Les mots, les idées, la représentation. Genèse de la définition du signe dans la Logique de Port-Royal

L’addition, dans la cinquième édition en 1683 de La Logique ou L’Art de penser, d’un chapitre consacré à la définition générale du signe et de plusieurs chapitres relevant spécifiquement d’une analyse des signes linguistiques, a été parfois interprétée comme une apparition tardive du “problème du la...

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Pécharman, Martine
Les mots, les idées, la représentation. Genèse de la définition du signe dans la Logique de Port-Royal
description L’addition, dans la cinquième édition en 1683 de La Logique ou L’Art de penser, d’un chapitre consacré à la définition générale du signe et de plusieurs chapitres relevant spécifiquement d’une analyse des signes linguistiques, a été parfois interprétée comme une apparition tardive du “problème du langage” dans le traité d’Arnauld et Nicole. Parce que la plupart de ces chapitres supplémentaires sont la transposition de passages auparavant destinés dans la Perpétuité de la foi (1669-1674) à réfuter le sens calviniste de Ceci est mon corps, on a été enclin à attribuer l’importance de la question du signe et du “problème du langage” dans l’édition de 1683 à une origine théologique. J’essaie au contraire de montrer que, dès la première édition de L’Art de penser en 1662, la problématisation des écarts des expressions linguistiques avec une correspondance terme à terme entre les mots et les idées a été indissociable pour Port-Royal de l’analyse des opérations de l’esprit. Selon moi, dans la Perpétuité de la foi, la critique du sens calviniste de la formule eucharistique constitue elle-même une application de cette analyse logique du langage : les passages incorporés ensuite dans L’Art de penser sont dans le prolongement des réflexions de 1662 sur les difficultés d’adéquation entre le dire et le vouloir-dire. Je montre pour finir que la définition générale du signe à Port-Royal suppose une restructuration de la définition augustinienne du De doctrina christiana, et fonde en 1683 une identification de la relation de signification linguistique à un rapport de représentation des mots aux idées, qui vient redoubler le rapport de représentation des idées aux choses établi en 1662.
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Parce que la plupart de ces chapitres supplémentaires sont la transposition de passages auparavant destinés dans la Perpétuité de la foi (1669-1674) à réfuter le sens calviniste de Ceci est mon corps, on a été enclin à attribuer l’importance de la question du signe et du “problème du langage” dans l’édition de 1683 à une origine théologique. J’essaie au contraire de montrer que, dès la première édition de L’Art de penser en 1662, la problématisation des écarts des expressions linguistiques avec une correspondance terme à terme entre les mots et les idées a été indissociable pour Port-Royal de l’analyse des opérations de l’esprit. Selon moi, dans la Perpétuité de la foi, la critique du sens calviniste de la formule eucharistique constitue elle-même une application de cette analyse logique du langage : les passages incorporés ensuite dans L’Art de penser sont dans le prolongement des réflexions de 1662 sur les difficultés d’adéquation entre le dire et le vouloir-dire. Je montre pour finir que la définition générale du signe à Port-Royal suppose une restructuration de la définition augustinienne du De doctrina christiana, et fonde en 1683 une identification de la relation de signification linguistique à un rapport de représentation des mots aux idées, qui vient redoubler le rapport de représentation des idées aux choses établi en 1662. The addition to the fifth edition (1683) of La Logique ou L’Art de penser (1662), first a chapter dedicated to the general definition of a sign, then five chapters specifically relating to an analysis of linguistic signs, has sometimes been interpreted as a belated appearance of the “problem of language” in the Logique. Because most of these supplementary chapters had been patched together from passages copied from the Perpétuité de la foi (1669-1674), this has led commentators to attribute the later foregrounding of the “problem of language” in the Logique to a semiotic analysis that arises in Port Royal’s anti-Calvinist polemic over the meaning of “Hoc est corpus meum”.Against this reading, in the first part of my essay, I try to show that from the first edition of L’Art de penser, the analysis of language had been inseparable from the analysis of the operations of the mind. For Port Royal, the central function of the Logique involves resolving all instances of linguistic confusion or equivocation which disturb or prevent grasping the speaker’s meaning. The aim of the logical analysis of L’Art de penser is to train the judgment to understand linguistic expressions that involve gaps and deviations with respect to a model of term by term correspondence between ideas and words. In the second part of the essay, I oppose the thesis that the theorization of sign and signification in the chapters added to the 1683 edition of the Logique depends on the theological dimension of the anti-Calvinist discussion. I show that the critique of the Calvinist conception of the Eucharist as the sign of the absent body of Christ in fact itself constitutes in the Perpétuité de la foi an application of the analysis of language proposed in 1662 in the Logique. That which the enlarged edition of 1683 incorporates into L’Art de penser from the Perpétuité de la foi thus constitutes the part of the anti-Calvinist controversy that is itself logical, not theological, the extension of the reflections of 1662 on the difficulties of relating that which is said to that which is meant. A third part of the essay is devoted to the construction of the general definition of a sign in the 1683 edition of the Logique. On the one hand, I reconstitute the way in which Port Royal proceeds to a reconstruction of the definition of Augustine’s De doctrina christiana. On the other hand, I show that this general definition grounds an identification of the relation of linguistic signification with a relation of representation between words and ideas, which reduplicates in 1683 the relation of representation of ideas to things established in 1662.