Arago et la « lune rousse » des jardiniers

Arago, piqué par un mot de Louis XVIII qui lui demande pourquoi cette « lune rousse » d’avril gèle les arbustes et les récoltes – ce à quoi il n’avait jamais réfléchi ! –, met un point d’honneur à répondre à la question. La nuit, les objets à la surface de la terre deviennent plus froids que l’air –...

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Publicado en:URI:https://journals.openedition.org/bibnum,
Autor Principal: Le Lay, Colette
Formato: Article ou chapitre numérique
Idioma:Français
Publicado: BibNum 2023
Acceso en liña:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
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collection OpenEdition Journal
language Français
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description Arago, piqué par un mot de Louis XVIII qui lui demande pourquoi cette « lune rousse » d’avril gèle les arbustes et les récoltes – ce à quoi il n’avait jamais réfléchi ! –, met un point d’honneur à répondre à la question. La nuit, les objets à la surface de la terre deviennent plus froids que l’air – ils rayonnent et se refroidissent, atteignant des températures de 6 à 8° inférieures à l’air ambiant. En avril ou en mai, lors de la formation des bourgeons, ceux-ci, pouvant donc être à une température négative, en viennent à geler lorsque la rosée se dépose sur eux, par condensation.Or, ce phénomène, comme celui de la rosée auquel il est lié, n’est possible que par temps clair – sinon les nuages font obstacle au rayonnement des corps terrestres : il n’y a alors ni refroidissement différentiel de certains corps par rapport à l’air, ni condensation par rosée.Le paradoxe de Louis XVIII – celui de la Lune qui ferait roussir (geler) les bourgeons – est en fait une erreur de raisonnement. Par temps clair, on voit la Lune, et il peut arriver que les bourgeons gèlent ; par temps couvert, on ne voit pas la Lune, et les bourgeons ne gèlent pas. Il y a une corrélation entre les phénomènes A (« on voit la Lune ») et B (« les bourgeons gèlent »), car ils ont une cause commune C (« le ciel dégagé ») : mais A n’est pas la cause de B (et l’inverse : encore moins !, serait-on tenté de dire…). Il y a corrélation (entre A et B) mais pas causalité (de A vers B), contrairement à ce que pensaient les jardiniers du roi.Il est encore de nos jours de fréquentes confusions entre corrélation et causalité, dans les domaines les plus divers, comme celui des relations sciences-société ; le paradoxe des jardiniers de Louis XVIII en est une représentation fort actuelle.
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