Y a-t-il un rapport entre les étymologies du Cratyle et les figures de son et anagrammes d’Héraclite ?

Platon dépeint Cratyle comme un disciple d’Héraclite en se fondant principalement sur son adhésion à la soi-disant théorie du flux universel de ce dernier. Nulle part dans le Cratyle, ni Socrate ni Cratyle ne lui attribuent une croyance dans une correction naturelle des noms. Mais c’est un fait bien...

Descripció completa

Guardat en:
Dades bibliogràfiques
Publicat a:URI:https://journals.openedition.org/interferences,
Autor principal: Mouraviev, Serge
Format: Article ou chapitre numérique
Idioma:Français
Publicat: Interférences 2014
Matèries:
Accés en línia:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
id openedition-oai:revues.org:interferences_4639
record_format openedition
collection OpenEdition Journal
language Français
format Article ou chapitre numérique
building 0/Bibliothèque numérique/
1/Bibliothèque numérique/OpenEdition Journals/
topic étymologie
anagrammes
correction des noms
dérivation
épistémologie
structures phoniques
anagrams
correctness of names
derivation
epistemology
etymologies
sound patterns
spellingShingle étymologie
anagrammes
correction des noms
dérivation
épistémologie
structures phoniques
anagrams
correctness of names
derivation
epistemology
etymologies
sound patterns
Mouraviev, Serge
Y a-t-il un rapport entre les étymologies du Cratyle et les figures de son et anagrammes d’Héraclite ?
description Platon dépeint Cratyle comme un disciple d’Héraclite en se fondant principalement sur son adhésion à la soi-disant théorie du flux universel de ce dernier. Nulle part dans le Cratyle, ni Socrate ni Cratyle ne lui attribuent une croyance dans une correction naturelle des noms. Mais c’est un fait bien établi qu’Héraclite utilisait largement dans son livre, entre autres figures de rhétorique, des structures phoniques extrêmement élaborées, et proposait nombre de jeux de mots « étymologiques » qui suggèrent, sinon une croyance de ce type, du moins un usage délibéré des ressemblances phoniques comme moyen d’affirmer ses assertions. Beaucoup d’« étymologies » platoniciennes ressemblent aux structures purement phoniques d’Héraclite. Héraclite recourait aussi aux anagrammes pour crypter des éléments importants de son message. Pourtant, malgré ces ressemblances et analogies (qui ne sont probablement pas fortuites), les différences l’emportent largement. Tandis que Platon poursuit deux buts parallèles et opposés (« expliquer » les noms en les lisant à partir de leur supposé « sens original » et montrer en même temps le ridicule de ces explications), Héraclite, lui, utilise ces structures comme un élément esthétique du langage hiératique auquel il est contraint d’avoir recours, face à l’absence de quelque autre moyen plus adéquat d’expression non poétique (non lyrique ou épique) de ce qu’il considère comme nécessaire de dire, ainsi que comme un moyen d’illustrer et de modéliser sa pensée. L’étymologie et la dérivation en tant que telles et en tant que questions linguistiques ne semblent pas avoir troublé Héraclite en elles-mêmes, même si ces questions se sont présentées à lui (comme on peut le déduire de la façon dont il s’en sert), alors que chez Platon le problème est précisément de montrer que l’on ne peut absolument pas se fier à la forme de connaissance qu’elles donnent.
author Mouraviev, Serge
author_facet Mouraviev, Serge
author_sort Mouraviev, Serge
title Y a-t-il un rapport entre les étymologies du Cratyle et les figures de son et anagrammes d’Héraclite ?
title_short Y a-t-il un rapport entre les étymologies du Cratyle et les figures de son et anagrammes d’Héraclite ?
title_full Y a-t-il un rapport entre les étymologies du Cratyle et les figures de son et anagrammes d’Héraclite ?
title_fullStr Y a-t-il un rapport entre les étymologies du Cratyle et les figures de son et anagrammes d’Héraclite ?
title_full_unstemmed Y a-t-il un rapport entre les étymologies du Cratyle et les figures de son et anagrammes d’Héraclite ?
title_sort y a-t-il un rapport entre les étymologies du cratyle et les figures de son et anagrammes d’héraclite ?
publisher Interférences
publishDate 2014
container_title URI:https://journals.openedition.org/interferences
url https://ezproxy.univ-orleans.fr/login?url=https://doi.org/10.4000/interferences.4639
https://ezproxy.univ-orleans.fr/login?url=https://journals.openedition.org/interferences/4639
_version_ 1877243169433714688
