Pour une éthique du discours : prise de position et rationalité axiologique

Cet article se situe à la croisée de l’analyse du discours, de la rhétorique argumentative et du concept philosophique d’éthique. Il a pour fin de problématiser la question du « positionnement » discursif. Je tenterai de réexaminer cette notion au prisme du concept argumentatif de « jugement » - et...

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Publicado en:URI:https://journals.openedition.org/aad,
Autor Principal: Koren, Roselyne
Formato: Article ou chapitre numérique
Idioma:Français
Publicado: Argumentation et analyse du discours 2008
Sujets:
Acceso en liña:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
id openedition-oai:revues.org:aad_263
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collection OpenEdition Journal
language Français
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1/Bibliothèque numérique/OpenEdition Journals/
topic éthique du discours
prise en charge
jugement de valeur
rationalité axiologique
engagement du chercheur
rhétorique « égalitaire » de la presse écrite
ethics of discourse
value judgment
axiological rationality
“objectivity” of the written press
researcher’s commitment
spellingShingle éthique du discours
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jugement de valeur
rationalité axiologique
engagement du chercheur
rhétorique « égalitaire » de la presse écrite
ethics of discourse
value judgment
axiological rationality
“objectivity” of the written press
researcher’s commitment
Koren, Roselyne
Pour une éthique du discours : prise de position et rationalité axiologique
description Cet article se situe à la croisée de l’analyse du discours, de la rhétorique argumentative et du concept philosophique d’éthique. Il a pour fin de problématiser la question du « positionnement » discursif. Je tenterai de réexaminer cette notion au prisme du concept argumentatif de « jugement » - et par « jugement » j’entends prise de position discursive - afin de contribuer à la conceptualisation de la notion d’éthique du discours. Cette démarche a pour fin de tenter de répondre à des questions épistémologiques comme : Pourquoi la prise de parole dans l’espace public implique-t-elle que le locuteur recoure, dans de nombreux genres de discours et même si les contraintes du genre ne l’exigent pas, à l’effacement énonciatif et donne à ses opinions les apparences du jugement de fait ? Pourquoi est-il encore nécessaire aujourd’hui de rappeler que le lexique de la langue comprend des masses de termes subjectifs axiologiques et que des questions comme « Que pense X de cette question ? Est-il pour ou contre ? Est-ce bien ou mal à ses yeux ? » constituent des réactions spontanées inéluctables aux dires des autres ? Troisième et dernière question : Pourquoi un analyste du discours que préoccupe, certes, la question de la « véridiction », mais tout autant celle de la « rectitude éthique » et d’une rationalité axiologique, se trouve-t-il contraint de recourir à une théorie de l’argumentation pour pouvoir aborder les tenants et aboutissants de l’acte de juger hors de contextes polémiques aporétiques, alors que son objet de recherche est la mise en mots et la mise en scène discursives sous toutes leurs formes ? Cet article commencera par l’élaboration d’un cadre théorique où seront traitées les questions suivantes : la nécessité de penser aux côtés de la prise en charge de la vérité référentielle et en interaction avec elle, la prise en charge des jugements de valeur et les conditions de possibilité d’une rationalité axiologique. Il faudra donc pouvoir penser la coexistence de la responsabilité discursive de l’énonciateur et de sa responsabilité argumentative, la question de la « véridiction » et celle de la « rectitude éthique ». Trois études de cas permettront ensuite de passer de la théorie à la pratique. Les deux premières concernent la rhétorique de l’écriture de presse. Il s’agit du concept déontologique d’« engagement neutre ») et d’un rythme fondamental de l’écriture de presse : l’oscillation statique entre deux pôles contraires. La troisième et dernière illustration concernera la controverse autour de la question du devoir de neutralité du chercheur en sciences du langage. La majorité des chercheurs prônent en effet un axiome déontologique de non-intervention ; ils présupposent ainsi que la neutralité est linguistiquement et discursivement possible, alors qu’ils considèrent par ailleurs la subjectivité énonciative du langage comme un fait avéré.
