Le recul d’accent dans l’insulte en français

Nous savons aujourd’hui comment la proéminence de l’accent, en français, permet aux interlocuteurs de segmenter le discours en unités prosodiques, facilitant ainsi sa mise en mémoire et son décodage (Philippe Martin, Intonation du français, 2009). Parmi les autres proéminences syllabiques que l’on r...

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Publicado en:URI:https://journals.openedition.org/tipa,
Autor principal: Bruno, Christophe
Formato: Article ou chapitre numérique
Lenguaje:Français
Publicado: TIPA. Travaux interdisciplinaires sur la parole et le langage 2014
Materias:
Acceso en línea:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
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Bruno, Christophe
Le recul d’accent dans l’insulte en français
description Nous savons aujourd’hui comment la proéminence de l’accent, en français, permet aux interlocuteurs de segmenter le discours en unités prosodiques, facilitant ainsi sa mise en mémoire et son décodage (Philippe Martin, Intonation du français, 2009). Parmi les autres proéminences syllabiques que l’on rencontre dans le discours, on trouve également des accents secondaires, dits « emphatiques » (Martin, 2009 : 110). Le phénomène décrit dans cet article possède ceci de caractéristique qu’il est le produit de ces deux formes de proéminence. À la fois rythmique et emphatique, son emploi fréquent est souvent associé au parler caricatural que l’on attribue aux jeunes des banlieues (hé madeMOIselle). C’est ainsi qu’il se manifeste en priorité dans les insultes (espèce de BÂtard), les jurons (PARdi), les interpellations (oh GAby) et les injonctions (PREND-ça). Ce phénomène ne doit toutefois pas être confondu avec le recul d’accent que l’on retrouve dans les insultes lorsqu’elles sont suivies d’un « va » (PÉdé VA ; BALtringue VA). Dans ces dernières, c’est la collision de deux accents lexicaux qui provoque le recul du premier accent sur l’avant-dernière syllabe du nom en apostrophe (Martin, 2009 : 101).Ce phénomène du recul d’accent est d’un intérêt capital pour comprendre le système d’accentuation du français dans le discours, et le distinguer des conceptions courantes, qui l’attribue avant tout à une proéminence syllabique. Ici, on se rend compte que la provocation est liée à une rupture de rythme dans la mélodie de l’énoncé, qui voit la marque de modalité se manifester plus tôt dans l’énoncé, effaçant dans sa prononciation la syllabe normalement accentuée. Il découle de cette observation que l’accentuation du français est avant tout rythmique, et qu’elle obéit possiblement à des lois syntactico-prosodiques avant que de se signaler dans le discours au moyen d’une insistance particulière.
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Parmi les autres proéminences syllabiques que l’on rencontre dans le discours, on trouve également des accents secondaires, dits « emphatiques » (Martin, 2009 : 110). Le phénomène décrit dans cet article possède ceci de caractéristique qu’il est le produit de ces deux formes de proéminence. À la fois rythmique et emphatique, son emploi fréquent est souvent associé au parler caricatural que l’on attribue aux jeunes des banlieues (hé madeMOIselle). C’est ainsi qu’il se manifeste en priorité dans les insultes (espèce de BÂtard), les jurons (PARdi), les interpellations (oh GAby) et les injonctions (PREND-ça). Ce phénomène ne doit toutefois pas être confondu avec le recul d’accent que l’on retrouve dans les insultes lorsqu’elles sont suivies d’un « va » (PÉdé VA ; BALtringue VA). Dans ces dernières, c’est la collision de deux accents lexicaux qui provoque le recul du premier accent sur l’avant-dernière syllabe du nom en apostrophe (Martin, 2009 : 101).Ce phénomène du recul d’accent est d’un intérêt capital pour comprendre le système d’accentuation du français dans le discours, et le distinguer des conceptions courantes, qui l’attribue avant tout à une proéminence syllabique. Ici, on se rend compte que la provocation est liée à une rupture de rythme dans la mélodie de l’énoncé, qui voit la marque de modalité se manifester plus tôt dans l’énoncé, effaçant dans sa prononciation la syllabe normalement accentuée. Il découle de cette observation que l’accentuation du français est avant tout rythmique, et qu’elle obéit possiblement à des lois syntactico-prosodiques avant que de se signaler dans le discours au moyen d’une insistance particulière. We now know how the prominence of stress in French language allows interlocutors to segment the speech into prosodic units, thus facilitating its memorisation and decoding (Philippe Martin, Intonation French, 2009). Among other syllabic prominences encountered in speech, there is also the secondary stress, called "emphatic stress" (Martin, 2009 : 110). The phenomenon described in this article has this characteristic that it is the product of these two forms of prominence. Both rhythmic and emphatic, its frequent use is often associated with the caricatural speech attributed to French suburban youth (“hé madeMOIselle”). This is how it primarily occurs in insults (espèce de BÂtard), swearing (PARdi), appeal (oh GAby) and injunctions (PREND-ça). However, we must not confuse this phenomenon with the stress recoil found in insults when followed by a "va" (PÉdé VA ; BALtringue VA). In the latter, the primary stress recoiling on the penultimate syllable of the apostrophized name is caused by the collision between two lexical accents. (Martin, 2009 : 101)French language is considered oxytonic, and even "oxyprosodic." In French speech, the stress is placed on the last syllable of a group of words (or "prosodic words"). When placed at the end of the utterance, the stress also bears the mark of prosodic modality (falling intonation in a declarative sentence, rising in an interrogative sentence). The recognition of this modality allows us to observe a "stress recoil" in insults, usually in order to provoke the interlocutor. Indeed, unlike the emphatic stress and emphasis marks (longer duration, intensity or amplitude of the accent), the "rhythmic" stress, which segments the speech, has its own intonation, which in turn depends on the modality of the utterance. On the other hand, when the accentuation of the insult is regular – when only the last syllable carries this modality mark, we don’t notice any particular provocation connected to the melody of the statement. This stress recoil phenomenon is essential to understand the stress system in French speech, and to distinguish it from usual ideas, which primarily assigns it to a syllabic prominence. Here, we realize that the provocation is related to a break in the rhythm of the melody of the statement, in which the modality mark occurs earlier than expected, erasing the syllable usually increased in the pronunciation. It follows from this observation that French accentuation is primarily rhythmic, and possibly obeys syntactic/prosodic laws before pointing itself out in the speech via a special emphasis.