De l’accélération

Ce texte très personnel porte d’abord sur certaines expériences communes dues à l’accélération technologique, vécues dans la perte précoce d’objets chers ou précieux (une valise à la roue usée irremplaçable, des fichiers informatiques technologiquement caducs), puis il évoque la manière dont, dans l...

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الحاوية / القاعدة:URI:https://journals.openedition.org/elh,
المؤلف الرئيسي: Markowicz, André
التنسيق: Article ou chapitre numérique
اللغة:Français
منشور في: Écrire l’histoire 2016
الوصول للمادة أونلاين:Accès Université d'Orléans et IFPM
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collection OpenEdition Journal
language Français
format Article ou chapitre numérique
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description Ce texte très personnel porte d’abord sur certaines expériences communes dues à l’accélération technologique, vécues dans la perte précoce d’objets chers ou précieux (une valise à la roue usée irremplaçable, des fichiers informatiques technologiquement caducs), puis il évoque la manière dont, dans le rythme poétique, peut s’exprimer un rapport plus intime au temps vécu, et s’inscrire un rapport intempestif à l’histoire. Dans la première partie, André Markowicz, évoquant un moment de révélation dostoïevskien, éprouvé en observant un merle au Luxembourg, raconte comment la scansion poétique lui permit pour la première fois d’apprivoiser le sentiment angoissant de la vitesse du monde. Dans la deuxième partie, c’est le tumulte historicopolitique qui met au défi le vers poétique : après avoir cité un poème de Catulle écrit au temps de Catalina et lu par Alexandre Blok, l’auteur en vient à la répression soviétique, et raconte l’amitié d’Ossip Mandelstam pour une amie qui boitait, Natalia Schtempel, à qui il confia un de ses derniers poèmes, peu avant de se faire arrêter par Staline : dans ce « poème d’amour » qui prend valeur quasi testamentaire, Mandelstam transformait la boiterie féminine en signe d’une « âme » de sœur, vouée au deuil et à la transmission. Le rythme syncopé de ce poème cité en russe, puis en français, est « une accélération d’un autre genre ». Par sa scansion métrique et prosodique, rendue sensible par une transcription phonétique accentuée, une relation se noue entre le « défaut » physique et l’anomalie métrique : avec « l’accélération de la césure absente », la claudication de la femme-sœur devient une manière d’envol, et incarne rien de moins que ce qui nous fait vivre.
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