Le possible, le réel et les sciences de la vie

Le concept du possible a pris récemment dans les sciences de la vie une place plus importante, en raison de réflexions nouvelles sur l’évolution biologique ainsi que du développement très important des biotechnologies. On souhaite ici explorer l’idée que les choses contingentes, celles qui pourra...

Description complète

Enregistré dans:
Détails bibliographiques
Auteur principal: Debru, Claude
Format: Article ou chapitre numérique
Langue:Français
Publié: 2004
Accès en ligne:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
id cairn-RMM_043_0381
record_format cairn
language Français
format Article ou chapitre numérique
building 0/Bibliothèque numérique/
1/Bibliothèque numérique/Cairn/
description Le concept du possible a pris récemment dans les sciences de la vie une place plus importante, en raison de réflexions nouvelles sur l’évolution biologique ainsi que du développement très important des biotechnologies. On souhaite ici explorer l’idée que les choses contingentes, celles qui pourraient être un peu différentes, sont modifiables. La contingence de l’évolution biologique a souvent été notée, et définie en des sens notoirement différents. Certains biologistes ont fait usage du conditionnel contrefactuel, en définissant la contingence par l’idée que le monde existant aurait pu ne pas être. Si la contingence est définie comme l’opposé contradictoire du nécessaire et donc vue d’une manière unilatérale comme possibilité de ne pas être plutôt que comme possibilité d’être ou de ne pas être, il devient inévitable que les critiques des philosophies nécessitaristes (en biologie comme ailleurs) insistent sur des évolutions qui ne se sont pas produites, et fassent usage du conditionnel contrefactuel dans leur démonstration de la contingence. Le risque est alors de substituer à une métaphysique nécessitariste une métaphysique opposée. D’autres explications du cours réel de l’évolution biologique (et en particulier de ses grandes « décimations ») sont pourtant scientifiquement possibles. La contingence peut être également définie, d’une manière plus réaliste, comme variation, à savoir qu’il n’y a aucune impossibilité à ce que les choses existantes soient un peu différentes. On souhaite à cet égard donner des illustrations biologiques de la proximité, souvent notée par les philosophes, entre possible et réel. Le « bricolage biotechnologique » se fonde sur l’utilisation de procédés et d’outils directement issus de l’évolution biologique. Il répète certaines des opérations du « bricolage évolutif ». Les biotechnologies les plus récentes peuvent être décrites comme une « évolution dirigée ». Les possibilités de variations sur les thèmes fondamentaux de l’évolution biologique sont encore mal évaluées, et sont sans doute beaucoup plus grandes qu’il n’avait été imaginé, ce qui permettra vraisemblablement de contourner certaines difficultés rencontrées dans la mise en œuvre, en particulier, des biotechnologies médicales.
author Debru, Claude
spellingShingle Debru, Claude
Le possible, le réel et les sciences de la vie
author_facet Debru, Claude
author_sort Debru, Claude
title Le possible, le réel et les sciences de la vie
title_short Le possible, le réel et les sciences de la vie
title_full Le possible, le réel et les sciences de la vie
title_fullStr Le possible, le réel et les sciences de la vie
title_full_unstemmed Le possible, le réel et les sciences de la vie
title_sort le possible, le réel et les sciences de la vie
publishDate 2004
container_title
container_issue
url https://ezproxy.univ-orleans.fr/login?url=https://shs.cairn.info/revue-de-metaphysique-et-de-morale-2004-3-page-381?lang=fr
https://ezproxy.univ-orleans.fr/login?url=https://doi.org/10.3917/rmm.043.0381
_version_ 1877246739029688320
spelling cairn-RMM_043_0381RMMRevue de métaphysique et de morale https://shs.cairn.info/revue-de-metaphysique-et-de-morale-2004-3-page-381?lang=fr https://doi.org/10.3917/rmm.043.0381 Le possible, le réel et les sciences de la vie Debru, Claude2004 fre Revue de métaphysique et de morale | 43 | 3 | 2004-09-01 | p. 381-397 | 0035-1571 RMM_04345 Le concept du possible a pris récemment dans les sciences de la vie une place plus importante, en raison de réflexions nouvelles sur l’évolution biologique ainsi que du développement très important des biotechnologies. On souhaite ici explorer l’idée que les choses contingentes, celles qui pourraient être un peu différentes, sont modifiables. La contingence de l’évolution biologique a souvent été notée, et définie en des sens notoirement différents. Certains biologistes ont fait usage du conditionnel contrefactuel, en définissant la contingence par l’idée que le monde existant aurait pu ne pas être. Si la contingence est définie comme l’opposé contradictoire du nécessaire et donc vue d’une manière unilatérale comme possibilité de ne pas être plutôt que comme possibilité d’être ou de ne pas être, il devient inévitable que les critiques des philosophies nécessitaristes (en biologie comme ailleurs) insistent sur des évolutions qui ne se sont pas produites, et fassent usage du conditionnel contrefactuel dans leur démonstration de la contingence. Le risque est alors de substituer à une métaphysique nécessitariste une métaphysique opposée. D’autres explications du cours réel de l’évolution biologique (et en particulier de ses grandes « décimations ») sont pourtant scientifiquement possibles. La contingence peut être également définie, d’une manière plus réaliste, comme variation, à savoir qu’il n’y a aucune impossibilité à ce que les choses existantes soient un peu différentes. On souhaite à cet égard donner des illustrations biologiques de la proximité, souvent notée par les philosophes, entre possible et réel. Le « bricolage biotechnologique » se fonde sur l’utilisation de procédés et d’outils directement issus de l’évolution biologique. Il répète certaines des opérations du « bricolage évolutif ». Les biotechnologies les plus récentes peuvent être décrites comme une « évolution dirigée ». Les possibilités de variations sur les thèmes fondamentaux de l’évolution biologique sont encore mal évaluées, et sont sans doute beaucoup plus grandes qu’il n’avait été imaginé, ce qui permettra vraisemblablement de contourner certaines difficultés rencontrées dans la mise en œuvre, en particulier, des biotechnologies médicales.The concept of the possible has recently taken an important place in biological sciences, on account of new considerations about biological evolution and also because of the very important expansion of biotechnology. In this article we explore the idea that contingent objects, those which could be a little different, can be modified. The contingency of biological evolution has often been described, and defined in notoriously different ways. Some biologists have used the counterfactual conditional, by defining contingency by the idea that the existing world could have not come into being. If contingency is defined as the contradictory opposite to necessity, and thus seen in a unilateral manner as the possibility not to be rather than the possibility to be or not to be, then it becomes inevitable that the objections of necessitarian philosophers (in biology as elsewhere) are based on evolutions that have not happened, and make use of the counterfactual conditional in their demonstration of contingency. The risk then is of replacing a necessitarian metaphysics by an opposing metaphysics. Other explanations of the true course of biological evolution (and in particular of its great « decimations ») are nevertheless scientifically possible. Contingency can also be defined otherwise, in a more realistic way, that it is not impossible that existing things should be a little different. In this matter we wish to show examples taken from biology, of the proximity between the possible and the real, that have often been noted by philosophers. « Tinkering about in biotechnology » is based on the use of procedures and tools that emerge directly from biological evolution. It repeats certain operations that happen in « evolutionary tinkering ». The most recent biotechnology can be described as « directed evolution ». The possibilities of variations on the basic themes of biological evolution are not yet fully appreciated, and are doubtless much greater than was previously imagined. These will probably allow scientists to overcome certain difficulties met in biological research, particularly in the field of medecine.Cairn free access