Style ou pragmatisme ? Le débat sur l’architecture du xixe siècle aux Pays-Bas

Aux Pays-Bas, sans doute plus qu’ailleurs, l’arrogance du modernisme éclipsa pendant longtemps la richesse et les qualités particulières de l’architecture du xixe siècle. La sobriété et l’austérité néerlandaise, que le modernisme incarnait avec tant d’enthousiasme, faisaient peu de cas du « siècle d...

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van Leeuwen, Wilfred
Style ou pragmatisme ? Le débat sur l’architecture du xixe siècle aux Pays-Bas
description Aux Pays-Bas, sans doute plus qu’ailleurs, l’arrogance du modernisme éclipsa pendant longtemps la richesse et les qualités particulières de l’architecture du xixe siècle. La sobriété et l’austérité néerlandaise, que le modernisme incarnait avec tant d’enthousiasme, faisaient peu de cas du « siècle de l’ornement ». L’étude de cette période se montra donc hésitante : il fallut attendre les années 1990 pour disposer de travaux scientifiques d’une certaine envergure et de monographies d’architectes richement illustrées.En outre, un problème historiographique difficile devait être réglé, celui de la généalogie du modernisme. Aux Pays-Bas, l’opinion qui prévalait était plus ou moins la suivante : le néogothique P. H. J.  Cuypers et le « rationaliste » Hendrick Berlage avaient été les deux grands timoniers d’un siècle à la dérive, un siècle qui ne pouvait se passer de l’ornement « inutile ». Tous deux avaient engagé l’architecture néerlandaise sur la voie du modernisme des années 1920. Au cours de ces quinze dernières années, cette vision figée a subi un basculement radical. Sous l’influence des publications étrangères, l’attention fut attirée sur la modernité de l’éclectisme du xixe siècle, tel qu’il se manifesta après 1840. Avec leur individualisme, leur capacité de s’adapter aux exigences modernes et leur liberté de choix absolue, les représentants de l’éclectisme (et ceux de l’éclectisme néorenaissance) ne sont-ils pas les véritables précurseurs de notre époque, beaucoup plus que les néogothiques et les rationalistes, prisonniers de leur recherche du « style » et de leur liens idéologiques avec la société ?Le fondement théorique de l’éclectisme, défini par les notions de « vérité » et de « caractère », fit l’objet d’une étude pionnière de Auke van der Woud. Dans le sillage de cette publication, des recherches furent consacrées aux origines françaises de l’éclectisme, à l’influence de l’Allemagne au milieu du xixe siècle ou encore à l’influence des sciences naturelles sur l’architecture, laquelle procura un fondement scientifique à l’étude du passé et fit de l’historicisme une esthétique à part entière. Les recherches portèrent également sur les associations d’architectes et sur la modernisation de la profession. En même temps, une étude récente a nuancé l’image de Cuypers en soulignant sa part d’éclectisme et en le rattachant à l’éclectisme progressiste britannique. La dimension prophétique de son œuvre a donc été considérablement remise en question, même si l’immense talent dont Cuypers fit preuve dans le domaine de l’architecture religieuse reste, pour la plupart des spécialistes, indiscutable.
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La sobriété et l’austérité néerlandaise, que le modernisme incarnait avec tant d’enthousiasme, faisaient peu de cas du « siècle de l’ornement ». L’étude de cette période se montra donc hésitante : il fallut attendre les années 1990 pour disposer de travaux scientifiques d’une certaine envergure et de monographies d’architectes richement illustrées.En outre, un problème historiographique difficile devait être réglé, celui de la généalogie du modernisme. Aux Pays-Bas, l’opinion qui prévalait était plus ou moins la suivante : le néogothique P. H. J.  Cuypers et le « rationaliste » Hendrick Berlage avaient été les deux grands timoniers d’un siècle à la dérive, un siècle qui ne pouvait se passer de l’ornement « inutile ». Tous deux avaient engagé l’architecture néerlandaise sur la voie du modernisme des années 1920. Au cours de ces quinze dernières années, cette vision figée a subi un basculement radical. Sous l’influence des publications étrangères, l’attention fut attirée sur la modernité de l’éclectisme du xixe siècle, tel qu’il se manifesta après 1840. Avec leur individualisme, leur capacité de s’adapter aux exigences modernes et leur liberté de choix absolue, les représentants de l’éclectisme (et ceux de l’éclectisme néorenaissance) ne sont-ils pas les véritables précurseurs de notre époque, beaucoup plus que les néogothiques et les rationalistes, prisonniers de leur recherche du « style » et de leur liens idéologiques avec la société ?Le fondement théorique de l’éclectisme, défini par les notions de « vérité » et de « caractère », fit l’objet d’une étude pionnière de Auke van der Woud. Dans le sillage de cette publication, des recherches furent consacrées aux origines françaises de l’éclectisme, à l’influence de l’Allemagne au milieu du xixe siècle ou encore à l’influence des sciences naturelles sur l’architecture, laquelle procura un fondement scientifique à l’étude du passé et fit de l’historicisme une esthétique à part entière. Les recherches portèrent également sur les associations d’architectes et sur la modernisation de la profession. En même temps, une étude récente a nuancé l’image de Cuypers en soulignant sa part d’éclectisme et en le rattachant à l’éclectisme progressiste britannique. La dimension prophétique de son œuvre a donc été considérablement remise en question, même si l’immense talent dont Cuypers fit preuve dans le domaine de l’architecture religieuse reste, pour la plupart des spécialistes, indiscutable. In the Netherlands, without doubt more than elsewhere, the arrogance of Modern architecture for a long time eclipsed the richness and particularities of nineteenth-century architecture. The Dutch sobriety and austerity that Modern architecture so enthusiastically embodied seemed to be at odds with the “century of ornament.” The study of this period has thus proved to be somewhat hesitant: it was not until the 1990s that large-scale academic works and richly illustrated monographs on architects became available.Furthermore, a difficult historiographical problem had to be dealt with, that of the genealogy of Modern architecture. In the Netherlands, prevailing opinion was more or less the following: the neo-Gothic P. H. J. Cuypers and the “rationalist” Hendrick Berlage had been the two great captains of a century adrift, one that could not do without “useless” ornamentation. Both had set Dutch architecture on the road to the modernism of the 1920s. Over the last fifteen years, this somewhat static point of view has undergone a radical upheaval. Publications from outside the Netherlands have drawn attention to the modernity of nineteenth-century eclecticism such as it appeared after 1840. With their individualism, their capacity to adapt to modern demands, and their complete freedom of choice, were the proponents of eclecticism (and those of neo-Renaissance eclecticism) not in fact the real precursors of our era, much more so than the neo-Gothics and the Rationalists, prisoners of their search for “style” and their ideological links with society?The theoretical foundations of eclecticism, defined by notions of “truth” and “character,” were placed at the center of a pioneering study by Auke van der Woud. In the wake of this publication, research was dedicated to the French origins of eclecticism, to the German influence of the mid-nineteenth century, and even to that of the natural sciences on architecture, which created a scientific basis for the study of the past and transformed historicism into an aesthetic in its own right. Research likewise considered architects’ associations and the modernization of the profession. At the same time, a recent study nuanced the image of Cuypers by underlining the eclecticism in his work and by linking it with British progressive eclecticism. The prophetic dimension of his architecture has thus been heavily reconsidered, even if the immense talent Cuypers demonstrated in the area of religious architecture remains, for most specialists, unquestionable. Vermoedelijk nog meer dan elders heeft in Nederland de eigenwaan van het modernisme lange tijd het zicht ontnomen op de rijkdom en de bijzondere kwaliteiten van de negentiende-eeuwse architectuur. De Hollandse nuchterheid en soberheid, die het modernisme zo gretig omarmde, had weinig op met de ‘eeuw van het ornament’. De bestudering van die eeuw kwam dan ook aarzelend op gang en resulteerde pas in de jaren negentig in serieuze wetenschappelijke studies van enige omvang en in uitbundig geïllustreerde architectenmonografieën.Er moest bovendien nog worden afgerekend met een hardnekkig historiografisch probleem, die van de genealogie van het modernisme. In Nederland stond die min of meer vast: de neogoticus P. H. J. Cuypers en de ‘rationalist’ Hendrick Berlage waren de twee grote stuurmannen geweest in een stuurloze eeuw, een eeuw die verslaafd was aan ‘nutteloos’ ornament. Zij hadden de Nederlandse architectuur met vaste hand naar het modernisme van de jaren 1920 geleid. De laatste tien, vijftien jaar is dat verstarde beeld vrij radicaal gekanteld. Er is, mede onder invloed van buitenlandse studies, veel meer oog gekomen voor de moderniteit van het negentiende-eeuwse eclecticisme zoals dat na 1840 ontstond. Zijn de negentiende-eeuwse eclecticisten (en de eclectische neorenaissancisten), met hun