Pour protéger notre faculté de penser, décrire correctement l’informatisation du monde et saisir son pouvoir séducteur

Cette contribution part de l’idée que pour sérieusement envisager des mesures visant à protéger la faculté humaine de penser, il faut préalablement lever un obstacle de grande envergure. Il consiste en l’absence de prise de conscience sur les enjeux du phénomène informatique. En effet, son caractère...

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Detaylı Bibliyografya
Yazar: Pollmann, Christopher
Materyal Türü: Article ou chapitre numérique
Dil:Français
Baskı/Yayın Bilgisi: 2026
Online Erişim:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
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Özet:Cette contribution part de l’idée que pour sérieusement envisager des mesures visant à protéger la faculté humaine de penser, il faut préalablement lever un obstacle de grande envergure. Il consiste en l’absence de prise de conscience sur les enjeux du phénomène informatique. En effet, son caractère, sa portée et ses effets restent largement invisibles. La dissimulation provient d’abord d’une terminologie mystificatrice, à commencer par le fait que « le numérique » n’a en réalité rien de numérique puisque les 0 et 1 ne sont pas des chiffres, mais les marques d’un code. Et le terme d’intelligence artificielle s’avère trompeur à plusieurs titres, ce qui confère à ces techniques d’automatisation l’anonymat de la machine, les immunisant contre la critique et déresponsabilisant les décideurs. Cette absence de prise de conscience découle d’une fascination envoûtante qui confère à l’informatique une puissance magique, voire sacrée. On a affaire ici à un dispositif qui semble promettre la toute-puissance à l’individu, d’autant plus attirante que celui-ci se voit dans son quotidien toujours plus impuissant face aux forces et mécanismes anonymes, notamment marchands, qui l’enserrent. Cet agencement séducteur devient presque irrésistible grâce aux découvertes de la psychologie appliquée à l’informatique, destinée à exploiter les faiblesses humaines et à créer un potentiel addictogène dans les appareils connectés, en particulier grâce à des artifices déclenchant la libération de dopamine. Pèse tout aussi lourdement le fait que l’impact civilisationnel et anthropologique de l’informatique n’est guère perçu, en tout cas ne fait pas le poids face aux avantages promis ou escomptés. On peut penser que la raison en réside dans l’individualisation de la société qui est aussi une atomisation. En cours depuis plusieurs siècles, ce processus implique que les êtres humains éprouvent des difficultés toujours plus grandes à percevoir des problèmes qui les dépassent individuellement, donc à comprendre les enjeux collectifs. Concernant l’informatique, c’est à la puissance publique qu’incomberait la mission d’organiser l’indispensable prise de conscience. Toutefois, une nouvelle branche de l’Administration ne saurait suffire pour relever le défi, car elle serait vite vue comme une instance bureaucratique supplémentaire, responsable d’un formalisme bridant l’initiative individuelle. Les résistances populaires contre la sauvegarde de l’environnement devraient servir d’avertissement. C’est pourquoi il semble nécessaire de démocratiser le fonctionnement de la puissance publique et plus particulièrement les processus de décision, de façon à ce que chacun puisse se reconnaître dans les mesures protectrices à adopter, y compris en cas de désaccords.