Bergson : événement et création

À l’instar d’Humpty Dumpty, le personnage de Lewis Carroll qui fête son non-anniversaire 364 jours par an, Bergson semble inscrire la discontinuité de l’événement dans la continuité de la durée. Il invite son lecteur à concevoir la nouveauté comme la trame du réel. Rien ne se répète jamais à l’ident...

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Dades bibliogràfiques
Publicat a:URI:https://journals.openedition.org/methodos,
Autor principal: Mazeron, Armel
Format: Article ou chapitre numérique
Idioma:Français
Publicat: Methodos 2017
Matèries:
Accés en línia:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
id openedition-oai:revues.org:methodos_4788
record_format openedition
collection OpenEdition Journal
language Français
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building 0/Bibliothèque numérique/
1/Bibliothèque numérique/OpenEdition Journals/
topic individuation
homogeneity
Bergson
possible
matter
creation
history
time
virtual
event
continuity
space
duration
uchrony
free-will
discontinuity
heterogeneity
homogénéité
histoire
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matière
création
Bergson
temps
individuation
virtuel
continuité
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durée
uchronie
liberté
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hétérogénéité
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Bergson
temps
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durée
uchronie
liberté
discontinuité
hétérogénéité
Mazeron, Armel
Bergson : événement et création
description À l’instar d’Humpty Dumpty, le personnage de Lewis Carroll qui fête son non-anniversaire 364 jours par an, Bergson semble inscrire la discontinuité de l’événement dans la continuité de la durée. Il invite son lecteur à concevoir la nouveauté comme la trame du réel. Rien ne se répète jamais à l’identique, chaque événement est singulier et s’inscrit dans un temps irréversible. Pourtant, l’intelligence ne perçoit pas toujours cette « création continue d’imprévisible nouveauté » car elle immobilise et spatialise le réel en le rendant homogène. Mais dès lors que l’esprit retrouve le caractère temporel de la réalité, le présent apparaît comme toujours inédit. Vu sous cet angle, la définition bergsonienne de l’événement semble donner au banal les caractéristiques de l’exceptionnel. Les non-anniversaires possèderaient la même consistance ontologique que les anniversaires sans pour autant disparaître dans l’homogénéité de la répétition quotidienne. L’événement serait à la fois une aspérité surgissant dans le flux de la durée et en même temps l’expression de la plus pure continuité. Pour résoudre cette apparente contradiction il faut alors se demander : comment Bergson réussit-il à concilier la nouveauté de l’événement avec la continuité de la durée ? Pour répondre à cette question, nous montrerons comment Bergson introduit des différences qualitatives au sein de la continuité du devenir. Ces différences s’expriment à travers plusieurs niveaux de réalité que l’article étudie successivement. Nous partons de la métaphysique bergsonienne de la durée, capable de donner à l’événement un contenu réel et pas seulement représentatif. Grâce à l’épaisseur du devenir, l’événement se relie à la continuité spirituelle de la durée tout en conservant son caractère inédit et imprévisible. Son hétérogénéité le distingue de la pure discontinuité du fiat lux et de l’homogénéité mécaniste. La causalité des événements se révèle différente du simple mécanisme. Dans la seconde partie de l’article nous tirons les conséquences de cette métaphysique pour les appliquer à l’événement étudié sous l’angle de l’histoire. Partant d’un réexamen des apories du possible, nous examinons la valeur de l’uchronie pour ensuite décrire la manière dont Bergson théorise la connaissance historique et l’action des grands hommes.
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Il invite son lecteur à concevoir la nouveauté comme la trame du réel. Rien ne se répète jamais à l’identique, chaque événement est singulier et s’inscrit dans un temps irréversible. Pourtant, l’intelligence ne perçoit pas toujours cette « création continue d’imprévisible nouveauté » car elle immobilise et spatialise le réel en le rendant homogène. Mais dès lors que l’esprit retrouve le caractère temporel de la réalité, le présent apparaît comme toujours inédit. Vu sous cet angle, la définition bergsonienne de l’événement semble donner au banal les caractéristiques de l’exceptionnel. Les non-anniversaires possèderaient la même consistance ontologique que les anniversaires sans pour autant disparaître dans l’homogénéité de la répétition quotidienne. L’événement serait à la fois une aspérité surgissant dans le flux de la durée et en même temps l’expression de la plus pure continuité. Pour résoudre cette apparente contradiction il faut alors se demander : comment Bergson réussit-il à concilier la nouveauté de l’événement avec la continuité de la durée ? Pour répondre à cette question, nous montrerons comment Bergson introduit des différences qualitatives au sein de la continuité du devenir. Ces différences s’expriment à travers plusieurs niveaux de réalité que l’article étudie successivement. Nous partons de la métaphysique bergsonienne de la durée, capable de donner à l’événement un contenu réel et pas seulement représentatif. Grâce à l’épaisseur du devenir, l’événement se relie à la continuité spirituelle de la durée tout en conservant son caractère inédit et imprévisible. Son hétérogénéité le distingue de la pure discontinuité du fiat lux et de l’homogénéité mécaniste. La causalité des événements se révèle différente du simple mécanisme. Dans la seconde partie de l’article nous tirons les conséquences de cette métaphysique pour les appliquer à l’événement étudié sous l’angle de l’histoire. Partant d’un réexamen des apories du possible, nous examinons la valeur de l’uchronie pour ensuite décrire la manière dont Bergson théorise la connaissance historique et l’action des grands hommes. Just like Humpty Dumpty, the character of Lewis Carroll who celebrates his non-birthday 364 days a year, Bergson seems to inscribe discontinuity of event in the continuity of duration. He invites his reader to conceive novelty as the frame of reality. Nothing is repeated identically. Each event is singular and takes place in an irreversible time. However, intelligence does not always perceive this "continuous creation of unpredictable novelty" because it petrifies and spatialises reality by making it homogeneous. But as soon as spirit rediscovers the temporal character of reality, present appears as always unprecedented. Seen from this angle, the Bergsonian definition of event seems to attribute to what appears as banal, the characteristics of what is exceptional. Non-birthdays would possess the same ontological consistency as birthdays without disappearing in the homogeneity of daily repetition. Event would be both an asperity arising in the flow of duration and, at the same time, expression of purest continuity. To solve this apparent contradiction we must ask: How does Bergson succeed in reconciling the novelty of event with the continuity of duration? To answer this question, we will show how Bergson introduces qualitative differences within the continuum of becoming. These differences are expressed through several levels of reality, which the article successively studies. We start from the Bergsonian metaphysics of duration, capable of giving event a real content, not merely mental. Thanks to the thickness of becoming, event connects with spiritual continuity of duration while retaining its unprecedented and unpredictable character. Its heterogeneity distinguishes it from pure discontinuity of the fiat lux and from mechanistic homogeneity. The causality of events is different from the simple mechanism. In the second part of the article we draw consequences of this metaphysics and apply them to event studied from the angle of history. Starting from a reexamination of aporias of possible, we examine the value of uchrony and then describe the way Bergson theorizes historical knowledge and action of great men.