Jeremy Bentham ou la sympathie pour le plus grand nombre

Partant de l’accusation d’indifférence à la souffrance humaine souvent portée contre l’utilitarisme de Bentham, cet article établit que la sympathie dispose chez lui d’un triple statut : il revient au moraliste de la reconnaître comme une donnée affective fondamentale, de l’utiliser comme instrume...

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Detalles Bibliográficos
Autor Principal: Leroy, Marie-Laure
Formato: Article ou chapitre numérique
Idioma:Français
Publicado: 2008
Acceso en liña:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Descripción
Résumé:Partant de l’accusation d’indifférence à la souffrance humaine souvent portée contre l’utilitarisme de Bentham, cet article établit que la sympathie dispose chez lui d’un triple statut : il revient au moraliste de la reconnaître comme une donnée affective fondamentale, de l’utiliser comme instrument d’éducation sociale et d’ériger la culture de la bienveillance universelle au rang des principaux objectifs de son éthique. Même s’il propose une théorie égocentrique de la motivation et reconnaît que nous sommes inégalement perméables aux émotions d’autrui, Bentham considère la sympathie comme une cause naturelle d’action, irréductible à toute autre forme d’intérêt, tandis que l’antipathie est seulement accidentelle. Toutefois, même si la bienveillance universelle coïncide le plus souvent avec l’exigence de promotion du plus grand bonheur du plus grand nombre, la sympathie n’est pas toujours un bon motif : exclusive, elle peut conseiller des actions nuisibles. On ne peut donc compter sur la seule prédisposition naturelle à la sympathie pour éduquer les hommes à la sociabilité : le moraliste doit plutôt s’adresser à l’égoïsme de chacun pour l’inviter, par un calcul d’intérêt, à coopérer avec ses semblables. L’affirmation de la prévalence de l’égoïsme sur la sympathie apparaît ainsi comme un choix stratégique destiné à augmenter les chances de réussite du projet éthique et politique de Bentham.