Ajouts, omissions, substitutions : la main fautive des copistes dans le texte de L’Éducation sentimentale
« Fini ! mon vieux ! Oui, mon bouquin est fini […] Je suis à ma table depuis hier, huit heures du matin. La tête me pète. N’importe, j’ai un fier poids de moins sur l’estomac ». On a reconnu le billet, resté célèbre, où Flaubert annonce à Jules Duplan la fin de son roman qu’il a mis près de cinq ans...
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Flaubert
2009
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| Dostęp online: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
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OpenEdition Journal |
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Flaubert Gustave critique génétique L'Éducation sentimentale lapsus variante Flaubert Gustave genetic criticism L'Éducation sentimentale slip of the tongue variant |
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Flaubert Gustave critique génétique L'Éducation sentimentale lapsus variante Flaubert Gustave genetic criticism L'Éducation sentimentale slip of the tongue variant de Biasi, Pierre-Marc Boltz, Déborah Ajouts, omissions, substitutions : la main fautive des copistes dans le texte de L’Éducation sentimentale |
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« Fini ! mon vieux ! Oui, mon bouquin est fini […] Je suis à ma table depuis hier, huit heures du matin. La tête me pète. N’importe, j’ai un fier poids de moins sur l’estomac ». On a reconnu le billet, resté célèbre, où Flaubert annonce à Jules Duplan la fin de son roman qu’il a mis près de cinq ans à rédiger. Or, le 16 mai 1869, date du billet, Flaubert n’en a pas tout à fait fini avec son « bouquin » comme le montre l’intense travail de relecture et de correction accompli pendant les mois qui vont suivre. Après avoir passé une bonne semaine à « recaler » son manuscrit (du 16 au 24 mai), il le donne à recopier et c’est cette « mise au propre », soigneusement calligraphiée, qui servira aux typographes compositeurs pour la fabrication des épreuves. C’est aussi cette copie que Flaubert communique à quelques proches notamment à Maxime Du Camp qui rédige à ce sujet douze pages d’observations…Et enfin, c’est sur cette copie que Flaubert compte bien revoir son texte « phrase par phrase » avec Louis Bouilhet. Mais Bouilhet meurt prématurément fin juillet et c’est seul que Flaubert effectue les dernières corrections du texte de L’Éducation sentimentale. La période de relecture et de correction de la copie dure une quinzaine de jours, au terme de laquelle, l’écrivain remet le manuscrit remanié à son éditeur (le 14 août 1869). La copie des copistes – nous avons pu relever près de quatre graphies différentes - n’a fait, à ce jour, l’objet d’aucune étude critique. Pourquoi ? Sans doute parce que l’activité même de « recopie » a toujours été considérée comme négligeable, anodine, ne pouvant révéler rien d’intéressant, le manuscrit des copistes n’étant en principe que la reproduction servile du Manuscrit définitif autographe… Or il n’en est rien, et ce manuscrit constitue bien un document de genèse irremplaçable, d’autant plus essentiel que l’on ne dispose pas des épreuves corrigées du roman. À côté des transformations de dernière minute voulues par Flaubert, cette copie contient de nombreuses erreurs dues à la négligence des scribes : des altérations du texte qui ont échappé à l’œil de l’écrivain et qui ont été reproduites dans les deux éditions de L’Éducation sentimentale publiées de son vivant (en 1869 et 1879). À partir d’exemples précis, on cherchera à montrer comment ces erreurs de tous ordres (ajouts, omissions, substitutions, déplacements…) ont pu, sur de nombreux points, modifier la lecture du texte de L’Éducation sentimentale. Quelles répercussions ces modifications « non auctoriales » ont-elles sur le sens ou sur l’interprétation du roman? Quels sont les réseaux de sens non voulus par l’auteur qui se sont trouvés induits abusivement par ces « fautes de lecture » ? À l’inverse, quelles sont les logiques significatives, construites par l’écrivain, dont ces lapsus calami nous privent ? |
