Proust en faiseur d'ana. L'anecdote et la construction du personnage proustien

RésuméIl y a dans La Recherche un véritable fief anecdotique sur lequel la critique ne s’est que très peu penché. C’est qu’on tient généralement l’anecdote pour un élément secondaire, voire insignifiant. Or il nous est apparu que l’anecdote, ou plus précisément l’anecdotisation du matériau biograph...

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Päätekijä: Guez, Stéphanie
Aineistotyyppi: Article ou chapitre numérique
Kieli:Français
Julkaistu: 2008
Linkit:Accès Université d'Orléans et IFPM
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Yhteenveto:RésuméIl y a dans La Recherche un véritable fief anecdotique sur lequel la critique ne s’est que très peu penché. C’est qu’on tient généralement l’anecdote pour un élément secondaire, voire insignifiant. Or il nous est apparu que l’anecdote, ou plus précisément l’anecdotisation du matériau biographique est l’une des clés de la construction et de la lecture du personnage proustien. La « mise en anecdote » ou « mise en ana » du personnel romanesque s’avère en effet être un puissant outil au service des théories qui president à l’entreprise proustienne ; théories liées notamment au refus du déterminisme psychologique, à la volonté de ne jamais fixer ni figer ses personnages dans « une » identité non problématique, à l’absence de hiérarchie entre les personnages, ou encore à l’inscription du personnage dans le Temps. Il s’ensuit que l’anecdote n’est pas asservie au portrait, comme elle l’est chez les prédécesseurs de Proust, mais s’en libère comme elle « libère » le personnage. Ce mode de présentation, dilué et fragmenté, pose évidemment des problèmes de lecture. L’usage de l’anecdote dans ce contexte semble toutefois, aussi paradoxal que cela puisse paraître, avoir aussi pour fonction de cimenter les différentes apparitions du personnage en favorisant sa lisibilité et sa mémorisation par le lecteur. Alors que la tradition tant romanesque qu’historiographique ou esthétique faisait de l’anecdote un outil de mémorisation ponctuelle, Proust l’a fait fonctionner comme une « mémoire en texte ». Elle devient ainsi, dans les mains de Proust, un outil multi-fonctionnel, une sorte de « foyer » vers lequel convergent et d’où partent une série de « sens ».