Rationalité, discipline sociale et structure
Dans une grande partie de son œuvre, James Coleman rejoint la tradition wébérienne pour affirmer que la sociologie contemporaine doit d’abord s’intéresser au fait que nous vivons dans une société organisationnelle, où les comportements sont fortement normés et rationalisés, où les interdépendance...
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| Auteur principal: | |
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| Format: | Article ou chapitre numérique |
| Langue: | Français |
| Publié: |
2003
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| Accès en ligne: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
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cairn-RFS_442_0305 |
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Dans une grande partie de son œuvre, James Coleman rejoint la tradition wébérienne
pour affirmer que la sociologie contemporaine doit d’abord s’intéresser au fait que nous
vivons dans une société organisationnelle, où les comportements sont fortement normés et
rationalisés, où les interdépendances entre acteurs font l’objet d’une gestion formelle omniprésente et sophistiquée. Pour construire cette sociologie, Coleman a procédé à un élargissement de la théorie du choix rationnel. L’article suggère que cet élargissement est insuffisant
pour rendre compte du fonctionnement d’une société organisationnelle. On y propose un
élargissement alternatif et néo-structural. Dans cette perspective, les acteurs sont rationnels
lorsqu’ils contextualisent leurs actions au moyen de jugements de pertinence, jugements au
travers desquels ils politisent leurs échanges et la gestion de leurs interdépendances. Cette
politisation inclut les tentatives les plus myopes comme les plus patientes de modifier à son
avantage ses structures d’opportunités et de contraintes, en particulier par la création de
niches sociales et par l’entrée dans la concurrence de statut. Cette conception de l’acteur
conduit à une compréhension plus approfondie de la discipline sociale sous-jacente à
l’échange social et à l’action collective. À son tour, cette discipline rend possibles les processus sociaux structurant toute forme d’organisation économique et sociale, tels les solidarités particularistes, le contrôle social et la régulation. Cette approche néo-structurale oblige
aussi le sociologue à s’intéresser de manière spécifique au niveau méso-social, niveau peu
exploré par la sociologie de Coleman et par ses formalisations, mais dont la connaissance
est nécessaire pour mieux comprendre la responsabilité dans la société organisationnelle. |
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cairn-RFS_442_0305RFS1Revue française de sociologie https://shs.cairn.info/revue-francaise-de-sociologie-1-2003-2-page-305?lang=fr https://doi.org/10.3917/rfs.442.0305 Rationalité, discipline sociale et structure Lazega, Emmanuel2003 fre Revue française de sociologie | 44 | 2 | 2003-06-01 | p. 305-329 | 0035-2969 RFS_44259 Dans une grande partie de son œuvre, James Coleman rejoint la tradition wébérienne pour affirmer que la sociologie contemporaine doit d’abord s’intéresser au fait que nous vivons dans une société organisationnelle, où les comportements sont fortement normés et rationalisés, où les interdépendances entre acteurs font l’objet d’une gestion formelle omniprésente et sophistiquée. Pour construire cette sociologie, Coleman a procédé à un élargissement de la théorie du choix rationnel. L’article suggère que cet élargissement est insuffisant pour rendre compte du fonctionnement d’une société organisationnelle. On y propose un élargissement alternatif et néo-structural. Dans cette perspective, les acteurs sont rationnels lorsqu’ils contextualisent leurs actions au moyen de jugements de pertinence, jugements au travers desquels ils politisent leurs échanges et la gestion de leurs interdépendances. Cette politisation inclut les tentatives les plus myopes comme les plus patientes de modifier à son avantage ses structures d’opportunités et de contraintes, en particulier par la création de niches sociales et par l’entrée dans la concurrence de statut. Cette conception de l’acteur conduit à une compréhension plus approfondie de la discipline sociale sous-jacente à l’échange social et à l’action collective. À son tour, cette discipline rend possibles les processus sociaux structurant toute forme d’organisation économique et sociale, tels les solidarités particularistes, le contrôle social et la régulation. Cette approche néo-structurale oblige aussi le sociologue à s’intéresser de manière spécifique au niveau méso-social, niveau peu exploré par la sociologie de Coleman et par ses formalisations, mais dont la connaissance est nécessaire pour mieux comprendre la responsabilité dans la société organisationnelle.Rationality, social discipline and structure. JamesColeman’sworkofteninsistsonthefactthatsociologyshouldfocusontheasymmetric relationship, incontemporary society, between corporateand individual, or «natural », actors. In such an organizational society, behavior is rationalized, interdependencies are formally