Travestissement et contre-pouvoir dans le roman-feuilleton
RésuméLe motif du prince déguisé, dérivé de l’orientalisme et des Mille et Une Nuits (le calife Haroun al-Raschid s’y promène déguisé en marchand dans les rues de Bagdad à la recherche d’aventures et de torts à redresser) sert dans le roman populaire à proposer un modèle de contre-pouvoir qui subve...
Spremljeno u:
| Glavni autor: | |
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| Format: | Article ou chapitre numérique |
| Jezik: | Français |
| Izdano: |
2009
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| Online pristup: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
| Sažetak: | RésuméLe motif du prince déguisé, dérivé de l’orientalisme et des Mille et Une Nuits (le calife Haroun al-Raschid s’y promène déguisé en marchand dans les rues de Bagdad à la recherche d’aventures et de torts à redresser) sert dans le roman populaire à proposer un modèle de contre-pouvoir qui subvertit les institutions en place. Touché par la misère du peuple, et décidé à remédier personnellement à l’injustice sociale, l’archiduc Rodolphe de Gerolstein, héros des Mystères de Paris, revêt la blouse de l’ouvrier pour descendre dans les taudis de la Cité y redresser les torts. Dans les romans d’Alexandre Dumas père, un prince déguisé en homme du peuple (Salvator le Commissionnaire, alias le prince Conrad de Valgeneuse, héros des Mohicans de Paris) ou un homme du peuple déguisé en prince (le comte de Monte-Cristo, nabab venu d’Orient, en réalité le marin Edmond Dantès) utilisent leur travestissement pour compenser l’insuffisance de la justice institutionnelle. Monte-Cristo, tel un despote oriental, a sa propre justice. Il se sert aussi d’institutions officielles (Chambre des Députés, Bourse, Cour d’assises) pour mettre en place sa vengeance privée contre les puissants personnages qui l’ont trahi autrefois. La justice institutionnelle, le pouvoir officiel, étant profondément corrompus, seul le travestissement du héros peut démasquer les imposteurs au pouvoir. Dans les Mohicans de Paris, le recours au travestissement (Salvator le prince républicain se déguise en prolétaire), au Carnaval (le roman s’ouvre en plein Mardi-Gras) et au théâtre (le signal du soulèvement révolutionnaire est donné par le Pierrot de la farce), en multipliant les centres de contre-pouvoir, contribue à subvertir le pouvoir en place et à fomenter la révolution de 1830 qui triomphe à la fin du roman. En revanche, dans les Mystères de Paris, le prince déguisé, s’il aide bien à compenser l’imperfection des institutions judiciaires — punition des personnages criminels, et aussi récompense des personnages vertueux qui rappelle le principe du prix Montyon — et à équilibrer les inégalités de fortune, le fait cependant sans menacer les pouvoirs en place. La scène du « carnaval révolutionnaire », où la populace déguisée attaque le carrosse du héros, montre même la révolution sous un jour uniformément néfaste. Dans l’espace du roman-feuilleton au message politique si ambigu, deux pratiques du déguisement se rencontrent et s’affrontent : le déguisement princier, qui serait à mettre du côté non de la révolution mais du réformisme social, et le carnaval populaire, où les masses rétablissent aussi la justice à leur façon, et où se brouillent les frontières entre le déguisement ludique et la violence politique. La thématique du déguisement du héros rencontre ainsi quelques unes des grandes questions idéologiques et politiques qui agitent le siècle et qui se retrouvent dans la célèbre « querelle du roman-feuilleton ». |
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