individualisme, hun flexibiliteit ten aanzien van moderne bouwopgaven en hun onbeperkte keuzevrijheid niet veel geloofwaardiger voorlopers van onze tijd dan de neogotici en de rationalisten, die verstrikt raakten in hun zoektocht naar ‘stijl’ en haar ideologische verbinding met de samenleving?Over de theoretische grondslag van het eclecticisme, samengevat in de begrippen ‘waarheid’ en ‘karakter’ verscheen een baanbrekende studie van Auke van der Woud. In het kielzog daarvan zijn studies geschreven over de Franse oorsprong van het eclecticisme, over de invloed van Duitsland halverwege de eeuw, over de invloed van de natuurwetenschappen op de bouwkunst, waardoor de bestudering van het verleden een wetenschappelijke basis kreeg en de historische inspiratie een nieuwe esthetica op zichzelf werd. Ook over de architectenverenigingenen de modernisering van het architectenberoep verschenen interessante studies. En het beeld van Cuypers is inmiddels door een recente studie een stuk ‘eclectischer’ geworden, hij geldt nu veel meer als een aanhanger van het Britse ‘progressive eclecticism’. Maar zijn profetenmantel is inmiddels danig gescheurd. Andere profetenmantels zien er beter uit, al staat Cuypers’ grote talent als kerkenbouwer voor de meeste onderzoekers buiten kijf. Wahrscheinlich stärker als woanders hatte die Arroganz des Modernismus in den Niederlanden dazu geführt, den Reichtum und die besonderen Qualitäten der Architektur des 19. Jahrhunderts lange Zeit zu übersehen. Die niederländische Kargheit und Strenge, die der Modernismus mit so viel Enthusiasmus verkörperte, ließen das „Jahrhundert des Ornaments“ weitgehend unbeachtet. Das Erforschen dieser Periode kam demzufolge nur zögerlich voran. Erst die 1990-er Jahre brachten umfangreichere wissenschaftliche Abhandlungen und reich bebilderte Monographien über Architekten hervor.Darüber hinaus galt es, ein schwieriges historiographisches Problem zu regeln, das die Genealogie des Modernismus betraf. Die Meinung, die in den Niederlanden überwog, war folgende: P. H. J. Cuypers als Repräsentant der Neugotik und der ‘Rationalist’ Hendrick Berlage waren die zwei großen Kapitäne eines vom Kursverlust geprägten Jahrhunderts, das nicht auf das „unnütze“ Ornament verzichten konnte. Beide Persönlichkeiten haben die niederländische Architektur auf den Kurs der Moderne der 1920-er Jahre gebracht. Im Laufe der letzten fünfzehn Jahre hat diese festgefahrene Sichtweise eine durchaus radikale Neubewertung erlebt. Unter Einfluss ausländischer Publikationen wurde die Aufmerksamkeit auf den modernen Charakter der eklektischen Stilvielfalt des 19. Jahrhunderts gelenkt, so wie sie sich bereits ab 1840 zeigte. Dies warf die Frage auf, ob die Vertreter des Eklektizismus (und die der eklektischen Neo-Renaissance) mit ihrem Individualismus, ihrer absoluten Entscheidungsfreiheit und ihrer Fähigkeit, sich modernen Anforderungen anzupassen, nicht die eigentlichen Vorläufer unserer Epoche waren, im Unterschied zu den Neugotikern und Rationalisten, die in ihrer Suche nach dem „Stil“ und den ideologischen Verknüpfungen mit der Gesellschaft gefangen waren.Die theoretische Basis des Eklektizismus, die von Begriffen wie „Wahrheit“ und „Charakter“ definiert ist, bot den Gegenstand für eine wegweisende neue Untersuchung von Auke van der Woud. Infolge dieser Veröffentlichung interessierten sich nunmehr andere Wissenschaftler für die französischen Ursprünge des Eklektizismus, den deutschen Einfluss Mitte des 19. Jahrhunderts sowie den Einfluss der Naturwissenschaften auf die Architektur, die das Studium der Vergangenheit mit wissenschaftlichem Blick vollzogen und aus dem Historizismus eine eigenständige Ästhetik gemacht hatte. Weitere Arbeiten haben sich mit den Zusammenschlüssen von Architekten und der Modernisierung ihres Berufsstandes beschäftigt. Noch dazu hat eine kürzlich erschienene Studie das Bild von Cuypers nuanciert, indem sie seine durchaus vorhandenen eklektischen Züge und Verbindungen zum progressiven britischen Eklektizismus aufzeigt. Die prophetische Dimension seines Werks ist demnach in Frage gestellt, während hingegen sein enormes Talent auf dem Gebiet der sakralen Architektur von den meisten Spezialisten einheitlich anerkannt bleibt. Nei Paesi Bassi, senza dubbio ancor più che altrove, l’arroganza del modernismo ha eclissato a lungo la ricchezza e le qualità peculiari dell’architettura dell’Ottocento. La sobrietà e l’austerità olandese, che il modernismo incarnava con tanto entusiasmo, prestavano poca attenzione al “secolo dell’ornamento”. Gli studi su questo periodo si sono pertanto dimostrati timidi: è stato necessario aspettare gli anni novanta del Novecento per disporre di saggi di un certo vigore e di monografie di architetti riccamente illustrate.Inoltre, un problema