Entre éblouissement et « véritables grâces ». Racine ou les tensions de l'œil classique
Depuis Voltaire, l’éblouissement semble définir l’identité visuelle du classicisme : rien ne serait plus « classique » que le regard ébloui, médusé par une évidence brillant dans le lointain, unifié dans l’admiration et figé à jamais dans l’émerveillement. S’il est vrai que la figure éblouissante c...
Sábháilte in:
| Príomhchruthaitheoir: | |
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| Formáid: | Article ou chapitre numérique |
| Teanga: | Français |
| Foilsithe / Cruthaithe: |
2013
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| Rochtain ar líne: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
| Achoimre: | Depuis Voltaire, l’éblouissement semble définir l’identité visuelle du classicisme : rien ne serait plus « classique » que le regard ébloui, médusé par une évidence brillant dans le lointain, unifié dans l’admiration et figé à jamais dans l’émerveillement. S’il est vrai que la figure éblouissante constitue bien une référence visuelle dominante des représentations au XVIIe siècle, cet article explore les « scénographies critiques » que le théâtre de Racine propose de ce régime absolutiste de la vision. Loin de présenter l’image d’une communion unanime suscitée par l’apparition du héros, Alexandre et Esther questionnent la légitimité et la prétention à l’universalité de l’héroïsme éclatant. Plutôt qu’une « démolition » des valeurs, cette mise en procès porte la revendication d’une possibilité de regard légitime et légitimant autre que la frappe éblouissante. Au partage ostentatoire d’yeux mouillés de larmes orchestré par Alexandre victorieux fait écho la grâce touchante par laquelle Esther impose son autorité devant Assuérus. Ces scénographies tragiques, fondées sur l’échange des regards et la proximité des corps, génératrices de plaisir et d’adhésion, croisent les nouveaux critères de l’esthétique galante et la promotion coloriste d’une séduction des beaux-arts. L’accueil reçu par les deux pièces raciniennes, quasi inverse de l’effet escompté par chacune, témoigne alors des hésitations qui jalonnent dans le dernier tiers du siècle cette évolution progressive des modèles de visibilité. |
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