De l’accélération
Ce texte très personnel porte d’abord sur certaines expériences communes dues à l’accélération technologique, vécues dans la perte précoce d’objets chers ou précieux (une valise à la roue usée irremplaçable, des fichiers informatiques technologiquement caducs), puis il évoque la manière dont, dans l...
محفوظ في:
| الحاوية / القاعدة: | URI:https://journals.openedition.org/elh, |
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| المؤلف الرئيسي: | |
| التنسيق: | Article ou chapitre numérique |
| اللغة: | Français |
| منشور في: |
Écrire l’histoire
2016
|
| الوصول للمادة أونلاين: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
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openedition-oai:revues.org:elh_1069 https://doi.org/10.4000/elh.1069 urn:doi:10.4000/elh.1069 fr https://journals.openedition.org/elh/1069 2016-12-11T01:00:00Z info:eu-repo/semantics/openAccess article info:eu-repo/semantics/article urn:handle:20.500.13089/fol4 All rights reserved De l’accélération Écrire l’histoire CNRS Éditions info:eu-repo/semantics/reference/issn/2492-7457 info:eu-repo/semantics/reference/issn/1967-7499 URI:https://journals.openedition.org/elh Markowicz, André Ce texte très personnel porte d’abord sur certaines expériences communes dues à l’accélération technologique, vécues dans la perte précoce d’objets chers ou précieux (une valise à la roue usée irremplaçable, des fichiers informatiques technologiquement caducs), puis il évoque la manière dont, dans le rythme poétique, peut s’exprimer un rapport plus intime au temps vécu, et s’inscrire un rapport intempestif à l’histoire. Dans la première partie, André Markowicz, évoquant un moment de révélation dostoïevskien, éprouvé en observant un merle au Luxembourg, raconte comment la scansion poétique lui permit pour la première fois d’apprivoiser le sentiment angoissant de la vitesse du monde. Dans la deuxième partie, c’est le tumulte historicopolitique qui met au défi le vers poétique : après avoir cité un poème de Catulle écrit au temps de Catalina et lu par Alexandre Blok, l’auteur en vient à la répression soviétique, et raconte l’amitié d’Ossip Mandelstam pour une amie qui boitait, Natalia Schtempel, à qui il confia un de ses derniers poèmes, peu avant de se faire arrêter par Staline : dans ce « poème d’amour » qui prend valeur quasi testamentaire, Mandelstam transformait la boiterie féminine en signe d’une « âme » de sœur, vouée au deuil et à la transmission. Le rythme syncopé de ce poème cité en russe, puis en français, est « une accélération d’un autre genre ». Par sa scansion métrique et prosodique, rendue sensible par une transcription phonétique accentuée, une relation se noue entre le « défaut » physique et l’anomalie métrique : avec « l’accélération de la césure absente », la claudication de la femme-sœur devient une manière d’envol, et incarne rien de moins que ce qui nous fait vivre. This very personal text focuses on some common experiences resulting from technological acceleration, experienced through the early loss of expensive or invaluable objects (a suitcase with worn-out wheels which cannot be replaced, technologically-obsolete computer files), since it evokes the way in which, through a poetic rhythm, a more intimate relationship to time lived can be expressed, and an untimely relationship to history can be inscribed. In the first part, André Markowicz, evoking a revelatory moment worthy of Dostoyevsky by observing a blackbird in the Luxemburg Gardens, explains how poetic scansion allowed him, for the first time, to tame the feeling of anxiousness caused by the speed of the world. In the second part, it is the tumultuous historicopolitics which challenges poetic verse: after having quoted a poem by Catullus written at the time of Catalina and read by Alexander Blok, the author comes to Soviet repression, and talks about Ossip Mandelstam’s friendship with a person who had a limp, Natalya Shtempel, and to whom he entrusted his last poems, shortly before being arrested by Stalin. In this ‘love poem’, which takes on a quality that almost resembles a will, Mandelstam transformed the feminine limp into a sign of the ‘soul’ of a sister, dedicated to mourning and to transmission. The syncopated rhythm of this poem, quoted in Russian and then in French, is an ‘acceleration of another genre’. Through its metric and prosodic scansion, rendered sensible by an accented phonetic transcription, a relationship forms between the physical ‘defect’ and the metrical anomaly : with the ‘acceleration of the absent caesura’, the claudication of the woman-sister becomes a kind of flight, and incarnates nothing less than what gives meaning to our lives. |
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OpenEdition Journal |
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Français |
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Ce texte très personnel porte d’abord sur certaines expériences communes dues à l’accélération technologique, vécues dans la perte précoce d’objets chers ou précieux (une valise à la roue usée irremplaçable, des fichiers informatiques technologiquement caducs), puis il évoque la manière dont, dans le rythme poétique, peut s’exprimer un rapport plus intime au temps vécu, et s’inscrire un rapport intempestif à l’histoire. Dans la première partie, André Markowicz, évoquant un moment de révélation dostoïevskien, éprouvé en observant un merle au Luxembourg, raconte comment la scansion poétique lui permit pour la première fois d’apprivoiser le sentiment angoissant de la vitesse du monde. Dans la deuxième partie, c’est le tumulte historicopolitique qui met au défi le vers poétique : après avoir cité un poème de Catulle écrit au temps de Catalina et lu par Alexandre Blok, l’auteur en vient à la répression soviétique, et raconte l’amitié d’Ossip Mandelstam pour une amie qui boitait, Natalia Schtempel, à qui il confia un de ses derniers poèmes, peu avant de se faire arrêter par Staline : dans ce « poème d’amour » qui prend valeur quasi testamentaire, Mandelstam transformait la boiterie féminine en signe d’une « âme » de sœur, vouée au deuil et à la transmission. Le rythme syncopé de ce poème cité en russe, puis en français, est « une accélération d’un autre genre ». Par sa scansion métrique et prosodique, rendue sensible par une transcription phonétique accentuée, une relation se noue entre le « défaut » physique et l’anomalie métrique : avec « l’accélération de la césure absente », la claudication de la femme-sœur devient une manière d’envol, et incarne rien de moins que ce qui nous fait vivre. |
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