Les leçons de lumières de Mlle de Lubert

« Faire durer une chose sans arriver au fait, afin de faire perdre de vue le but de l’entreprise » est une des définitions que prend le terme « amuser » à la fin du xviie siècle. En considérant l’amusement comme maître mot de son œuvre, Mlle de Lubert va tromper l’esprit du lecteur. Pris au piège de...

Cijeli opis

Spremljeno u:
Bibliografski detalji
Izdano u:URI:https://journals.openedition.org/feeries,
Glavni autor: Vorilhon, Marie
Format: Article ou chapitre numérique
Jezik:Français
Izdano: Féeries 2007
Online pristup:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
id openedition-oai:revues.org:feeries_170
record_format openedition
spelling openedition-oai:revues.org:feeries_170 https://doi.org/10.4000/feeries.170 urn:doi:10.4000/feeries.170 fr https://journals.openedition.org/feeries/170 2007-02-07T01:00:00Z info:eu-repo/semantics/openAccess article info:eu-repo/semantics/article urn:handle:20.500.13089/gawd All rights reserved Les leçons de lumières de Mlle de Lubert Féeries UGA Éditions - Université Grenoble Alpes info:eu-repo/semantics/reference/issn/1957-7753 info:eu-repo/semantics/reference/issn/1766-2842 URI:https://journals.openedition.org/feeries Vorilhon, Marie « Faire durer une chose sans arriver au fait, afin de faire perdre de vue le but de l’entreprise » est une des définitions que prend le terme « amuser » à la fin du xviie siècle. En considérant l’amusement comme maître mot de son œuvre, Mlle de Lubert va tromper l’esprit du lecteur. Pris au piège de la légèreté du genre, il est contraint, sans s’en apercevoir, de renouveler sa réflexion politique. Rois poltrons ou dirigeants tyranniques vont être détrônés par le ridicule et le monstrueux que soutient la féerie. Sous la satire merveilleuse, la cour devient un microcosme mortifère, et la critique s’étend même jusqu’au sein des salons précieux. L’auteur nous demande maintes fois d’observer l’Histoire pour en retenir la leçon. Elle provoque chez ses personnages des attitudes philosophiques d’inspiration cosmopolite : l’un va devoir effectuer un Grand Tour, l’une assiste à un débat sur la notion d’étranger, une autre encore se rend compte de la nécessité de séparer les pouvoirs. Forte des leçons de politique qu’elle transmet par ses contes, Mlle de Lubert rend la féerie utile à la philosophie. Qui se méfie d’un conte de fées ? On y peut tout dire. Alors, quand l’utopie redouble la force du conte, la satire religieuse approfondit la leçon politique. L’indifférence sexuelle prend ainsi des airs de scepticisme théologique. Une esthétique du bizarre vient perturber une simple lecture des contes de Mlle de Lubert, remettant en question le pouvoir arbitraire d’une religion qui obscurcit les esprits. Car le démantèlement de la monarchie absolue ne se fait pas sans égratigner un Dieu tout puissant et misogyne. Et si la différence entre Dieu et la Fée était simplement une différence de sexe, l’un et l’autre fruits d’une imagination débridée ? Lessons of the Enlightenment by Mlle de Lubert. “To make a thing last without arriving at the fact, in order to make one forget its real object” is one of the definitions of the verb amuser at the end of the 17th century. Taking the amusement as the master word of her fairy work, Mlle de Lubert will mislead the spirit of the reader. He’ll fall into the trap of the flightiness of the tale, and will unconsciously revive his political meaning. The fairyhood will dethrone coward kings or despot monarchs giving them ridiculous and monstruous features. Under the satire, the court becomes an empty world, and a vain microcosm, while criticism extends all the way to the salons précieux. The author asks us many times to observe and retain the lessons that History gives. Amongst her characters, we’ll note philosophical attitudes to cosmopolitism: one of them will have to carry out a Grand Tour, one attends a discussion about foreigners, another still realizes the benefit of the separation of powers. Empowered by the lessons of policy which are transmitted by her tales, Mlle de Lubert makes fairyhood useful for the new philosophy of the Enlightenment. Who’ll be suspicious of a fairy tale? There one can say everything! Then, when utopia reinforces the tale, religious satire deepens the political lesson. Thus, sexual indifference takes airs of theological scepticism. An aesthetics of bizarre comes to disturb a simple reading of the tales, calling into question the arbitrary power of religion. Actually the dismantling of the absolute monarchy throws off balance the powerful and misogynous God. And if the difference between God and the Fairy were simply a difference in sex, both being the fruit of an unslung imagination?
collection OpenEdition Journal
language Français
format Article ou chapitre numérique
building 0/Bibliothèque numérique/
1/Bibliothèque numérique/OpenEdition Journals/
description « Faire durer une chose sans arriver au fait, afin de faire perdre de vue le but de l’entreprise » est une des définitions que prend le terme « amuser » à la fin du xviie siècle. En considérant l’amusement comme maître mot de son œuvre, Mlle de Lubert va tromper l’esprit du lecteur. Pris au piège de la légèreté du genre, il est contraint, sans s’en apercevoir, de renouveler sa réflexion politique. Rois poltrons ou dirigeants tyranniques vont être détrônés par le ridicule et le monstrueux que soutient la féerie. Sous la satire merveilleuse, la cour devient un microcosme mortifère, et la critique s’étend même jusqu’au sein des salons précieux. L’auteur nous demande maintes fois d’observer l’Histoire pour en retenir la leçon. Elle provoque chez ses personnages des attitudes philosophiques d’inspiration cosmopolite : l’un va devoir effectuer un Grand Tour, l’une assiste à un débat sur la notion d’étranger, une autre encore se rend compte de la nécessité de séparer les pouvoirs. Forte des leçons de politique qu’elle transmet par ses contes, Mlle de Lubert rend la féerie utile à la philosophie. Qui se méfie d’un conte de fées ? On y peut tout dire. Alors, quand l’utopie redouble la force du conte, la satire religieuse approfondit la leçon politique. L’indifférence sexuelle prend ainsi des airs de scepticisme théologique. Une esthétique du bizarre vient perturber une simple lecture des contes de Mlle de Lubert, remettant en question le pouvoir arbitraire d’une religion qui obscurcit les esprits. Car le démantèlement de la monarchie absolue ne se fait pas sans égratigner un Dieu tout puissant et misogyne. Et si la différence entre Dieu et la Fée était simplement une différence de sexe, l’un et l’autre fruits d’une imagination débridée ?
author Vorilhon, Marie
spellingShingle Vorilhon, Marie
Les leçons de lumières de Mlle de Lubert
author_facet Vorilhon, Marie
author_sort Vorilhon, Marie
title Les leçons de lumières de Mlle de Lubert
title_short Les leçons de lumières de Mlle de Lubert
title_full Les leçons de lumières de Mlle de Lubert
title_fullStr Les leçons de lumières de Mlle de Lubert
title_full_unstemmed Les leçons de lumières de Mlle de Lubert
title_sort les leçons de lumières de mlle de lubert
publisher Féeries
publishDate 2007
container_title URI:https://journals.openedition.org/feeries
url https://ezproxy.univ-orleans.fr/login?url=https://doi.org/10.4000/feeries.170
https://ezproxy.univ-orleans.fr/login?url=https://journals.openedition.org/feeries/170
_version_ 1877294680981372928