storiografico difficile doveva essere chiarito, ovvero la genealogia del modernismo. Nei Paesi Bassi, l’opinione prevalente era più o meno la seguente: il neogotico P. H. J. Cuypers e il ‘razionalista’ Hendrick Berlage erano stati i due grandi capitani di un secolo alla deriva, un secolo che non poteva fare a meno dell’ornamento “inutile”. Entrambi avevano condotto l’architettura olandese sulla via del modernismo degli anni Venti. Nel corso degli ultimi quindici anni, questa visione cristallizzata è andata incontro ad un cambiamento piuttosto radicale. Sull’influenza delle pubblicazioni straniere, l’attenzione è stata attirata sulla modernità dell’eclettismo dell’Ottocento, quale si manifestò dopo il 1840. Con il loro individualismo, la loro capacità di adattarsi alle esigenze moderne e la loro libertà assoluta di scelta, i rappresentanti dell’eclettismo (e quelli dell’eclettismo neorinascimentale) non sono i veri precursori della nostra epoca, ben più dei neogotici e dei razionalisti, prigionieri della loro ricerca dello “stile” e dei loro legami ideologici con la società?Il fondamento teorico dell’eclettismo, definito dalle nozioni di “verità” e di “carattere”, fu oggetto di uno studio pioneristico di Auke van der Woud. Sulla scia di questa pubblicazione, delle ricerche furono dedicate alle origini francesi dell’eclettismo, all’influenza della Germania verso la metà dell’Ottocento, o ancora al fascino esercitato dalle scienze naturali sull’architettura, che procurarono un fondamento scientifico allo studio del passato e fecero dello storicismo un’estetica a tutto tondo. Gli studi si interessarono inoltre alle associazioni di architetti e alla modernizzazione della professione. Allo stesso tempo, una ricerca recente ha sfumato l’immagine di Cuypers, sottolineando la sua parte di eclettismo e ricollegandolo all’eclettismo progressista britannico. La dimensione profetica del suo lavoro è stata dunque rimessa in causa in maniera considerevole, anche se l’immenso talento di cui Cuypers diede prova nel campo dell’architettura religiosa resta, per la maggior parte degli specialisti, indiscutibile. En los Países Bajos, sin duda más que en cualquier otra parte, la arrogancia del modernismo ha ocultado durante mucho tiempo la riqueza y las cualidades propias de la arquitectura del s. xix. La sobriedad y austeridad neerlandesas que el modernismo con tal entusiasmo encarnaba se ocupaban bien poco del “siglo del adorno”. El estudio de dicho periodo se mostraba pues indeciso: hubo que esperar la llegada de los años noventa para disponer de investigaciones científicas de cierta envergadura y monografías de arquitectos con abundantes ilustraciones.Además, había que solucionar un difícil problema historiográfico: el de la genealogía del modernismo. En los Países Bajos, la opinión dominante era más o menos la siguiente: el neogótico P. H. J. Cuypers y el ‘racionalista’ Hendrick Berlage habían sido los dos grandes capitanes de un siglo a la deriva, siglo que no podía prescindir del adorno “inútil”. Ambos habían encaminado la arquitectura neerlandesa en la vía del modernismo de los años veinte. A lo largo de los últimos quince años, esta visión petrificada sufrió un cambio bastante radical. Influenciada por las publicaciones extranjeras, la atención se centró en la modernidad del eclecticismo del s. xix, tal como se manifestó después de 1840. Con su individualismo, su capacidad de adaptarse a las exigencias modernas y su absoluta libertad para escoger, ¿no son acaso los representantes del eclecticismo (y los del eclecticismo del neo-renacimiento) los verdaderos precursores de nuestra época, mucho más aún que los neogóticos y los racionalistas, prisioneros de su búsqueda del “estilo” y de sus vínculos ideológicos con la sociedad?El fundamento teórico del eclecticismo, que se define a través de las nociones de “verdad” y “carácter”, fue objeto de un estudio pionero de Auke van der Woud. Siguiendo sus pasos, se investigaron los orígenes franceses del eclecticismo, la influencia de Alemania a mediados del s. xix, y también la influencia de las ciencias naturales en la arquitectura, la cual proporcionó un fundamento científico al estudio del pasado e hizo del historicismo una estética de pleno derecho. Las investigaciones también abarcaron las asociaciones de arquitectos y la modernización de la profesión. Asimismo, un estudio reciente ha matizado la imagen de Cuypers a la vez que subrayaba su parte de eclecticismo, y lo vinculaba con el eclecticismo progresista británico. Por lo tanto se ha puesto bastante en tela de juicio la dimensión profética de su obra, por indiscutible que sea y siga siendo, en opinión de la mayoría de los especialistas, el inmenso talento de Cuypers en el campo de la arquitectura religiosa.