La « veuve captive » dans la tragédie classique

La tragédie renaît en 1634 avec notamment la Sophonisbe de Mairet. Dans le sillage de Pyrame et Thisbé de Théophile de Viau, la pièce est construite sur un mariage rendu impossible par un obstacle politique. D’un point de vue générique, il y a là un schème caractéristique de la tragédie par opposi...

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Auteur principal: Revaz, Gilles
Format: Article ou chapitre numérique
Langue:Français
Publié: 2001
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spelling cairn-RHLF_012_0213RHLFRevue d'histoire littéraire de la France https://shs.cairn.info/revue-d-histoire-litteraire-de-la-france-2001-2-page-213?lang=fr https://doi.org/10.3917/rhlf.012.0213 La « veuve captive » dans la tragédie classique Revaz, Gilles2001 fre Revue d'histoire littéraire de la France | 101 | 2 | 2001-03-01 | p. 213-226 | 0035-2411 RHLF_01240 La tragédie renaît en 1634 avec notamment la Sophonisbe de Mairet. Dans le sillage de Pyrame et Thisbé de Théophile de Viau, la pièce est construite sur un mariage rendu impossible par un obstacle politique. D’un point de vue générique, il y a là un schème caractéristique de la tragédie par opposition au genre nuptial de la tragi-comédie; la fonction structurale de l’opposant politique peut prendre la figure d’un tyran (Britannicus ou Suréna), de l’impérialisme romain (Nicomède) ou encore des lois romaines (Bérénice). Toutefois, comme il apparaît déjà en filigrane dans la pièce de Mairet et surtout dans la Marianne de Tristan l’Hermite, un autre schème structure la tragédie classique : une veuve, garante des droits du lignage et captive d’un tyran qui voudrait l’épouser pour assouvir sa passion et conquérir la légitimité. Mais l’objet, fidèle « aux mânes sacrés d’un grand roi », résiste aux violences du sujet. Nous retrouvons la veuve captive dans Rodogune, dans Timocrate et dans Andromaque. Dans les pièces de Pierre Corneille et de Racine, la veuve préserve les droits du fils du roi; dans la tragédie romanesque de Thomas Corneille, le mariage des ennemis est rendu acceptable, malgré l’ombre du roi défunt, au prix d’un grand effort d’invention visant à respecter néanmoins les bienséances. Le sujet pose en effet la problématique qui était à l’origine de la Querelle du Cid, la princesse devant épouser l’assassin présumé de son père. Si la tragi-comédie s’en accommodait, la tragédie, plus scrupuleuse sur le plan des bienséances, ne saurait admettre une telle union, comme l’atteste la correction du dénouement du Cid dans l’édition de 1660. Les bienséances servent aussi de filtre au « politiquement correct ». L’impossible mariage et la fidélité absolue de la veuve dessinent une configuration qui garantit la succession par la primogéniture masculine. Il y a un effet de signification qu’on peut interpréter comme un coup de force de la forme sur le sens (Georges Forestier) ou, dans une perspective pragmatique, comme un élément de la scénographie énonciative qu’instaure le dialogue du dramaturge avec son roi. Cairn restricted access
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description La tragédie renaît en 1634 avec notamment la Sophonisbe de Mairet. Dans le sillage de Pyrame et Thisbé de Théophile de Viau, la pièce est construite sur un mariage rendu impossible par un obstacle politique. D’un point de vue générique, il y a là un schème caractéristique de la tragédie par opposition au genre nuptial de la tragi-comédie; la fonction structurale de l’opposant politique peut prendre la figure d’un tyran (Britannicus ou Suréna), de l’impérialisme romain (Nicomède) ou encore des lois romaines (Bérénice). Toutefois, comme il apparaît déjà en filigrane dans la pièce de Mairet et surtout dans la Marianne de Tristan l’Hermite, un autre schème structure la tragédie classique : une veuve, garante des droits du lignage et captive d’un tyran qui voudrait l’épouser pour assouvir sa passion et conquérir la légitimité. Mais l’objet, fidèle « aux mânes sacrés d’un grand roi », résiste aux violences du sujet. Nous retrouvons la veuve captive dans Rodogune, dans Timocrate et dans Andromaque. Dans les pièces de Pierre Corneille et de Racine, la veuve préserve les droits du fils du roi; dans la tragédie romanesque de Thomas Corneille, le mariage des ennemis est rendu acceptable, malgré l’ombre du roi défunt, au prix d’un grand effort d’invention visant à respecter néanmoins les bienséances. Le sujet pose en effet la problématique qui était à l’origine de la Querelle du Cid, la princesse devant épouser l’assassin présumé de son père. Si la tragi-comédie s’en accommodait, la tragédie, plus scrupuleuse sur le plan des bienséances, ne saurait admettre une telle union, comme l’atteste la correction du dénouement du Cid dans l’édition de 1660. Les bienséances servent aussi de filtre au « politiquement correct ». L’impossible mariage et la fidélité absolue de la veuve dessinent une configuration qui garantit la succession par la primogéniture masculine. Il y a un effet de signification qu’on peut interpréter comme un coup de force de la forme sur le sens (Georges Forestier) ou, dans une perspective pragmatique, comme un élément de la scénographie énonciative qu’instaure le dialogue du dramaturge avec son roi.
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