Le « moi tardif ».

Pierre Mertens et Paul Louis-Combet, romanciers d’expression française contemporains, ont pris pour objet, dans leurs textes respectifs Les Éblouissements et Blesse, ronce noire, les deux poètes Gottfried Benn et Georg Trakl. Pareillement marqués par l’expérience de la guerre malgré leur sort tou...

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Auteur principal: Sounac, Frédéric
Format: Article ou chapitre numérique
Langue:Français
Publié: 2008
Accès en ligne:Accès Université d'Orléans et IFPM
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id cairn-RHLF_081_0183
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spelling cairn-RHLF_081_0183RHLFRevue d'histoire littéraire de la France https://shs.cairn.info/revue-d-histoire-litteraire-de-la-france-2008-1-page-183?lang=fr https://doi.org/10.3917/rhlf.081.0183 Le « moi tardif ». Sounac, Frédéric2008 fre Revue d'histoire littéraire de la France | 108 | 1 | 2008-04-18 | p. 183-195 | 0035-2411 RHLF_08194 Pierre Mertens et Paul Louis-Combet, romanciers d’expression française contemporains, ont pris pour objet, dans leurs textes respectifs Les Éblouissements et Blesse, ronce noire, les deux poètes Gottfried Benn et Georg Trakl. Pareillement marqués par l’expérience de la guerre malgré leur sort tout différent, ces deux figures majeures de l’expressionnisme ont manifesté une certaine dérision de l’héroïsme : aux images morbides de Benn, telles un antidote cruel à tout réflexe idéalisant, répond le refuge autodestructeur de Trakl dans un « âge d’or » brisé, dont ne demeure que la souffrance et le sentiment d’une inexpiable culpabilité. Si le roman de Pierre Mertens, reconstituant au plus près le parcours déroutant et souvent contradictoire de Benn, met en lumière la genèse intellectuelle d’une passivité aboutissant de manière aberrante à une complicité avec le régime nazi, celui de Paul Louis-Combet s’engage dans une mimesis poétique de la conscience délabrée de Trakl, dans laquelle les mystères sexuels s’agrègent au sentiment d’une apocalypse générale. Au rebours d’un certain conformisme viril, fruit d’une idéologie de guerre, l’un comme l’autre ont adopté l’indéfinition d’un « Moi tardif » (Späte Ich), qu’on peut analyser comme un refus viscéral de l’Histoire. Cairn restricted access
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description Pierre Mertens et Paul Louis-Combet, romanciers d’expression française contemporains, ont pris pour objet, dans leurs textes respectifs Les Éblouissements et Blesse, ronce noire, les deux poètes Gottfried Benn et Georg Trakl. Pareillement marqués par l’expérience de la guerre malgré leur sort tout différent, ces deux figures majeures de l’expressionnisme ont manifesté une certaine dérision de l’héroïsme : aux images morbides de Benn, telles un antidote cruel à tout réflexe idéalisant, répond le refuge autodestructeur de Trakl dans un « âge d’or » brisé, dont ne demeure que la souffrance et le sentiment d’une inexpiable culpabilité. Si le roman de Pierre Mertens, reconstituant au plus près le parcours déroutant et souvent contradictoire de Benn, met en lumière la genèse intellectuelle d’une passivité aboutissant de manière aberrante à une complicité avec le régime nazi, celui de Paul Louis-Combet s’engage dans une mimesis poétique de la conscience délabrée de Trakl, dans laquelle les mystères sexuels s’agrègent au sentiment d’une apocalypse générale. Au rebours d’un certain conformisme viril, fruit d’une idéologie de guerre, l’un comme l’autre ont adopté l’indéfinition d’un « Moi tardif » (Späte Ich), qu’on peut analyser comme un refus viscéral de l’Histoire.
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