Le « don amoureux » de la proie est l'autre face de la « chance » du chasseur sibérien
Cet article examine, à la lumière de la théorie du don, la vie de chasse telle qu’elle est conçue et pratiquée dans les petites sociétés autochtones de la forêt sibérienne. Leur conception de la chasse vise à justifier d’en vivre et à nier son aspect meurtrier. Elle consiste en un accord global ent...
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| Publié: |
2011
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| Accès en ligne: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
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cairn-RDM_036_0171RDMRevue du MAUSS https://shs.cairn.info/revue-du-mauss-2010-2-page-171?lang=fr https://doi.org/10.3917/rdm.036.0171 Le « don amoureux » de la proie est l'autre face de la « chance » du chasseur sibérien Hamayon, Roberte H.2011 fre Revue du MAUSS | 36 | 2 | 2011-01-18 | p. 171-181 | 1247-4819 RDM_03621 Cet article examine, à la lumière de la théorie du don, la vie de chasse telle qu’elle est conçue et pratiquée dans les petites sociétés autochtones de la forêt sibérienne. Leur conception de la chasse vise à justifier d’en vivre et à nier son aspect meurtrier. Elle consiste en un accord global entre les chasseurs et les esprits des espèces comestibles qu’ils imaginent pour servir de partenaires. Elle est fondée sur l’idée que l’animal gibier, perçu comme femelle, se donne lui-même (sa viande, à savoir son énergie vitale) au chasseur par amour pour lui ; en d’autres termes, la chance du chasseur reflète l’amour de sa proie. La chair du chasseur, à sa mort, nourrira en retour les esprits animaux. En transformant la « prise » humaine prédatrice en « don » de la proie animale dans l’économie de la chasse, cette conception obéit à la « triple obligation » maussienne, bien que de façon seulement partielle et fictive : « donner » est le fait de l’Autre (animal ou esprit), non de soi, et c’est en outre un don forcé et féminin. The Prey’s “Amorous Gift” as Flipside of the Siberian Hunter’s Luck This paper examines hunting as thought and practiced among small-scale autochthonous societies of the Siberian forest in the light of the gift theory. Here, the conception of hunting is intended to justify living off the killing of animals while denying its killing aspect. It consists in an imagined agreement between the hunting community and the spirits of the animals subject to human predation. It is based on the idea that the prey (perceived as female) gives itself (its meat, i.e. its energy) to the hunter out of love for him. In other words, the hunter’s luck reflects the prey’s love for him. In return, the hunter’s flesh is said to feed the animal spirits once dead. By transforming the human predatory “taking” into the animal prey’s “giving” in the economy of hunting, this conception translates predation in accord with the maussian “triple obligation” of gift giving, receiving and rendering applies, albeit partly and in a fictitious manner : “giving” is the forced and female fact of the Other (the animal or the Animal spirit), not of humans.Cairn free access |
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Cet article examine, à la lumière de la théorie du don, la vie de chasse telle qu’elle est conçue et pratiquée dans les petites sociétés autochtones de la forêt sibérienne. Leur conception de la chasse vise à justifier d’en vivre et à nier son aspect meurtrier. Elle consiste en un accord global entre les chasseurs et les esprits des espèces comestibles qu’ils imaginent pour servir de partenaires. Elle est fondée sur l’idée que l’animal gibier, perçu comme femelle, se donne lui-même (sa viande, à savoir son énergie vitale) au chasseur par amour pour lui ; en d’autres termes, la chance du chasseur reflète l’amour de sa proie. La chair du chasseur, à sa mort, nourrira en retour les esprits animaux. En transformant la « prise » humaine prédatrice en « don » de la proie animale dans l’économie de la chasse, cette conception obéit à la « triple obligation » maussienne, bien que de façon seulement partielle et fictive : « donner » est le fait de l’Autre (animal ou esprit), non de soi, et c’est en outre un don forcé et féminin. |
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