Conflict, consensus and dissensus in two open letters

I will analyze in this article how discussants in two open letters, issued after Pope Benedict XVIth’s Regensburg lecture in 2006, seek to reach consensus and overcome disagreement in a particular conflict situation. I first show that “conflict” is a tricky and slippery word and that far from being...

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Kaydedildi:
Detaylı Bibliyografya
Yayımlandı:URI:https://journals.openedition.org/tipa,
Yazar: Saki, Mohamed
Materyal Türü: Article ou chapitre numérique
Dil:Anglais
Baskı/Yayın Bilgisi: TIPA. Travaux interdisciplinaires sur la parole et le langage 2017
Konular:
Online Erişim:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
id openedition-oai:revues.org:tipa_1936
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collection OpenEdition Journal
language Anglais
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Saki, Mohamed
Conflict, consensus and dissensus in two open letters
description I will analyze in this article how discussants in two open letters, issued after Pope Benedict XVIth’s Regensburg lecture in 2006, seek to reach consensus and overcome disagreement in a particular conflict situation. I first show that “conflict” is a tricky and slippery word and that far from being always negatively connoted, it is, for some thinkers, indicative of the solidity and the genuine pluralistic nature of a society. I carry out a rhetorical analysis against this theoretical background, drawing mainly notions, such as kairos, identification, audience, ethos and presencing, from Kenneth Burke’s (1950/69a) and Chaïm Perelman’s (Perelman & Obrechts-Tyteca 1958/69) rhetorical theories. I explore how the writers of the two open letters endeavour to bridge up the gap between Muslims and Christians in a time of heightened tension and how they insist, through the rhetorical process of identification, on the consubstantiality of their religions and their stances towards the inter-faith dialogue. The two parties engage in an open dialogue the hallmark of which is a common eagerness to reach consensus and obliterate dissensus and they repeatedly make plain that their dialogue is conducted under the auspices of a transcendental and ethically motivated rationality. Yet, I show that this apparently rational and dispassionate consensus is only reached by excluding a “third” and by refusing to tackle or by minimizing the important dissensual issues.
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I first show that “conflict” is a tricky and slippery word and that far from being always negatively connoted, it is, for some thinkers, indicative of the solidity and the genuine pluralistic nature of a society. I carry out a rhetorical analysis against this theoretical background, drawing mainly notions, such as kairos, identification, audience, ethos and presencing, from Kenneth Burke’s (1950/69a) and Chaïm Perelman’s (Perelman & Obrechts-Tyteca 1958/69) rhetorical theories. I explore how the writers of the two open letters endeavour to bridge up the gap between Muslims and Christians in a time of heightened tension and how they insist, through the rhetorical process of identification, on the consubstantiality of their religions and their stances towards the inter-faith dialogue. The two parties engage in an open dialogue the hallmark of which is a common eagerness to reach consensus and obliterate dissensus and they repeatedly make plain that their dialogue is conducted under the auspices of a transcendental and ethically motivated rationality. Yet, I show that this apparently rational and dispassionate consensus is only reached by excluding a “third” and by refusing to tackle or by minimizing the important dissensual issues. Le mot « conflit » est générique et il est généralement connoté négativement. Ces deux traits constitutifs ont tendance à surdéterminer notre appréhension de ce qu’il peut recouvrir et y voir le résultat d’un dysfonctionnement ou une source potentielle de tensions. Le but de cet article est d’appréhender la question du conflit à travers l’analyse de deux lettres ouvertes écrites à un moment de tension extrême ; nous nous intéresserons plus particulièrement à comment les scripteurs de ces deux textes tentent de dépasser une situation conflictuelle en recourant à des modalités argumentatives qui privilégient le débat dépassionné et les arguments rationnels.Le 12 septembre 2006, le