La réunification ou la mémoire collective fragmentée d’une société froide

Trente ans après l’entrée en vigueur du traité d’unité allemande le 3 octobre 1990, la mémoire collective du moment 1989/1990 semble plus que jamais fragmentée en milliers de petits morceaux. On peine à voir émerger une culture mémorielle partagée, en dépit des efforts volontaristes entrepris par le...

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Autore principale: Droit, Emmanuel
Natura: Article ou chapitre numérique
Lingua:Français
Pubblicazione: 2020
Accesso online:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Descrizione
Riassunto:Trente ans après l’entrée en vigueur du traité d’unité allemande le 3 octobre 1990, la mémoire collective du moment 1989/1990 semble plus que jamais fragmentée en milliers de petits morceaux. On peine à voir émerger une culture mémorielle partagée, en dépit des efforts volontaristes entrepris par le champ politico-médiatique de la République de Berlin. La Révolution Pacifique de 1989 et le processus démocratique d’adhésion de la RDA à la RFA n’ont pas conduit à la formation d’un « précipité mémoriel germano-allemand » au sens d’une représentation collective stable de l’événement. Un monument national à la mémoire de la réunification se fait toujours attendre.Berlin n’est pas Bonn et l’Allemagne post-Guerre froide ressemble de plus en plus sur le plan mémoriel à un champ de batailles au sein duquel cohabite une pluralité de récits produits par différents entrepreneurs de mémoire qui diffusent des représentations, des interprétations voire des contre-vérités, entre gratitude, fierté, joie, dénonciation, frustration et colère. Cet article examine la manière dont les responsables politiques de la République de Berlin ont figé très rapidement la réunification dans un méta-récit commémoratif. Or, celui-ci a suscité une forme d’indifférence en Allemagne de l’Ouest alors qu’en ex-RDA, il a été très vite mis en difficulté par l’expérience traumatisante largement partagée de la désindustrialisation, faisant de la Treuhand le mythe négatif par excellence de la réunification. Dans ce contexte, des entrepreneurs de contre-mémoire comme l’ AfD vont se saisir de ce traumatisme pour l’instrumentaliser sur le plan politique.