Comment ignorer ce que l’on sait ?

Les recherches actuelles sur la construction sociale de l’ignorance soutiennent que cette dernière est soit le fruit de stratégies conscientes, soit l’effet involontaire d’un mode d’organisation de la production de connaissances. Cet article propose de dépasser cette opposition en introduisant la q...

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Auteurs principaux: Dedieu, François, Jouzel, Jean-Noël
Format: Article ou chapitre numérique
Sprog:Français
Udgivet: 2015
Fag:
Online adgang:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
id cairn-RFS_561_0105
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language Français
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topic A
ANTÉ AU TRAVAIL
É
ESTICIDES
GRICULTEURS
P
RODUCTION DE L’IGNORANCE
S
VALUATION DES RISQUES
ARMERS
CCUPATIONAL HEALTH
ESTICIDES
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ISK ASSESSMENT
O
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RODUCTION OF IGNORANCE
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Dedieu, François
Jouzel, Jean-Noël
Comment ignorer ce que l’on sait ?
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RODUCTION DE L’IGNORANCE
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VALUATION DES RISQUES
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CCUPATIONAL HEALTH
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ISK ASSESSMENT
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R
RODUCTION OF IGNORANCE
description Les recherches actuelles sur la construction sociale de l’ignorance soutiennent que cette dernière est soit le fruit de stratégies conscientes, soit l’effet involontaire d’un mode d’organisation de la production de connaissances. Cet article propose de dépasser cette opposition en introduisant la question de la réflexivité des acteurs des systèmes organisés qui produisent de l’ignorance : que se passe-t-il lorsque ces acteurs prennent conscience des limites des routines qui structurent leur propre action ? Quelles dynamiques de changement résultent de cette prise de conscience ? Le cas étudié ici est celui du dispositif de prévention des intoxications professionnelles induites par les pesticides en France. En prenant appui sur l’interdiction de l’arsenite de soude (2001), nous montrons comment ce dispositif parvient à s’accommoder des savoirs « inconfortables » susceptibles de remettre en cause ses arrangements institutionnels ordinaires. Nous mettons en évidence les mécanismes par lesquels les organisations qui produisent ces savoirs offrent à leurs membres de « bonnes raisons » de les ignorer, en désamorçant leur sens critique et en évitant d’œuvrer aux changements institutionnels qui devraient découler de leur prise en considération.
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Cet article propose de dépasser cette opposition en introduisant la question de la réflexivité des acteurs des systèmes organisés qui produisent de l’ignorance : que se passe-t-il lorsque ces acteurs prennent conscience des limites des routines qui structurent leur propre action ? Quelles dynamiques de changement résultent de cette prise de conscience ? Le cas étudié ici est celui du dispositif de prévention des intoxications professionnelles induites par les pesticides en France. En prenant appui sur l’interdiction de l’arsenite de soude (2001), nous montrons comment ce dispositif parvient à s’accommoder des savoirs « inconfortables » susceptibles de remettre en cause ses arrangements institutionnels ordinaires. Nous mettons en évidence les mécanismes par lesquels les organisations qui produisent ces savoirs offrent à leurs membres de « bonnes raisons » de les ignorer, en désamorçant leur sens critique et en évitant d’œuvrer aux changements institutionnels qui devraient découler de leur prise en considération. How to ignore what one already knows: Domesticating uncomfortable knowledges about pesticide poisoning among farmers Current research into the social construction of ignorance holds either that it is produced by conscious strategies or that it is an unintended effect of knowledge production organization. The present article moves beyond that opposition by bringing in the reflexivity of actors implicated in the organized systems that produce ignorance. What happens when those actors become aware of limitations in the routines that structure their action? What change dynamics are triggered by this new awareness? The case analysed here is the French public policy devoted to prevent farmers from pesticides poisoning. By studying the ban of the sodium arsenite in France in 2001, we show how this policy can manage “uncomfortable” knowledges that challenge its ordinary institutional arrangements. We bring to light the mechanisms by which the organizations that produce these uncomfortable knowledges also provide their members with “good reasons” to ignore it, defusing or neutralizing their critical faculties and avoiding undertaking the institutional changes that clearly should be made in response to that knowledge. Las actuales investigaciones sobre la construcción social de la ignorancia sostienen que esta última es el resultado de estrategias conscientes o el efecto involuntario de un modo de organización de la producción de conocimientos. Este artículo propone superar esta oposición introduciendo la problemática de la reflexibilidad de los actores de los sistemas organizados que producen ignorancia: ¿Qué pasa cuando estos actores toman conciencia de los límites de las rutinas que estructuran su propia acción? ¿Qué dinámicas de cambio resultan de esta toma de conciencia? El caso estudiado aquí es el del dispositivo de prevención de las intoxicaciones profesionales inducidas por los pesticidas en Francia. Apoyándonos en la prohibición del arsenito de sosa (2001), mostraremos cómo este dispositivo consigue adaptarse a los saberes “incómodos” susceptibles de cuestionar de nuevo los arreglos institucionales habituales. Se subrayará los mecanismos mediante los cuales las organizaciones que producen estos saberes ofrecen a sus miembros “buenas razones” de ignorarlas, desactivando su sentido crítico y evitando trabajar en los cambios institucionales que deberían resultar de su toma en consideración.Die heutigen Untersuchungen zur sozialen Konstruktion der Unkenntnis behaupten, daß diese entweder das Ergebnis von bewußten Strategien ist oder die unbeabsichtigte Wirkung einer Organisationsart der Wissensproduktion. Dieser Aufsatz schlägt vor, diesen Gegensatz zu überwinden und dazu die Frage der Reflexivität der Aktoren der organisierten Systeme einzubringen, die die Unkenntnis produzieren: was geschieht wenn den Aktoren die Routinegrenzen bewußt werden, die ihre eigene Aktion strukturieren? Welche Wechseldynamiken entstehen aus diesem Bewußtsein? Bei dem hier behandelten Fall geht es um die Maßnahmen zur Vorbeugung der beruflichen Vergiftungen durch Pestizide in Frankreich. Gestützt auf das Verbot des Natriumarsenits (2001) zeigen wir, wie es dieser Maßnahme gelingt, sich mit„ unbequemem “Wissen abzufinden, das ihre üblichen institutionellen Arrangements in Frage stellen könnte. Wir unterstreichen die Mechanismen mit denen die Organisationen, die dieses Wissen produzieren ihren Mitgliedern„ gute Gründe “liefern, es zu ignorieren, indem ihr Urteilsvermögen geschwächt wird. Somit wird ihre Arbeit für den institutionelle Wechsel vermieden, der aus der Berücksichtigung dieses Wissens ausgelöst werden sollte.Cairn free access