« J’arrive où je suis étranger »

L’expérience du voyage n’est évidemment pas sans évoquer la cure analytique. Cette odyssée, obligeamment, amène à se perdre, seule façon de se trouver. La durée du voyage analytique ouvre à la réappropriation d’un passé en développant un espace subjectif dans lequel conflits et pensées peuvent s’éti...

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Bibliografski detalji
Glavni autor: Pirlot, Gérard
Format: Article ou chapitre numérique
Jezik:Français
Izdano: 2024
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Online pristup:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
id cairn-RFP_883_0037
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spelling cairn-RFP_883_0037RFPRevue française de psychanalyse https://shs.cairn.info/revue-francaise-de-psychanalyse-2024-3-page-37?lang=fr https://doi.org/10.3917/rfp.883.0037 « J’arrive où je suis étranger » Pirlot, Gérard2024 cas-limiteDescartesFreudfrontièreMontaignevoyageborderborderline caseDescartesFreudjourneyMontaignefre Revue française de psychanalyse | 88 | 3 | 2024-06-04 | p. 37-48 | 0035-2942 RFP_88381 L’expérience du voyage n’est évidemment pas sans évoquer la cure analytique. Cette odyssée, obligeamment, amène à se perdre, seule façon de se trouver. La durée du voyage analytique ouvre à la réappropriation d’un passé en développant un espace subjectif dans lequel conflits et pensées peuvent s’étirer dans de multiples strates psychiques. Le temps y devient espace, de même qu’une autre langue ouvre à d’autres temporalités. Partant de l’expérience de Julien Green d’un changement de langue créant un réel changement d’espace psychique, l’auteur souligne qu’il n’est pas de quête intérieure qui ne puisse se passer de voyage, d’une langue à l’autre ou d’un pays à l’autre. Montaigne, Descartes et Freud cultivèrent leur vie durant les voyages terrestres, comme pour mieux franchir les frontières intérieures qui les habitaient et que stimulaient ces pérégrinations. Or, si le monde de ces auteurs était celui des frontières et des « topiques » bien définies, celui sans frontières de la postmodernité mondialisée n’aboutit-il pas à un Homme fluide, en quête de limite dans une société par trop « liquide » dans lequel tout voyage intérieur devient périlleux ?The experience of the journey is obviously not unlike that of analysis. This odyssey, obligingly, leads one to lose oneself, which is the only way to find oneself. The duration of the analytical journey opens the door to reappropriating the past by developing a subjective space in which conflicts and thoughts can stretch across multiple psychic strata. Time becomes space here, just as another language opens up other temporalities. Drawing on Julien Green’s experience that a change of language can create a real change of psychic space, the author emphasizes that there is no inner quest that does not involve a journey, from one language to another or from one country to another. Montaigne, Descartes and Freud cultivated a lifelong interest in travel, as if to better cross the inner borders that inhabited them and that were stimulated by these peregrinations. But if the world of these authors was one of and well-defined borders and “topographies”, does the borderless world of globalized postmodernity not lead to a fluid Man, in search of limits in a society that is all too “liquid”, in which any inner journey becomes perilous?Indudablemente la experiencia del viaje evoca la cura psicoanalítica. Decididamente, tal odisea, lleva a perderse, única manera de encontrarse. La duración del viaje analítico enfoca la reapropiación de un pasado mediante el desarrollo de un espacio subjetivo en el que conflictos y pensamientos pueden prolongarse en múltiples estratos psíquicos. El tiempo se hace espacio, igual que otra lengua propicia otras temporalidades. Partiendo de la experiencia de Julien Green del cambio de lengua que crea un auténtico cambio de espacio psíquico, el autor subraya el hecho que no hay búsqueda interior que pueda prescindir del viaje, de una lengua a otra o de un país a otro. Montaigne, Descartes y Freud cultivaron su vida durante viajes terrenales, como para atravesar mejor las fronteras interiores que los habitaban y que estimulaban las peregrinaciones. Ahora bien, si el mundo de esos autores fue el de las fronteras y “tópicos” bien definidos, aquel sin fronteras de la posmodernidad mundializada ¿No desemboca pues en un Hombre fluido, que escruta los límites en una sociedad demasiada “líquida” en la cual todo viaje interior se torna peligroso?Cairn restricted access
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description L’expérience du voyage n’est évidemment pas sans évoquer la cure analytique. Cette odyssée, obligeamment, amène à se perdre, seule façon de se trouver. La durée du voyage analytique ouvre à la réappropriation d’un passé en développant un espace subjectif dans lequel conflits et pensées peuvent s’étirer dans de multiples strates psychiques. Le temps y devient espace, de même qu’une autre langue ouvre à d’autres temporalités. Partant de l’expérience de Julien Green d’un changement de langue créant un réel changement d’espace psychique, l’auteur souligne qu’il n’est pas de quête intérieure qui ne puisse se passer de voyage, d’une langue à l’autre ou d’un pays à l’autre. Montaigne, Descartes et Freud cultivèrent leur vie durant les voyages terrestres, comme pour mieux franchir les frontières intérieures qui les habitaient et que stimulaient ces pérégrinations. Or, si le monde de ces auteurs était celui des frontières et des « topiques » bien définies, celui sans frontières de la postmodernité mondialisée n’aboutit-il pas à un Homme fluide, en quête de limite dans une société par trop « liquide » dans lequel tout voyage intérieur devient périlleux ?
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