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Il a pour fin de problématiser la question du « positionnement » discursif. Je tenterai de réexaminer cette notion au prisme du concept argumentatif de « jugement » - et par « jugement » j’entends prise de position discursive - afin de contribuer à la conceptualisation de la notion d’éthique du discours. Cette démarche a pour fin de tenter de répondre à des questions épistémologiques comme : Pourquoi la prise de parole dans l’espace public implique-t-elle que le locuteur recoure, dans de nombreux genres de discours et même si les contraintes du genre ne l’exigent pas, à l’effacement énonciatif et donne à ses opinions les apparences du jugement de fait ? Pourquoi est-il encore nécessaire aujourd’hui de rappeler que le lexique de la langue comprend des masses de termes subjectifs axiologiques et que des questions comme « Que pense X de cette question ? Est-il pour ou contre ? Est-ce bien ou mal à ses yeux ? » constituent des réactions spontanées inéluctables aux dires des autres ? Troisième et dernière question : Pourquoi un analyste du discours que préoccupe, certes, la question de la « véridiction », mais tout autant celle de la « rectitude éthique » et d’une rationalité axiologique, se trouve-t-il contraint de recourir à une théorie de l’argumentation pour pouvoir aborder les tenants et aboutissants de l’acte de juger hors de contextes polémiques aporétiques, alors que son objet de recherche est la mise en mots et la mise en scène discursives sous toutes leurs formes ? Cet article commencera par l’élaboration d’un cadre théorique où seront traitées les questions suivantes : la nécessité de penser aux côtés de la prise en charge de la vérité référentielle et en interaction avec elle, la prise en charge des jugements de valeur et les conditions de possibilité d’une rationalité axiologique. Il faudra donc pouvoir penser la coexistence de la responsabilité discursive de l’énonciateur et de sa responsabilité argumentative, la question de la « véridiction » et celle de la « rectitude éthique ». Trois études de cas permettront ensuite de passer de la théorie à la pratique. Les deux premières concernent la rhétorique de l’écriture de presse. Il s’agit du concept déontologique d’« engagement neutre ») et d’un rythme fondamental de l’écriture de presse : l’oscillation statique entre deux pôles contraires. La troisième et dernière illustration concernera la controverse autour de la question du devoir de neutralité du chercheur en sciences du langage. La majorité des chercheurs prônent en effet un axiome déontologique de non-intervention ; ils présupposent ainsi que la neutralité est linguistiquement et discursivement possible, alors qu’ils considèrent par ailleurs la subjectivité énonciative du langage comme un fait avéré. This article is situated at the crossroads of Discourse Analysis, Argumentative Rhetoric and the philosophical concept of Ethics. It aims at raising the problems inherent to the issue of discursive positioning. It will attempt to reexamine this notion through the prism of the argumentative concept of judgment or discursive stand, in order to contribute to a conceptualization of the notion of an Ethics of discourse. This paper attempts to answer epistemological questions such as: 1) why does taking a stand in public imply that the speakers recur, in numerous genres of discourse, and even if the genre does not require it, to erasing any trace of discursive subjectivity, thus making opinions appear as judgments of fact? 2) Why is it still necessary today to remind linguists that the lexicon of a language contains a myriad of subjective axiological terms and that questions such as “what does X think about this? Is he for or against it? Does he like it or not?” constitute spontaneous inescapable reactions to the words of others? Lastly, why would a discourse analyst preoccupied by referential truth, but similarly by “ethical rectitude” and axiological rationality, have to turn to a theory of argumentation in order to deal with the ins and outs of judging ? This article starts with a presentation of a theoretical frame dealing with the necessity to take into account not only referential truth, but also and in close relation to it, of value judgments and axiological rationality. The coexistence between the speaker’s discursive responsibility and his argumentative responsibility, and the coexistence of the issues of “referential truth” and “ethical rectitude”, should be considered jointly. Three case studies will then allow us to move from theory to practice. The first two cases deal with the rhetoric of the written press, analyzing first the deontological concept of “neutral commitment” and then a fundamental journalistic rhythm: the static oscillation between two opposing poles. The third and last example illustrates the controversial question of the linguist’s neutrality. Most scholars subscribe to the deontological axiom of non-intervention, thus presupposing that neutrality is linguistically and discursively possible, although simultaneously affirming that enunciative subjectivity is inescapable.