Enquêter sur la reconnaissance des sensibilités athées en Turquie contemporaine
Souvent réduite à une fonction d’indicateur de l’évolution des religiosités, la présence de l’athéisme dans la société turque a rarement fait l’objet d’études détaillant les modalités concrètes de ses manifestations. Le présent article propose de relever ce défi en partant du constat que la variatio...
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| Idioma: | Français |
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European journal of Turkish studies
2025
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| Accés en línia: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
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Turquie contemporaine athéisme sociologie déni reconnaissance Contemporary Turkey atheism sociology denial recognition |
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Turquie contemporaine athéisme sociologie déni reconnaissance Contemporary Turkey atheism sociology denial recognition Malçok, Théo Enquêter sur la reconnaissance des sensibilités athées en Turquie contemporaine |
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Souvent réduite à une fonction d’indicateur de l’évolution des religiosités, la présence de l’athéisme dans la société turque a rarement fait l’objet d’études détaillant les modalités concrètes de ses manifestations. Le présent article propose de relever ce défi en partant du constat que la variation du degré d’exposition des sensibilités athées est façonnée par une dynamique séculaire opposant la continuité d’un déni à des tentatives de reconnaissance des exclus de l’assignation confessionnelle majoritaire. En s’appuyant sur l’armature théorique des figures sociologiques de la reconnaissance (objective, de soi, mutuelle), trois logiques sociales sont identifiées à partir d’une enquête de terrain auprès d’un éventail d’individus : sceptiques, incroyants, athées à-peu-près… La première logique est l’issue, toujours incertaine, de l’épreuve du regard normatif : situation problématique, qui peut se répéter quotidiennement, du soupçon ou de l’accusation d’apostasie, contournés, négociés ou confrontés. Les signes extérieurs des sensibilités athées sont donc labiles dans la mesure où ils se dé-jouent dans la performance de soi. Dans un deuxième mouvement biographique, la découverte ex post facto des signes intérieurs d’une sensibilité athée se réalise sur fond d’une prise de conscience d’un illettrisme religieux pour certains, attribut de classe les distinguant de la masse des croyants, ou dans le clivage qu’induit une mobilité sociale fantasmée ou effectuée, pour une partie de l’échantillon issue d’un milieu pieux. L’amplitude d’une reconnaissance mutuelle basée sur le dénominateur commun d’une sensibilité athée sera analysée dans un troisième temps comme dépendant largement des aspirations d’un mouvement associatif émergent. Porté notamment par l’Association de l’Athéisme (Ateizm Derneği), fondée en 2014, ce mouvement transforme un sentiment d’ostracisation, c’est-à-dire de déni de reconnaissance, ressenti par une partie des sans-Dieu et des sans religion, en motif de lutte. Malgré les moyens matériels, humains et symboliques mis en place, l’association semble condamnée à la marginalité dans la mesure où ses potentiels adhérents bénéficient de réseaux de resocialisation concurrents. |
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Le présent article propose de relever ce défi en partant du constat que la variation du degré d’exposition des sensibilités athées est façonnée par une dynamique séculaire opposant la continuité d’un déni à des tentatives de reconnaissance des exclus de l’assignation confessionnelle majoritaire. En s’appuyant sur l’armature théorique des figures sociologiques de la reconnaissance (objective, de soi, mutuelle), trois logiques sociales sont identifiées à partir d’une enquête de terrain auprès d’un éventail d’individus : sceptiques, incroyants, athées à-peu-près… La première logique est l’issue, toujours incertaine, de l’épreuve du regard normatif : situation problématique, qui peut se répéter quotidiennement, du soupçon ou de l’accusation d’apostasie, contournés, négociés ou confrontés. Les signes extérieurs des sensibilités athées sont donc labiles dans la mesure où ils se dé-jouent dans la performance de soi. Dans un deuxième mouvement biographique, la découverte ex post facto des signes intérieurs d’une sensibilité athée se réalise sur fond d’une prise de conscience d’un illettrisme religieux pour certains, attribut de classe les distinguant de la masse des croyants, ou dans le clivage qu’induit une mobilité sociale fantasmée ou effectuée, pour une partie de l’échantillon issue d’un milieu pieux. L’amplitude d’une reconnaissance mutuelle basée sur le dénominateur commun d’une sensibilité athée sera analysée dans un troisième temps comme dépendant largement des aspirations d’un mouvement associatif émergent. Porté notamment par l’Association de l’Athéisme (Ateizm Derneği), fondée en 2014, ce mouvement transforme un sentiment d’ostracisation, c’est-à-dire de déni de reconnaissance, ressenti par une partie des sans-Dieu et des sans religion, en motif de lutte. Malgré les moyens matériels, humains et symboliques mis en place, l’association semble condamnée à la marginalité dans la mesure où ses potentiels adhérents bénéficient de réseaux de resocialisation concurrents. While the presence of atheism in Turkish society is often reduced to an indicator of the evolution of religiosities, the concrete modalities of its manifestations have yet to be pinpointed. This article attempts to address this by acknowledging that a long-standing dynamic opposing the continuity of a denial to attempts at recognizing outsiders from the prevailing system of majority confessional assignation shapes the variation of the degree of exposure of atheist sensibilities. Relying on the theoretical framework of the sociological forms of recognition (objective, self, mutual), three social patterns are drawn from a field survey among a range of individuals: sceptics, non-believers, ambivalent atheists and so on. The first logic is the uncertain outcome of the social test to the normative gaze: the problematic situation, which may occur on a daily basis, whereby the suspicion or accusation of apostasy is circumvented, negotiated or confronted. The external signs of atheist sensibilities are thus labile insofar as they are displayed or concealed through the performance of oneself. Second, within a biographic timeframe, the ex post facto discovery of the inner signs of an atheistic sensibility occurs as a result of an awareness of being religiously illiterate for some, a social class attribute that distinguishes them from the mass of believers, or in the cleavage induced by a social mobility, either fantasized or achieved, for another part of the sample that stems from a pious background. Finally, I analyse the extent of mutual recognition based on the common denominator of an atheistic sensibility as largely dependent on the aspirations of an emerging associative movement. This movement, which is embodied in particular by the Association of Atheism (Ateizm Derneği), founded in 2014, transforms a sense of ostracization, i.e. denial of recognition, felt by some of the Godless into a motive for struggle. Despite the material, human and symbolic means it has put in place, this association appears condemned to marginality as its potential adherents benefit from competing resocialization networks. |