Texte et tissu

RésuméEn 1762, Goldoni fait ses adieux à Venise. Comme dernière comédie, avant son installation à Paris, il fait représenter sur la scène du Théâtre San Luca Una delle ultime sere di Carnovale (Une des dernières soirées de Carnaval). La pièce est entièrement construite sur une allégorie entre la fa...

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Detalhes bibliográficos
Autor principal: Chartier, Roger
Formato: Article ou chapitre numérique
Idioma:Français
Publicado em: 2004
Acesso em linha:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Descrição
Resumo:RésuméEn 1762, Goldoni fait ses adieux à Venise. Comme dernière comédie, avant son installation à Paris, il fait représenter sur la scène du Théâtre San Luca Una delle ultime sere di Carnovale (Une des dernières soirées de Carnaval). La pièce est entièrement construite sur une allégorie entre la fabrication des tissus et la représentation de théâtre. À chaque état dans le monde du textile (dessinateur, marchand de soie, maître tisserand, ouvriers) correspond un rôle dans le processus de la composition dramaturgique (celui de l’auteur, des propriétaires des théâtres vénitiens, des directeurs des compagnies et des comédiens). La métaphore, filée avec grâce et mélancolie est, dans cet article, le point de départ d’une analyse des multiples liens qui existent entre texte et textile à l’âge moderne, entre XVIe et XVIIIe siècle. Ils sont, tout ensemble, étymologiques, métaphoriques et matériels. Le monde masculin des métiers vénitiens est ainsi mis en contraste avec, celui tout féminin, des écritures brodées ou tissées. Elles ornent sur de multiples objets, donnent présence aux récits mythologiques (par exemple, la compétition entre Pallas et Arachné) et fondent la proximité entre gages d’amour et chansons d’amour dans la balle du colporteur. L’aiguille a ainsi rendu possible l’entrée en écriture de celles à qui la plume, perçue comme dangereuse, était interdite. Si l’analogie avec les métiers du textile a permis à Goldoni de mettre en représentation les contraintes régissant la pratique du théâtre, les jeunes filles et la femme de l’Europe moderne, en l’inversant, ont pu faire de la broderie ou de la tapisserie qui devaient assurer leur assujettissement l’instrument d’un possible écart par rapport aux disciplines imposées.