Insécurité dans les espaces publics : comprendre les peurs féminines

En combinant analyses quantitative et qualitative (données de l’Enquête nationale sur les violences envers les femmes d’une part, entretiens approfondis ad hoc d’autre part), cet article explore les relations entre sentiment d’insécurité, expérience de victimation et mobilité des femmes dans les...

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Auteurs principaux: Condon, Stéphanie, Lieber, Marylène, Maillochon, Florence
Format: Article ou chapitre numérique
Langue:Français
Publié: 2005
Accès en ligne:Accès Université d'Orléans et IFPM
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description En combinant analyses quantitative et qualitative (données de l’Enquête nationale sur les violences envers les femmes d’une part, entretiens approfondis ad hoc d’autre part), cet article explore les relations entre sentiment d’insécurité, expérience de victimation et mobilité des femmes dans les espaces publics, questions généralement évoquées deux à deux. Si les femmes sont relativement peu nombreuses à déclarer spontanément leurs peurs de sortir seule, l’étude de leurs pratiques effectives et du contenu de leurs discours permet de nuancer un tel constat. En effet, bon nombre de femmes ne sont pas confrontées à la question de sortir seule le soir, notamment celles qui vivent en couple ou celles qui, par la division sexuelle du travail, manquent de temps libre. De plus, l’analyse des pratiques de celles qui sortent seules laisse penser que leurs déplacements nocturnes font l’objet d’une vaste mise en condition : il existe une véritable vigilance mentale qui se révèle au travers de nombreuses et incontournables tactiques d’évitement et que renforce encore l’expérience de victimation. Les agressions subies dans les espaces publics ne semblent pas entraver la mobilité des femmes. Toutefois, les violences, mêmes les plus anodines en apparence, limitent leur liberté en portant une menace qui pèse, au-delà du moment où elles se produisent, et accroissent les sentiments de crainte que de nombreuses femmes disent éprouver à l’égard de l’extérieur.
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En effet, bon nombre de femmes ne sont pas confrontées à la question de sortir seule le soir, notamment celles qui vivent en couple ou celles qui, par la division sexuelle du travail, manquent de temps libre. De plus, l’analyse des pratiques de celles qui sortent seules laisse penser que leurs déplacements nocturnes font l’objet d’une vaste mise en condition : il existe une véritable vigilance mentale qui se révèle au travers de nombreuses et incontournables tactiques d’évitement et que renforce encore l’expérience de victimation. Les agressions subies dans les espaces publics ne semblent pas entraver la mobilité des femmes. Toutefois, les violences, mêmes les plus anodines en apparence, limitent leur liberté en portant une menace qui pèse, au-delà du moment où elles se produisent, et accroissent les sentiments de crainte que de nombreuses femmes disent éprouver à l’égard de l’extérieur.Feeling unsafe in public places : understanding women’s fears. Using both quantitative and qualitative analysis (data from the Enquête nationale sur les violences envers les femmes – national survey on violence against women – and in-depth ad hoc interviews), this article explores relations between women’s feelings of insecurity, the experience of victimization, and women’s mobility in public places – points generally handled two by two rather than all together. While relatively few women spontaneously declare they are afraid to go out alone, study of their actual practices and the content of their discourse enables us to qualify this assessment. In fact, many women are not confronted with the prospect of going out alone at night, namely married women or women living with a male partner and women who, given the sexual division of labor, have little or no free time. Moreover, analysis of the practices of women who do go out alone at night suggests that doing so involves abiding by a major condition – maintaining strong mental vigilance ; a condition revealed in their many tactics for avoiding contact, tactics which they consider imperative. Mental vigilance is particularly strong among women who have been victims of aggression. Experiencing aggression in a public place does not seem to hinder women’s mobility. However, violence of any kind, even the most apparently harmless or inconsequential, limits women’s freedom of movement in that it carries with it a threat felt over and beyond the moment it occurs, and increases what many women declare to be their fear of the outside.La inseguridad en los espacios públicos : comprender los miedos femeninos. Combinando el análisis cuantitativo y cualitativo (dados por el Enquête nationale sur les violences envers les femmes – investigación nacional sobre las violencias contra las mujeres – de una parte, entrevistas intensivas ad hoc de otra parte), este artículo explora las relaciones entre sentimiento de inseguridad, experiencia de las víctimas y la movilidad femenina en los espacios públicos, asuntos generalmente evocados de dos en dos. Si relativamente son muy pocas las mujeres que declaran espontáneamente tener miedo de salir solas, el estudio de sus prácticas efectivas y del contenido de sus discursos permiten relacionar esta constatación. En efecto, un gran número de mujeres no están confrontadas al hecho de salir en la noche sin compañía, especialmente aquellas que viven en pareja o aquellas que, por la división sexual del trabajo, carecen de tiempo libre. Además el análisis de las prácticas de aquellas que salen solas hacen pensar que sus desplazamientos nocturnos son el objeto de un gran condicionamiento : existe una verdadera vigilancia mental que se revela a través de numerosas e inconturnables tácticas de precaución y que refuerzan aún mas la experiencia de las víctimas. Las agresiones sufridas en los espacios públicos no parecen impedir la movilización femenina. Sin embargo, las violencias, incluso las mas simples en apariencia, son una amenaza que pesa y limita su libertad, mas allá del momento en que se producen y agrandan los sentimientos de temor que numerosas mujeres dicen sentir en relación con el exterior.Unsicherheit an öffentlichen Orten : zum Verständnis der Angst der Frauen. Durch die Kombinierung von quantitativen und qualitativen Untersuchungen (einerseits die Daten der Enquête nationale sur les violences envers les femmes – Nationale Umfrage zu Gewalttätigkeiten gegen die Frauen, andererseits ad hoc Gespräche) untersucht dieser Aufsatz die Beziehungen zwischen dem Unsicherheitsgefühl, der Opfererfahrung und der Mobilität der Frauen an öffentlichen Orten. Meist werden diese Fragen nur paarweise behandelt. Zwar erklären nur relativ wenige Frauen spontan ihre Angst allein auszugehen, die Untersuchung der tatsächlichen Vorgänge und des Inhalts ihrer Erklärungen führt jedoch zur Nuancierung dieser Feststellung. In der Tat ist ein großer Anzahl von Frauen nicht betroffen, besonders wenn sie mit einem Partner zusammenleben, oder wenn ihnen durch die Arbeitsteilung zwischen Mann und Frau keine Freizeit zu Verfügung steht. Außerdem zeigt die Vorgehensweise der allein ausgehenden Frauen, daß ihre nächtliche Ausgänge mental gut vorbereitet sind : es liegt ein gedankliches Vorsichtsverhalten vor, das sich durch zahlreiche und unumgängliche Vermeidungstaktiken zeigt und das von der Opfererfahrung verstärkt wird. Die in öffentlichen Orten erlittenen Angriffe scheinen die Mobilität der Frauen nicht einzuengen. Die Gewalttätigkeiten, selbst wenn sie scheinbar geringfügig sind, grenzen ihre Freiheit jedoch ein und führen zu einem Bedrohungsbewußtsein, das über das eigentliche Angriffserlebnis hinaus lebendig bleibt und das Furchtgefühl erhöht, das zahlreiche Frauen nach ihren Behauptungen vor dem Außen vorweisen.Cairn free access