Mémoires et identités
Pour réfléchir au rôle de la mémoire dans la réalisation du bien commun, on doit rappeler la distinction entre mémoire et histoire, chère à Pierre Nora. En le paraphrasant, l’histoire, si elle est une reconstruction de ce qui n’est plus, se veut néanmoins une production intellectuelle et profane app...
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|---|---|
| Format: | Article ou chapitre numérique |
| Langue: | Français |
| Publié: |
2026
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| Accès en ligne: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
| Résumé: | Pour réfléchir au rôle de la mémoire dans la réalisation du bien commun, on doit rappeler la distinction entre mémoire et histoire, chère à Pierre Nora. En le paraphrasant,
l’histoire, si elle est une reconstruction de ce qui n’est plus, se veut néanmoins une production intellectuelle et profane appartenant à tous et appelant l’analyse et la critique.
La mémoire, en revanche, est aveugle à tous sauf au groupe qu’elle lie, c’est-à-dire, comme
l’a dit Maurice Halbwachs, qu’il y a autant de mémoires que de groupes. À ce titre, une
mémoire n’accueille que les faits qui lui conviennent. Citant toujours Pierre Nora, on dira
ou peut dire que la mémoire est en évolution permanente et inconsciente de ses déformations successives, vulnérable à la manipulation et à l’appropriation.
Le travail historiographique entre donc en conflit avec les groupes sociaux qui attendent de ce dernier qu’il abonde dans le sens de leur mémoire. Je ne suis pas historien, mais je peux affirmer sans beaucoup m’aventurer que l’histoire, en créant une
mémoire particulière, représente beaucoup plus que la documentation et l’interprétation
du passé que j’avais envisagées lors de mes études secondaires. Le contrôle du récit historique est bien évidemment un enjeu de pouvoir ; comme le disait d’une façon concise
George Orwell dans 1984 : « Celui qui a le contrôle du passé a le contrôle du futur. Celui
qui a le contrôle du présent a le contrôle du passé. » Pour la même raison, tout exposé
sur la mémoire a forcément l’actualité en toile de fond, de l’inflation mémorielle à la définition de nos identités, des réécritures de l’histoire partout dans le monde aux guerres
culturelles concernant notre passé colonialiste et esclavagiste.
L’historien fait donc face au défi posé par la remise en question de l’expertise – particulièrement par les mouvements populistes, mais pas seulement… Ce fléau, que je souhaite examiner ici, affecte en fait tout domaine en prise directe avec la société : l’histoire
bien sûr, mais aussi l’économie, la médecine, la biologie, le changement climatique ou
encore la théorie de l’évolution.
Pour l’économiste que je suis, appréhender les phénomènes sociétaux nécessite d’analyser la confrontation de l’offre et de la demande. Le travail mémoriel ne fait pas exception à cette règle : à quels désirs individuels et collectifs répond-il ? Comment les narratifs
historiques se construisent-ils ? Comment la concurrence sur le terrain des mémoires
opère-t-elle ?
Mon exposé reflétera le cadre suivant : partant du vécu de l’individu et de l’histoire
du groupe (ethnique, religieux, racial, national…), un processus mémoriel biaisé façonne
la mémoire, individuelle ou collective. Ces mémoires sont déterminantes pour la formation de l’identité. Elles s’expriment souvent au travers de narratifs, dont la nature sera
exposée dans l’article qui suit.
J. T. |
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