Problématique de la différenciation territoriale dans les communes et les intercommunalités

Si, sous l’Ancien Régime, c’était la diversité qui l’emportait, avec des structures territoriales (pour résumer : les communautés) différenciées selon les parties du territoire, et des autorités qui intervenaient différemment, à partir de la Révolution, c’est l’uniformité qui l’emporte, avec des str...

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Päätekijä: Pontier, Jean-Marie
Aineistotyyppi: Article ou chapitre numérique
Kieli:Français
Julkaistu: 2025
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Yhteenveto:Si, sous l’Ancien Régime, c’était la diversité qui l’emportait, avec des structures territoriales (pour résumer : les communautés) différenciées selon les parties du territoire, et des autorités qui intervenaient différemment, à partir de la Révolution, c’est l’uniformité qui l’emporte, avec des structures territoriales identiques pour les collectivités locales, ces collectivités locales se ramenant aux communes, principalement, aux départements, secondairement. Ces communes, dont la multiplicité est une particularité française, en Europe, ont été confrontées, à la fin du XIXe siècle, aux impératifs du développement et de l’économie. Le législateur a institué un instrument au profit de ces communes, les syndicats de communes, qui ont largement contribué à l’établissement des réseaux primaires que sont les réseaux d’eau, d’assainissement et d’électricité. Au départ, ces syndicats de communes n’étaient que des instruments pour les communes, certains furent d’ailleurs supprimés, une fois leur tâche accomplie. Aux débuts de la Ve République, il est apparu aux dirigeants que la réforme des institutions politiques, avec une nouvelle constitution, devait s’accompagner de réformes administratives, notamment à l’échelon local. Les établissements de coopération intercommunale vont être multipliés, avec de plus en plus de compétences, des transferts de compétences de plus en plus « sophistiqués » et, surtout, de plus en plus intégrateurs, l’importance des EPCI ne faisant que croître, avec une nouvelle notion qui s’est imposée peu à peu, celle d’intercommunalité, le ministère de l’Intérieur ne parlant plus, dans bien des cas, des communes, mais du « bloc communal », intégrant les communes et leurs groupements. À partir du moment où le législateur a proclamé le principe de différenciation territoriale, avec toute l’ambiguïté qui entoure ce terme, il était inévitable que la question de la différenciation fût posée, non seulement entre les catégories de collectivités territoriales mais, également, entre les communes et les établissements publics de coopération intercommunale (EPCI). Cependant, le débat, sur ce point, ne peut que présenter des équivoques. Car, en principe, ces EPCI ne sont que des établissements publics, c’est-à-dire, toujours en principe, commandés par le principe de spécialité, alors que les communes, elles, disposent d’une compétence générale, le législateur de 2015 ayant maintenu cette compétence générale sous la dénomination, discutable, de « responsabilités partagées ». La réalité administrative est tout autre : du fait des transferts de compétences obligatoires, les compétences des communes sont aspirées par les EPCI dits à fiscalité propre, et ce sont des établissements publics, aux compétences théoriquement limitées, qui disposent de l’essentiel des compétences dont sont vidées les communes membres, ces dernières étant, au surplus, tenues de faire partie d’un EPCI à fiscalité propre. Une telle bizarrerie juridique ne s’explique que par les contradictions de la politique suivie par les pouvoirs publics qui, adoptant une stratégie de contournement, amenuisent les capacités des communes, dont ils n’arrivent pas à prononcer la fusion, tout en n’osant pas franchir le pas, consistant à transformer certains de ces EPCI en nouvelles collectivités territoriales, solution dont il n’est pas évident, au surplus, comme le montrent certains rapports, qu’elle réglerait le problème. La différenciation territoriale entre les communes et les intercommunalités est déjà, du fait de cette situation, une réalité. Celle-ci est très contrastée selon les parties du territoire, mais cette réalité manque de visibilité et de cohérence. La seule solution, à l’heure actuelle, pour limiter les incohérences, est de favoriser la contractualisation devenue, sous des formes elles aussi très différenciées, et sans qu’il s’agisse nécessairement de contrats, le mode normal de relations entre les personnes publiques.