Les États-Unis et le « modèle Tesla » : les marchés financiers peuvent-ils gouverner la transition ?

Les États-Unis peuvent représenter, en matière automobile, les deux faces de la financiarisation envisagée dans sa relation de concurrence-complémentarité par rapport aux dynamiques industrielles, d’emploi et d’innovation. En effet, le management focalisé sur la valeur pour l’actionnaire, qui s’est...

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Autor principal: Jullien, Bernard
Format: Article ou chapitre numérique
Idioma:Français
Publicat: 2023
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spelling cairn-RINDU1_232_0022RINDU1Annales des Mines - Réalités industrielles https://stm.cairn.info/revue-realites-industrielles-2023-2-page-22?lang=fr https://doi.org/10.3917/rindu1.232.0022 Les États-Unis et le « modèle Tesla » : les marchés financiers peuvent-ils gouverner la transition ? Jullien, Bernard2023 fre Annales des Mines - Réalités industrielles | Mai 2023 | 2 | 2023-05-09 | p. 22-25 | 1148-7941 RINDU1_23253 Les États-Unis peuvent représenter, en matière automobile, les deux faces de la financiarisation envisagée dans sa relation de concurrence-complémentarité par rapport aux dynamiques industrielles, d’emploi et d’innovation. En effet, le management focalisé sur la valeur pour l’actionnaire, qui s’est imposé dans les Big 3 devenues les Big 2, a été ‒ pour de bonnes raisons ‒ incriminé pour expliquer les catastrophes intervenues en 2009-2010 (Sauviat, 2009), dont la construction automobile américaine n’est sortie que par une intervention massive de l’État1 (Jullien et Lung, 2011). D’un autre côté, Tesla semble avoir bénéficié – et l’industrie automobile américaine avec elle – de l’efficience des marchés de valeurs technologiques pour instaurer un modèle innovant et imposer ‒ sans que l’État n’ait eu à intervenir ‒ un scénario souhaitable de destruction créatrice (Mougenot, 2015). Les marchés ont, effectivement, longtemps accepté que Tesla perde beaucoup d’argent et, par là même, dispose du temps requis pour que technologiquement, industriellement et commercialement, l’entreprise puisse atteindre la maturité nécessaire et, in fine, la profitabilité. Pourtant, après avoir vécu trois années profitables ‒ de 2020 à 2022 ‒ sur un petit marché mondial du véhicule électrique en forte croissance qu’il dominait en vendant des véhicules très chers, Tesla est confronté à la question de sa banalisation. En effet, le marché du VE n’est plus infinitésimal et est appelé à devenir le cœur du marché de l’automobile. Dans ce contexte, le marché devenant un marché de masse, les avantages du pionnier s’étiolent et l’intensité de la concurrence croît. En baissant drastiquement ses prix, Tesla précipite cette mutation pour laquelle il n’est pas sûr qu’il soit le mieux armé. Les marchés financiers pourraient ainsi s’être trompés.The United States can represent, in the automotive field, the two sides of financialisation seen in its competitive-complementary relationship with industrial, employment and innovation dynamics. Indeed, management focused on shareholder value, which was imposed in the Big 3 which became the Big 2, was ‒ for good reason ‒ incriminated to explain the disasters that occurred in 2009-2010 (Sauviat, 2009), from which the American car industry only emerged through massive state intervention (Jullien, Lung, 2011). On the other hand, Tesla seems to have benefited ‒ and the American car industry with it ‒ from the efficiency of the markets for technological values in order to establish an innovative model and impose ‒ without the state having to intervene ‒ a desirable scenario of creative destruction (Mougenot, 2015). The markets have, in fact, long accepted that Tesla should lose a lot of money and thus have the time required for the company to reach the necessary technological, industrial and commercial maturity and, ultimately, profitability. However, after three profitable years ‒ from 2020 to 2022 ‒ in a small, fast-growing global electric vehicle market that it dominated by selling very expensive vehicles, Tesla is facing the question of commoditisation. Indeed, the EV market is no longer infinitesimal and is set to become the core of the automotive market. In this context, as the market becomes a mass market, the advantages of the pioneer are waning and the intensity of competition is increasing. By drastically lowering its prices, Tesla is precipitating this change for which it is not sure it is best equipped. The financial markets may have been wrong.Cairn restricted access
language Français
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