La précaution comme souci

RésuméLa précaution a été critiquée non en elle-même, mais comme « principe », à la fois sur le plan juridique et scientifique. Les formulations du principe prêtaient à confusion, à cause du jargon « scientifique » utilisé (cf. absence de preuves, de « certitudes scientifiques »). Liée à l’urgence,...

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Auteur principal: Guéry, François
Format: Article ou chapitre numérique
Langue:Français
Publié: 2013
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spelling cairn-RMM_124_0611RMMRevue de métaphysique et de morale https://shs.cairn.info/revue-de-metaphysique-et-de-morale-2012-4-page-611?lang=fr https://doi.org/10.3917/rmm.124.0611 La précaution comme souci Guéry, François2013 fre Revue de métaphysique et de morale | 76 | 4 | 2013-01-03 | p. 611-621 | 0035-1571 RMM_12416 RésuméLa précaution a été critiquée non en elle-même, mais comme « principe », à la fois sur le plan juridique et scientifique. Les formulations du principe prêtaient à confusion, à cause du jargon « scientifique » utilisé (cf. absence de preuves, de « certitudes scientifiques »). Liée à l’urgence, la précaution ressortit à une philosophie de l’agir, qui comporte menace, vulnérabilité, anticipation, appréhension, et c’est de ce côté qu’il faut chercher la logique de la précaution.En premier lieu, une « déduction sémantique a priori » (Derrida) permet de mettre en évidence les caractéristiques de la peur, qui justifie la précaution. En second lieu, un rappel de la tradition philosophique confirme cette déduction, rappel qui va d’Aristote ( Rhétorique : ce qu’est la peur et comment on est quand on l’éprouve ; Éthique à Nicomaque : le courage, l’intrépidité, la disposition acquise) à Heidegger ( Être et Temps : la peur comme disposition insigne, esquisse de l’angoisse, du souci, de la responsabilité, de la résolution), en passant par des étapes essentielles : Augustin (la cura, la curiosité), Kant (derniers écrits), Nietzsche ( Seconde Inactuelle). Enfin, et en conclusion, la précaution apparaît non comme une démission de la connaissance, mais comme une incitation à mieux scénariser, à mieux gérer l’avenir, en cultivant une imagination anticipative, complémentaire de l’innovation.If Precaution has been criticized, on both a legal and a scientific level, it is not as an approach in itself but as a Principle. The way the Precautionary Principle has been formulated was confusing, jargonistic : lack of proof, of scientific certainty. Linked as it is to the notion of Emergency, Precaution is part of an Acting Philosophy which includes Threat, Vulnerability, Anticipation and Apprehension ; its logic is to be found therein.Firstly, a « semantic deduction a priori » (Derrida) will help to define the characteristics of Fear, which justifies Precaution. Secondly, we shall confirm this deduction by refering to the philosophical tradition, from Aristotle ( Rhetoric : what is Fear, and how we experience it, Nicomachean Ethics : courage, intrepidity, acquired disposition) to Heidegger ( Being and Time : Fear as a particular disposition, prefiguration of Anguish, Worry, Responsability, Decision), following the essential steps : Augustine ( Cura, Curiosity), Kant (last writings), Nietzsche (second of the Inactual Considerations). In conclusion, Precaution appears not as renouncing science but as a way to put the Future in perspective and master it by cultivating an anticipating imagination which complements innovation.Cairn free access
language Français
format Article ou chapitre numérique
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description RésuméLa précaution a été critiquée non en elle-même, mais comme « principe », à la fois sur le plan juridique et scientifique. Les formulations du principe prêtaient à confusion, à cause du jargon « scientifique » utilisé (cf. absence de preuves, de « certitudes scientifiques »). Liée à l’urgence, la précaution ressortit à une philosophie de l’agir, qui comporte menace, vulnérabilité, anticipation, appréhension, et c’est de ce côté qu’il faut chercher la logique de la précaution.En premier lieu, une « déduction sémantique a priori » (Derrida) permet de mettre en évidence les caractéristiques de la peur, qui justifie la précaution. En second lieu, un rappel de la tradition philosophique confirme cette déduction, rappel qui va d’Aristote ( Rhétorique : ce qu’est la peur et comment on est quand on l’éprouve ; Éthique à Nicomaque : le courage, l’intrépidité, la disposition acquise) à Heidegger ( Être et Temps : la peur comme disposition insigne, esquisse de l’angoisse, du souci, de la responsabilité, de la résolution), en passant par des étapes essentielles : Augustin (la cura, la curiosité), Kant (derniers écrits), Nietzsche ( Seconde Inactuelle). Enfin, et en conclusion, la précaution apparaît non comme une démission de la connaissance, mais comme une incitation à mieux scénariser, à mieux gérer l’avenir, en cultivant une imagination anticipative, complémentaire de l’innovation.
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