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On a reconnu le billet, resté célèbre, où Flaubert annonce à Jules Duplan la fin de son roman qu’il a mis près de cinq ans à rédiger. Or, le 16 mai 1869, date du billet, Flaubert n’en a pas tout à fait fini avec son « bouquin » comme le montre l’intense travail de relecture et de correction accompli pendant les mois qui vont suivre. Après avoir passé une bonne semaine à « recaler » son manuscrit (du 16 au 24 mai), il le donne à recopier et c’est cette « mise au propre », soigneusement calligraphiée, qui servira aux typographes compositeurs pour la fabrication des épreuves. C’est aussi cette copie que Flaubert communique à quelques proches notamment à Maxime Du Camp qui rédige à ce sujet douze pages d’observations…Et enfin, c’est sur cette copie que Flaubert compte bien revoir son texte « phrase par phrase » avec Louis Bouilhet. Mais Bouilhet meurt prématurément fin juillet et c’est seul que Flaubert effectue les dernières corrections du texte de L’Éducation sentimentale. La période de relecture et de correction de la copie dure une quinzaine de jours, au terme de laquelle, l’écrivain remet le manuscrit remanié à son éditeur (le 14 août 1869). La copie des copistes – nous avons pu relever près de quatre graphies différentes - n’a fait, à ce jour, l’objet d’aucune étude critique. Pourquoi ? Sans doute parce que l’activité même de « recopie » a toujours été considérée comme négligeable, anodine, ne pouvant révéler rien d’intéressant, le manuscrit des copistes n’étant en principe que la reproduction servile du Manuscrit définitif autographe… Or il n’en est rien, et ce manuscrit constitue bien un document de genèse irremplaçable, d’autant plus essentiel que l’on ne dispose pas des épreuves corrigées du roman. À côté des transformations de dernière minute voulues par Flaubert, cette copie contient de nombreuses erreurs dues à la négligence des scribes : des altérations du texte qui ont échappé à l’œil de l’écrivain et qui ont été reproduites dans les deux éditions de L’Éducation sentimentale publiées de son vivant (en 1869 et 1879). À partir d’exemples précis, on cherchera à montrer comment ces erreurs de tous ordres (ajouts, omissions, substitutions, déplacements…) ont pu, sur de nombreux points, modifier la lecture du texte de L’Éducation sentimentale. Quelles répercussions ces modifications « non auctoriales » ont-elles sur le sens ou sur l’interprétation du roman? Quels sont les réseaux de sens non voulus par l’auteur qui se sont trouvés induits abusivement par ces « fautes de lecture » ? À l’inverse, quelles sont les logiques significatives, construites par l’écrivain, dont ces lapsus calami nous privent ? “Finished! Old friend! Yes, this book of mine is finished … I have been at my table since yesterday, eight o’clock in the morning. My head’s about to burst. No matter, it's a real weight off my shoulders.” This is the famous note where Flaubert announces to Jules Duplan the completion of his novel that has taken him almost five years to write. But in fact, on May 16, 1869, Flaubert has not quite finished with his “bouquin”, as provesthe intense work of rereading and corrections that he will accomplish during the following months. After having spent a week “adjusting” his manuscript (from May 16th to the 24th), he hands it over to be copied. It is this carefully handwritten fair copy of the manuscript which the printer will use for his proofs. It is this same copy that Flaubert will send to a few close friends, in particular Maxime Du Camp who will write twelve pages of comments… Finally, it is also with this copy that Flaubert intends to correct “each phrase” of his text with Louis Bouilhet. But Bouilhet died prematurely at the end of July so it is on his own that Flaubert entered the final corrections to the Éducation Sentimentale. He spent about takes two weeks rereading and revising his manuscript which he then handed over to his publisher (August 14, 1869). The copyists’ copy – we have noted four different handwritings – has until today never been studied. Why? Probably because the act itself of “copying” has always been considered negligible, quite insignificant. It is thought that the copyist’s manuscript is incapable of revealing anything of interest since it is only the slavish reproduction of the definitive autograph Manuscript… In fact this is not the case at all. This manuscript constitutes an irreplaceable genetic document, all the more essential that we do not have access to the corrected proofs of the novel. Aside from the last minute changes decided by Flaubert himself, this copy contains numerous mistakes due to the copyists’ negligence. These alterations of the text escaped Flaubert’s notice and were subsequently reproduced in two editions of the Éducation sentimentale published during his lifetime (1869 and 1879). We will try to show with precise examples how these errors – of all kinds (additions, omissions, substitutions, displacements…) – have in many ways modified the very reading of the text of the Éducation sentimentale. What repercussions have these modifications, not willed by the author himself, on the meaning or the interpretation of the novel? What are the networks of meaning not desired by the author that have been abusively induced by these “misreadings”? Vice versa, what are the significant logics built by the author that we are deprived of because of these slips of the pen? |