Timasagoras et la diplopie
Au chant IV du De rerum natura, Lucrèce mentionne la diplopie, illusion consistant à susciter, par pression sur l’œil, deux images au lieu d’une seule (447-452). Le présent article se propose de faire l’histoire des usages philosophiques de la diplopie dans l’Antiquité. Il reconstitue tout d’abord c...
Na minha lista:
| Autor principal: | |
|---|---|
| Formato: | Article ou chapitre numérique |
| Idioma: | Français |
| Publicado em: |
2025
|
| Assuntos: | |
| Acesso em linha: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
| Resumo: | Au chant IV du De rerum natura, Lucrèce mentionne la diplopie, illusion consistant à susciter, par pression sur l’œil, deux images au lieu d’une seule (447-452). Le présent article se propose de faire l’histoire des usages philosophiques de la diplopie dans l’Antiquité. Il reconstitue tout d’abord comment l’argument naît dans le contexte des polémiques entre le Lycée et l’école cyrénaïque sur la connaissance sensible, les Cyrénaïques assumant ostensiblement la séparation ontologique entre l’affection proprement dite et une douteuse réalité extérieure qui la produirait. La diplopie, phénomène étudié par Aristote dans sa physiologie, portait la partition à son paroxysme ; elle était d’autant plus efficace pour les premiers maîtres de l’école cyrénaïque, en particulier Aristippe Metrodidacte. Très vite, le Lycée se réapproprie l’argument en renversant l’interprétation à donner de la fracture entre perception et réalité extérieure irréfutable. — La seconde histoire du débat est hellénistique. Carnéade, lui aussi originaire de Cyrène, manie l’argument de la diplopie dans le sens que lui conférait déjà le Metrodidacte. Mais cette fois-ci, c’est sans doute contre Épicure, qui postule la possibilité de la régression de la sensation à la réalité extérieure, qu’il dirige l’argument. L’épicurien Timasagoras lui répond, non sans infléchir l’optique épicurienne ni introduire dans l’intuitionnisme du Maître, la catégorie d’illusion. Enfin, en se fondant sur un texte arabe du xe siècle édité ici pour la première fois, composé par le savant Aḥmad ibn ʻĪsā, on explique comment, à l’époque d’Énésidème, l’argument de la diplopie a dû être intégré à l’arsenal néo-pyrrhonien. |
|---|