Quelle place faut-il faire aux animaux en sciences sociales ?

Les recherches socio-anthropologiques qui visent à réhabiliter l’idée d’une agentivité animale s’appuient sur un noyau d’arguments récurrents : jusqu’à un passé récent, les sciences sociales auraient indûment rangé les animaux du côté des choses, parce qu’elles auraient souscrit au modèle de l’anima...

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Detalles Bibliográficos
Autor principal: Guillo, Dominique
Formato: Article ou chapitre numérique
Lenguaje:Français
Publicado: 2015
Materias:
Acceso en línea:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Descripción
Sumario:Les recherches socio-anthropologiques qui visent à réhabiliter l’idée d’une agentivité animale s’appuient sur un noyau d’arguments récurrents : jusqu’à un passé récent, les sciences sociales auraient indûment rangé les animaux du côté des choses, parce qu’elles auraient souscrit au modèle de l’animal-machine imposé par la modernité à travers la frontière que celle-ci dresserait entre la nature et la culture (Philippe Descola), entre les humains et les non-humains (Bruno Latour), en particulier les animaux ( Animal Studies). L’objectif du présent article est de montrer, tout d’abord, que cette thèse est historiquement inexacte. À leur naissance, les sciences sociales reconnaissent une subjectivité forte à beaucoup d’animaux et établissent une continuité avec l’homme. Et loin d’être la conséquence d’une inscription dans la modernité – et de son discours par excellence, celui de la science –, le succès du thème de la frontière entre nature et culture est, tout à l’inverse, la conséquence d’un ferme rejet des sciences dures, en particulier de la biologie, par les sciences sociales du XXe siècle. Ce retour sur le passé permet de montrer, ensuite, que ces réhabilitations récentes de l’agentivité animale reconduisent en réalité une autre frontière – entre les sciences sociales et les sciences de la vie – et maintiennent ainsi les vieux dualismes philosophiques qui lui sont associés. Ce faisant, elles contribuent à fermer une voie qui promet d’être particulièrement féconde pour documenter l’agentivité animale : un dialogue sans réductions croisées des sciences sociales avec les sciences de la vie.