Les chrétiens d’Irak et la guerre de 2003 : douleurs et dilemmes d’une minorité

Libérer les Irakiens du joug d’un dictateur, tel était l’objectif officiel de l’intervention américaine de 2003. Cet article a pour but d’analyser la situation de certains de ces Irakiens, les chrétiens, dès l’aube d’une guerre dont les considérations géopolitiques les dépassent. Les chrétiens d’Ira...

Deskribapen osoa

Gorde:
Xehetasun bibliografikoak
Egile nagusia: Tannous, Manon-Nour
Formatua: Article ou chapitre numérique
Hizkuntza:Français
Argitaratua: 2011
Sarrera elektronikoa:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Deskribapena
Gaia:Libérer les Irakiens du joug d’un dictateur, tel était l’objectif officiel de l’intervention américaine de 2003. Cet article a pour but d’analyser la situation de certains de ces Irakiens, les chrétiens, dès l’aube d’une guerre dont les considérations géopolitiques les dépassent. Les chrétiens d’Irak sont présents sur ce territoire depuis les débuts du christianisme. Sous Saddam Hussein, ils bénéficient d’une relative bienveillance de la part du régime, baathiste et laïc. Le vice-premier ministre Tarek Aziz est lui-même de confession chrétienne, et le président irakien, issu d’une religion en minorité dans le pays – le sunnisme –, s’appuie ponctuellement sur les autres minorités. Les chrétiens d’Irak sont alors relativement dissous dans le corps social, et leur spécificité est à nuancer. Pourtant, dès la guerre du Golfe de 1991, les références à l’Islam se multiplient dans les discours du président irakien, afin de rassembler le peuple irakien contre l’ennemi. Les chrétiens parviennent dès lors difficilement à s’identifier dans le rôle du bon citoyen irakien, du combattant face à l’agresseur. Le discours néoconservateur américain précédant la guerre de 2003 achève de singulariser les chrétiens. En se plaçant sur le terrain des valeurs et de la morale, l’attitude américaine pose un véritable défi aux chrétiens d’Irak. Trop arabes pour l’Occident, ils deviennent trop chrétiens pour les Irakiens. En effet, le champ sémantique de la croisade instrumentalisé par les États-Unis, nation chrétienne, exacerbe les différences communautaires en Irak, et jette le soupçon sur les chrétiens irakiens. L’identité de l’agresseur rend le chrétien irakien étranger dans son propre pays, et ainsi dramatiquement vulnérable. Il s’agit alors de s’interroger sur la place de ces chrétiens, devenus trop visibles, dans le nouvel Irak dessiné par une puissance occidentale. Quelques-uns ont profité de l’espace politique naissant pour exprimer leurs revendications avec un nouveau dynamisme, d’autres ont choisi l’exil. Car le quotidien de ces chrétiens est actuellement ponctué de menaces, de vols, et d’assassinats. La solution à cette situation semble finalement la refonte d’une citoyenneté irakienne avec un dénominateur commun à tous.