spelling openedition-oai:revues.org:interferences_4639 https://doi.org/10.4000/interferences.4639 urn:doi:10.4000/interferences.4639 fr https://journals.openedition.org/interferences/4639 2014-07-11T02:00:00Z info:eu-repo/semantics/openAccess article info:eu-repo/semantics/article urn:handle:20.500.13089/h4o2 All rights reserved Y a-t-il un rapport entre les étymologies du Cratyle et les figures de son et anagrammes d’Héraclite ? Interférences Université Jean Moulin - Lyon 3 info:eu-repo/semantics/reference/issn/1777-5485 URI:https://journals.openedition.org/interferences Mouraviev, Serge étymologie anagrammes correction des noms dérivation épistémologie structures phoniques anagrams correctness of names derivation epistemology etymologies sound patterns Platon dépeint Cratyle comme un disciple d’Héraclite en se fondant principalement sur son adhésion à la soi-disant théorie du flux universel de ce dernier. Nulle part dans le Cratyle, ni Socrate ni Cratyle ne lui attribuent une croyance dans une correction naturelle des noms. Mais c’est un fait bien établi qu’Héraclite utilisait largement dans son livre, entre autres figures de rhétorique, des structures phoniques extrêmement élaborées, et proposait nombre de jeux de mots « étymologiques » qui suggèrent, sinon une croyance de ce type, du moins un usage délibéré des ressemblances phoniques comme moyen d’affirmer ses assertions. Beaucoup d’« étymologies » platoniciennes ressemblent aux structures purement phoniques d’Héraclite. Héraclite recourait aussi aux anagrammes pour crypter des éléments importants de son message. Pourtant, malgré ces ressemblances et analogies (qui ne sont probablement pas fortuites), les différences l’emportent largement. Tandis que Platon poursuit deux buts parallèles et opposés (« expliquer » les noms en les lisant à partir de leur supposé « sens original » et montrer en même temps le ridicule de ces explications), Héraclite, lui, utilise ces structures comme un élément esthétique du langage hiératique auquel il est contraint d’avoir recours, face à l’absence de quelque autre moyen plus adéquat d’expression non poétique (non lyrique ou épique) de ce qu’il considère comme nécessaire de dire, ainsi que comme un moyen d’illustrer et de modéliser sa pensée. L’étymologie et la dérivation en tant que telles et en tant que questions linguistiques ne semblent pas avoir troublé Héraclite en elles-mêmes, même si ces questions se sont présentées à lui (comme on peut le déduire de la façon dont il s’en sert), alors que chez Platon le problème est précisément de montrer que l’on ne peut absolument pas se fier à la forme de connaissance qu’elles donnent. Cratylus is depicted by Plato as a pupil of Heraclitus mainly on account of his adherence to the latter’s so called universal flux theory. Nowhere in the Cratylus do Socrates or Cratylus attribute to him a belief in a natural correctness of names. But it is an established fact that Heraclitus did make ample use in his book, among other rhetorical figures, of extremely elaborate sound patterns (rhymes, alliterations, chimes, etc.: see examples 2 through 11) and displayed a number of ‘etymological’ word plays suggesting if not such a belief, yet still a deliberate use of phonetic resemblances qua arguments in favour of some of his content assertions (cf. F 48, F 114, etc.). And many of Plato’s ‘etymologies’ do indeed look like some of Heraclitus’ purely phonetical sound patterns (cf. examples 1 and 2, 23). Heraclitus also resorted to anagrams as means of ciphering important elements of his message (cf. examples 12 to 22). Yet despite these (probably non fortuitous) resemblances and analogies, the differences are much more important. While Plato pursues two parallel and yet opposite goals (“explain” names by reading out of them their supposed “original meaning” and show simultaneously how ridiculous these explanations are), Heraclitus uses these patterns (a) as an aesthetic element of the hieratic language he is forced to resort to in view of the absence of any other more adequate means of non poetic (non lyric or epic) expression of what he feels necessary to say, and (b) as a means of illustrating and modelizing his meaning. Etymology and derivation as such, as linguistic problems, do not seem to have bothered Heraclitus for their own sake even if they had occurred to him (as can be inferred from the way he uses them), whereas in Plato the problem is precisely to show what unreliable sources of knowledge they are.