La « tablature » des goûts musicaux : un modèle de structuration des préférences et des jugements

Le modèle dominant d’analyse des goûts culturels demeure, au moins en France, celui de la stratification sociale. Récemment, l’éclectisme musical tel que décrit par Peterson a substitué à la distinction sociale appuyée sur des goûts classiques (opéra, musique classique et jazz) une distinction appuy...

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Auteurs principaux: Glevarec, Hervé, Pinet, Michel
Format: Article ou chapitre numérique
Langue:Français
Publié: 2009
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spelling cairn-RFS_503_0599RFS1Revue française de sociologie https://shs.cairn.info/revue-francaise-de-sociologie-1-2009-3-page-599?lang=fr https://doi.org/10.3917/rfs.503.0599 La « tablature » des goûts musicaux : un modèle de structuration des préférences et des jugements Glevarec, HervéPinet, Michel2009 fre Revue française de sociologie | 50 | 3 | 2009-09-16 | p. 599-640 | 0035-2969 RFS_50397 Le modèle dominant d’analyse des goûts culturels demeure, au moins en France, celui de la stratification sociale. Récemment, l’éclectisme musical tel que décrit par Peterson a substitué à la distinction sociale appuyée sur des goûts classiques (opéra, musique classique et jazz) une distinction appuyée sur la pluralité des genres à travers la figure du mélomane « omnivore » qui écoute des genres classiques et populaires. L’éclectisme conserve la fonction homologique des goûts. Cette situation semble dorénavant révolue : la structuration contemporaine des goûts des catégories supérieures jeunes et des jeunes générations passées par l’enseignement supérieur se caractérise par la prédominance radicale d’un exclusivisme concentré sur les genres populaires (chanson et variétés, rock, musiques électroniques et rap), et donc par l’effacement du mélange entre les genres classiques et populaires comme modèle dominant pour ces catégories. Le recours à la dernière enquête sur les pratiques culturelles de 2003 et sa comparaison avec les enquêtes 1973 et 1988 permettent de poser des questions relatives à l’évolution de la distribution sociale des genres musicaux. D’un point de vue sociologique et théorique, le modèle de la « pyramide inversée » des goûts éclectiques proposé par Peterson, qui faisait suite à la « colonne » linéaire du goût classique vs le goût populaire que l’on trouve chez Bourdieu, nécessite d’être remplacé par une description nouvelle de l’articulation des goûts et des catégories sociales : une « tablature ». C’est pourquoi nous défendons une cartographie des goûts musicaux qui est une « mise en genre » des styles musicaux, devenus dorénavant « inclassables », et une articulation entre des genres qui n’est plus de rejet/dégoût, mais d’ouverture/tolérance. C’est le modèle même de compréhension des pratiques culturelles qu’il faudrait profondément modifier trente ans après La distinction, de même que notre appréhension de la valeur sociale de la culture.In France, a social-stratification model is still the main theoretical model used to analyse cultural tastes. Recently, Richard A. Peterson substituted the distinction model based on classical tastes (opera, classical music and jazz) with an omnivorous model based on the mix of classical and popular genres. In this article, we wish to challenge Peterson’s model by suggesting that it is now outdated : we postulate that a new young highbrow peoples’ taste pattern exists, characterised by « exclusiveness » (i.e., univorousness) focused on popular genres (hits, rock, electro, rap, etc.), with the disappearance of classical and popular genres mix. We use three historical surveys on French cultural practices and tastes over 30 years : 1973 and 2003. From a sociological and theoretical standpoint, we argue that there is a need to replace Peterson’s « inversed pyramid » and « omnivore tastes » model, following Bourdieu’s column and linear model which places classical taste in opposition to popular taste, with a new tastes/social position design, i.e., a « tablature ». We suggest that a new musical tastes map is required which should be a map of incommensurable musical styles and structured relations between genres that is no longer based on « rejections/dislikes » but rather on « openness/tolerance ». Thirty years after publication of Bourdieu’s Distinction, the theoretical model of cultural practices has changed, in addition to the social value of the culture and cultural judgment.Cairn free access
language Français
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description Le modèle dominant d’analyse des goûts culturels demeure, au moins en France, celui de la stratification sociale. Récemment, l’éclectisme musical tel que décrit par Peterson a substitué à la distinction sociale appuyée sur des goûts classiques (opéra, musique classique et jazz) une distinction appuyée sur la pluralité des genres à travers la figure du mélomane « omnivore » qui écoute des genres classiques et populaires. L’éclectisme conserve la fonction homologique des goûts. Cette situation semble dorénavant révolue : la structuration contemporaine des goûts des catégories supérieures jeunes et des jeunes générations passées par l’enseignement supérieur se caractérise par la prédominance radicale d’un exclusivisme concentré sur les genres populaires (chanson et variétés, rock, musiques électroniques et rap), et donc par l’effacement du mélange entre les genres classiques et populaires comme modèle dominant pour ces catégories. Le recours à la dernière enquête sur les pratiques culturelles de 2003 et sa comparaison avec les enquêtes 1973 et 1988 permettent de poser des questions relatives à l’évolution de la distribution sociale des genres musicaux. D’un point de vue sociologique et théorique, le modèle de la « pyramide inversée » des goûts éclectiques proposé par Peterson, qui faisait suite à la « colonne » linéaire du goût classique vs le goût populaire que l’on trouve chez Bourdieu, nécessite d’être remplacé par une description nouvelle de l’articulation des goûts et des catégories sociales : une « tablature ». C’est pourquoi nous défendons une cartographie des goûts musicaux qui est une « mise en genre » des styles musicaux, devenus dorénavant « inclassables », et une articulation entre des genres qui n’est plus de rejet/dégoût, mais d’ouverture/tolérance. C’est le modèle même de compréhension des pratiques culturelles qu’il faudrait profondément modifier trente ans après La distinction, de même que notre appréhension de la valeur sociale de la culture.
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