managed in a highly sophisticated way, and «natural actors» need sociologists’knowledge to hold their own. In order to build this knowledge, Coleman offers a sociological version of rational choice theory.This paper suggeststhat thisnewversionofrational choiceisnotsufficient toaccountfor individual and collective action in the organizational society. An alternative, neo-structural approachtosocial behavior isprovided,inwhichactorsarerationalwhentheycontextualizetheir own actions through appropriateness judgments. With these judgments, they politicise their exchangesandthe management of theirinterdependencies. This politicisationincludesmyopic as well as far-sighted attempts at improving one’s opportunity structure, particularly by creating or maintaining social niches or getting involved in status competition. In turn, this conception of actor’s behavior leads to improved understanding of the social discipline that underlies social exchanges and collective action. It highlights the social processes that characterize organized settings and that are made possible by this discipline, such as particularistic solidarities, social controlandregulation. Thus,thisneo-structuralapproachtorationalchoicetheorypaysparticular attention to the meso level of social reality, a level that James Coleman and his models explore very little.Racionalidad, disciplina social y estructura. En una gran parte de su trabajo, James Coleman, reúne la tradición Weberiana para afirmar que la sociología contemporánea debe primero interesarse al hecho de que nosotros vivimos en una sociedad organizacional, enla que los comportamientos están fuertemente normados yracionalizados, dondelas interdependenciasentreactoressonel objetodeunagestiónformal omnipresente y sofisticada. Para construir esta sociología, Coleman a procedido a una ampliación alternativa de la teoría de la elección racional. El artículo sugiere que esta ampliación es insuficientepara explicar el funcionamiento de unasociedadorganizacional. Se nos proponeunensanchamiento alternativo y neo-estructural. En esta perspectiva, los actores son racionales cuando contextualizan sus acciones al centro de juzgamientos de pertinencia, juzgamientos mediante los cuales se politizan sus intercambios así como la gestión de sus interdependencias. Esta politización incluye las tentativas mas carentes de visión así como las mas lentas de modificar en su beneficiosus propias estructuras deoportunidadesydetensiones, enpartícular por lacreaciónde capassocialesyporlaentradaenlacompetenciadeestatuto.Estaconcepcióndel actorconducea una comprensión mas profunda de la disciplina social subyacente al intercambio social y a la accióncolectiva. Asuturnoestadisciplina haceposibles losprocesossociales estructurando toda una forma de organización económica y social, tal como las solidaridades particularistas, el controlsocialylareglamentación.Estaaproximaciónneo-estructuralobligatambiénal sociólogo a interesarse de manera específica al nivel medio-social, nivel poco explorado por la sociología de Coleman y por sus formalizaciones, pero del cual el conocimiento es necesario para comprender mejor la responsabilidad en la sociedad organizacional.Rationalität, soziale Disziplin und Struktur. In einem großen Teil seines Werks steht James Coleman zur Weberischen Tradition, um zu bestätigen, daß die zeitgenössische Soziologie sich zunächst mit der Tatsache beschäftigen muß, daß wir in einer organisationellen Gesellschaft leben, in der die Verhaltensweisen stark genormt und rationalisiert sind und die Abhängigkeit zwischen den Akteuren Anlaß ist zu einer überall gegenwärtigen und komplizierten formellen Behandlung. Zum Aufbau dieser Soziologie hat Coleman die Theorie der rationalen Wahl erweitert. Der Artikel läßt durchblicken, daß diese Erweiterung nicht ausreicht, die Funktionsweise einer organisationellenGesellschaft zu erklären. Der Artikel schlägt also eine alternative und neostrukturale Erweiterung vor. In dieser Perspektive sind die Akteure dann rationell, wenn sie ihre Aktionen mit Pertinenz Bewertungen kontextualisieren, das heißt Bewertungen mit denen sie ihre Austausche und die Behandlung ihrer Interdependenz politisieren. Diese Politisierung schließt die kurzsichtigsten, wie auch die ausdauerndsten Versuche ein, die Gelegenheits- und Zwangsstrukturen zu ihrem Vorteil zu verändern, besonders durch die Schaffung von sozialen Nischen und durch die Einführung in den Statuswettbewerb. Diese Auffassung vom Akteur führt zu einem tieferen Verständnis der unter demsozialen Austauschundder Kollektivhandlungliegendensozialen Disziplin. Diese Disziplin ermöglicht ihrerseits soziale Prozesse zur Strukturierung jeglicher Form von wirtschaftlicher und sozialer Organisation, wie partikularistische Solidarität, soziale Kontrolle und Regulierung. Dieser neostrukturale Ansatz zwingt den Soziologen auch, sich spezifisch mit der mesosozialen Ebene zu beschäftigen, die von Colemans Soziologie und ihren Formalisierungen wenig ausgearbeitet wurde, deren Kenntnis jedoch zum besseren Verständnis der Verantwortung in der organisationellen Gesellschaft notwendig ist.Cairn free access |