même temps toute union avec un Etat arabe ; il lui est donc impossible de se placer sous quelque contrôle extérieur, même international et de choisir un camp, que ce soit l’Occident ou le Monde arabe.C’est entre ces pôles que fluctue l’histoire de la nation libanaise depuis son indépendance. Ainsi en 1943, B. el-Khoury devint président de la République, soutenu par ses partisans du Destour mais aussi par les Phalanges, parti maronite de P. Gemayel, et par une grande majorité de musulmans. Loué pour son habileté diplomatique — c’est l’époque de la guerre froide — B. el-Khoury ne saura pas endiguer une corruption grandissante. Une alliance des partis chrétiens, Phalanges, Bloc national de Raymond et Pierre Eddé et Parti national libéral, avec Kamal Joumblatt, leader des Druzes, et les Najjadés sunnites, porte au pouvoir Camille Chamoun en 1952, après l’élection d’une nouvelle chambre. Le mandat du président Chamoun verra l’agression anglo-franco-israélienne sur Suez en 1956 et la création de la République arabe unie en 1958 ; nombreux sont les Libanais qui réclament alors la rupture avec l’Occident et le choix de l’arabisme intégral. En mai 1958, l’assassinat d’un journaliste est le prétexte au déclenchement de 6 mois d’une guerre civile qui fera près de 5 000 morts et au cours de laquelle débarque la VIe flotte américaine.La nomination du général en chef, Fouad Chehab, à la présidence de la République, la formation d’un gouvernement où se retrouvent farouches pro-occidentaux comme P. Gemayel et tenants de l’arabisme comme Rachid Karamé, apaise les esprits. Le sexennat de F. Chehab, marqué par un certain calme politique, est aussi l’occasion de prises de conscience sociales, suivies de mesures concrètes dont il est question dans l’article de M. Turquieh. La mission de l’Institut de recherches et de formation en vue du développement (IRFED) apprend au pays à « penser en chiffres » et à formuler une sérieuse autocritique du « miracle libanais ». Le président Hélou qui lui succède en 1964, se trouve pendant près de 6 ans à la tête d’une « chambre ingouvernable » dans laquelle s’affrontent, s’allient et se séparent partisans du Nahj (= programme), favorables à la politique du général Chehab, et ceux du Helf (= pacte) que le dirigisme et certaines méthodes policières du précédent gouvernement rebutent. C’est une période de relatif immobilisme économique, marquée par de retentissants krachs financiers et par la montée du problème palestinien surtout après la défaite arabe de juin 1967 à laquelle assiste, impuissant, le Liban.Avec Sleimane Frangié en 1970, les partisans de l’indépendance totale du Liban et du capitalisme le plus débridé sont à nouveau au pouvoir. A nouveau, c’est « le miracle », développement prodigieux du secteur bancaire, solidité de la monnaie, et même développement d’une industrie de transformation nationale. Mais le Liban de 1973 danse sur un volcan : difficultés des cultivateurs du Sud, durcissement des revendications ouvrières, aggravation des problèmes de l’enseignement démontrent les limites du succès à l’intérieur tandis que les affrontements avec les Palestiniens ont encore une fois mis en lumière le paradoxe de l’existence de ce pays charnière entre l’Occident et le Monde arabe, en détruisant les mythes libanais : mythe du sanctuaire, mythe de la responsabilité des gouvernements, bousculés par l’entrée en jeu de l’armée, etc.Comment « tient le Liban » ? Le succès économique semble démontrer que son système politique est plus « payant » que le socialisme instauré chez ses voisins ; la liberté de la presse — il n’existe pas moins de 40 quotidiens politiques — et les libertés civiles sont des signes de réussite. Réussite qui semble à première vue répondre à un équilibre et à une entente de politique locale entre leaders (zaïms) des différentes communautés ; mais cet équilibre est lié en fait aux conflits régionaux et aux intérêts des grandes puissances. Réussite qui tient à une politique d’émigration — la moitié des Libanais est expatriée — et d’importation de masse de capitaux. La ville de Beyrouth, qui attire près de 40 % des habitants du pays, est une place financière internationale, siège d’une soixantaine de banques, « Suisse du Proche-Orient ». Le secteur des services, le tourisme, le commerce d’entrepôt et les arbitrages financiers compensent ainsi une balance commerciale très défavorable.En effet, le secteur secondaire est très peu développé. Quant au secteur primaire, ses carences sont manifestes : insuffisance des surfaces cultivées — un tiers de la superficie du pays —, archaïsme des méthodes de culture et échec relatif des cultures d’exportation ; la pêche est insignifiante, les ressources minières absentes, particulièrement le pétrole ; voilà autant de causes de retard de développement. Ajoutons à cela une disparité frappante des revenus (50 % de la population dispose de 18 % du revenu et 4 % jouit de 32 %) entre les catégories sociales et aussi entre les régions. Tous ces problèmes ont inspiré des tentatives de planification que présente ici Albert Turquieh.