Éditorial

Se plaindre de voir sa valeur personnelle insuffisamment reconnue est sans doute le thème le plus constamment présent dans la littérature chinoise classique. Car telle est la position du lettré dans son rapport au pouvoir. Cette position concerne le domaine social et politique (le lettré attend la...

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Auteur principal: Chaboudez, Gisèle
Format: Article ou chapitre numérique
Langue:Français
Publié: 2007
Accès en ligne:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Description
Résumé:Se plaindre de voir sa valeur personnelle insuffisamment reconnue est sans doute le thème le plus constamment présent dans la littérature chinoise classique. Car telle est la position du lettré dans son rapport au pouvoir. Cette position concerne le domaine social et politique (le lettré attend la reconnaissance qui lui donnera postes, honneurs, influence) ; mais elle est aussi existentielle (il attend cette parole de l’autre, à qui il adresse anxieusement la question de ce qu’il est). Cette passivité est classiquement évoquée à travers une métaphore féminine. Telle une femme à un mari, le lettré, qui s’identifie au Sage, offre au maître un présent de valeur, et craint de le voir dédaigner. Ce lien fait de l’objet de la plainte le complice d’une position qui donne au sujet une raison d’exister sans avoir à se mesurer à la dimension imaginaire de son idéal. Culturellement, la plainte permet de donner une voix unifiée à ces deux tendances contradictoires qui marquent le lot du lettré, dans le rapport politique en Chine : le devoir d’ambition, et la nostalgie d’un retour vers les origines. La plainte devient la voix diffuse, et comme assourdie, qui parle de la violence des rapports de pouvoir, et de l’aliénation subjective.