pape Benoit XVI donna une conférence à l’université de Ratisbonne, en Bavière, dont le thème est le rapport de la raison et de la foi. Dans son allocution, Benoit XVI cita, sans se l’approprier, une phrase d’un message de l’empereur byzantin Manuel II, qui voit dans l’islam une religion cruelle et violente. La conférence suscita des réactions diverses et elle fut à l’origine d’une polémique qui a pris, très vite, des proportions considérables ; certaines ont été violentes alors que d’autres ont été plus dépassionnées. Parmi ces dernières, il y a A Common Word between Us and You, signée par 138 intellectuels et dignitaires religieux musulmans et publiée par le magazine en ligne Islamica Magazine, en octobre 2007. La lettre ne s’adressait pas à Benoit XVI, mais à tous les chrétiens. Cette lettre a suscité, à son tour de nombreuses réactions dont la lettre ouverte intitulée “A Common Word” Christian Response.Afin d’analyser la façon dont la question du conflit a été traitée dans les deux lettres ouvertes, il nous a semblé important de voir comment la notion même de conflit est théorisée et problématisée par des philosophes. Si, pour Jürgen Habermas (1984 ; 1986 ; 1992), le telos de toute argumentation est le consensus et si le conflit n’est concevable que comme une première phase dans un dialogue public, d’autres philosophes soulignent la fécondité de la notion de conflit et insistent sur l’importance de ne pas le réduire à un échec de la communication. Ainsi, John Rawls (1996) signale qu’il existe des situations où non seulement aucun accord n’est possible mais où le désaccord même est « raisonnable ». Pour Jacques Rancière (1995 ; 2009), le conflit et le désaccord sont l’essence même du politique car ils permettent d’entendre la voix des « incomptés ». Chantal Mouffe (1999 ; 2016) met l’accent sur la nécessité d’un pluralisme agonistique, seul à même de faire barrage à toutes les accaparations hégémoniques par les classes dominantes. Pour Andrew Knops (2012), il n’existe pas d’opposition absolue entre agonisme et consensus alors que Christian Kock (2007) nous rappelle que la résolution d’un conflit par le consensus ou la persistance du dissensus dépendent de la nature de la question traitée : appartient-elle au domaine de l’épistémè ou au domaine de la praxis ?Ce détour théorique nous permet de montrer que la question du conflit doit prendre en ligne de compte des paramètres à la fois historiques et théoriques pour saisir comment des interlocuteurs s’engagent dans un débat dans une situation conflictuelle. Ainsi, notre analyse de la manière dont les scripteurs des deux lettres ouvertes interagissent dans une situation conflictuelle se fonde sur deux prémisses : d’abord, il nous faut nécessairement faire la distinction entre les types d’arguments utilisés ; sont-ils d’ordre épistémiques ou pratiques ? Deuxièmement, il nous faut nous rappeler que tout consensus subsume un tiers exclu. Notre analyse s’appuie sur des notions telles que kairos, identification, auditoire, ethos, (ré)élaborées par Kenneth Burke (1945, 1950) et Chaïm Perelman (1958/69).Nous montrons ainsi que les scripteurs des deux lettres ouvertes s’emploient à effacer toute forme de conflit ou de dissensus en insistant sur la consubstantialité de leurs valeurs respectives ainsi que de leurs visions du monde. L’échange épistolaire est, de ce point de vue, une célébration d’une communauté de croyants, qui regroupe musulmans et chrétiens à la fois. L’analyse montre aussi que pour contourner les questions épineuses et pour surmonter le conflit, les scripteurs font appel à un auditoire universel et fondent leurs arguments sur une raison transcendantale et des impératifs catégoriques et éthiques. Toutefois, l’analyse montre également que le consensus célébré par les deux lettres ouvertes est obtenu par l’exclusion d’un tiers dont on n’entend pas la voix et dont la figure demeure à la fois brumeuse et menaçante. Le consensus est également obtenu grâce à la stratégie d’évitement mis en place par les scripteurs qui s’emploient, dans leur lettre, à minimiser ou à neutraliser des divergences fondamentales entre leurs religions. En somme, mon analyse montre que si le dialogue entre deux religions en situation de tension mis en discours dans les deux peut aboutir à un accord grâce au recours à l’éthique de discussion habermassienne, cette même éthique escamote le débat en laissant peu, ou pas, de place à l’expression d’un dissensus raisonnable.